‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 11 sur 155 · LEON XIII PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE · texte numérisé non relu

LEON XIII PAPE PAR LA DIVINE PROVIDENCE

Prononcée en consistoire le 30 juin 1889.

Vénérables Fréres,

Ce que Nous vous disions naguère, en vous parlant dans ce méme lieu, des nouveaux et plus graves attentats qui se préparaient dans cette auguste Ville contre l'Eglise et le Pontificat romain, s'est complétement réalisé, à Notre grande douleur et à l'afliction de to s les gens de bien. A ce sujet, Nous vous avons fait convoquer extraordinairement afin de pouvoir exprimer publiquement à quel point ce forfait Nous a affecté et de réprouver librement aussi, comme il convient, en votre présence, un si erand crime.

A la suite de la révolution italienne et de l'usu pation de Rome, Nous n'avons pas manqué de voir la très sainte religion et le Siège apostolique en proie à une longue série d'attentats. Mais aujourd'hui les sectes perverses tendent avec fureur à des actes bien pires encore que les précédents. Il y a des esprits qui on résolu de faire de la ville maitresse de la catholicite, la capitale de toute dépravation et de l'impiété ; et, dans ce dessein, ils y amassent de partout des foyers de haine, afin de parvenir plus sürement, en

attaquant cette citadelle de l'Eglise catholique, à renverser de fond en comble, s'ils le * ouvaient, la pierre angulaire sur laquelle elle s'aj uie. Et, en eflet, comme s'ils n'avaient pas fait as: de ruines depuis tani d'années déjà, voici que, dans l'intention de se surpasser eux-mémes en audace, ils décretent d'élever un monument public pour glorifier devant la postérité l'esprit d'apostasie contre l'Eglise et pour apprendre qu'ils veulent une guerre à mort avec le catholicisme. Que tel soit le dessein des machinateurs en now et des principaux fauteurs de l'entreprise, la chose le dit assez elle-méme. Celui qu'ils comblent d'honneurs est un homme deux fois apostat, convaincu d'hérésie par jugement, et révolté contre l'Eglise jusqu'à son dernier soupir. Bien plus, c'est à ces titres mêmes qu'ils ont voulu l'honorer; car il est constant qu'on ne trouve en lui aucun mérite vrai. Ce n'est pas sa rare science, puisque ses écrits montrent un adepte du panthéisme et du plus honteux matérialisme, imbu d'erreurs grossières et se contredisant souvent lui-méme. Ce ne sont pas ses vertus, puisque ses mœurs, au contraire, sont pour la postérité un exemple de la perversité et de la corruption auxquelles des passions insoumises peuvent conduire un homme. Ce ne sont pas ses belles actions, ses services signalés envers son pays : ges talents à lui étaient de feindre, de mentir, d’être égoiste, de ne pas souffrir ia contradiction, de flatter, d'avoir l'àme basse et l'esprit pervers. Les honneurs extraordinaires rendus à un pareil homme n'ont done guére qu'un sens, qu'un enseignement: c'est qu'il faut établir toute vie en dehors de la doctrine divinement révélée, en dehors de la foi chrétienne, et soustraire entierement au pouvoir de Jésus-Christ l'esprit des hommes. C'est ce qui est sans contredit le but et l'œuvre des sectes méchantes qui s'efforcent de tout leur pouvoir de séparer les Etats de Dieu, et qui attaquent avec une haine sans mesure et un

acharnement extrême l'Eglise et le Pontificat romain. Et afin de rendre l'injure plus insigne et la signification de ce monument plus éclatante, on a voulu que la dédicace s'en fit avec le plus grand appareil, et en présence de la foule la plus nombreuse. Rome donc a vu en ces jours une immense tourbe amenée de tous les côtés dans ses murs ; des processions de drapeaux cyniquement hostiles à la religion et, ce qui est le plus épouvantable, c'est qu'il s'y trouvait méme des étendards avec l'effigie du mauvais Esprit qui a refusé d'obéir dans le ciel au Très-Haut et qui est le prince des séditieux, le chef de tous les révoltés. A cette criminelle démonstration s'est ajoutée l'impudence de discours et d'écrits où la sainteté des plus augustes choses est tournée en dérision, sans pudeur, sans mesure, où on exalte ardemment cette absolue liberté de penser, qui est la mére trop féconde de toutes les mauvaises doctrines et qui ébranle avec les mœurs chrétiennes les fonüements de toute loi et de toute société civile.

Et une si triste manifestation a pu étre longuement préparée, organisée, et réalisée, non seulement au su des gouvernements, mais avec leur faveur et leur concours ouvert et manifeste.

Il est douloureux à constater, et c’est presque an prodige que, dans cette auguste ville où Dieu a établi le domicile de son vicaire, retentisse l'éloge de la raison humaine en révolte contre Dieu, et que là où le monde entier a été instruit à demander les purs préceptes de l'Evangile et les conseils du salut, au-

iourd-hui, par l'effet d’un bouleversement criminel e , ,

des erreurs coupables et l'hérésie elle-méme soient impunément consacrées par des statues. Les évènements nous ont conduits à ce point que nous voyons l'abomination de la désolation dans le lieu saint.

En raison de l'indignité de ces faits, comme le gouvernement de la chrétienté Nous a été confié avec la garde et la défense de ia religion, Nous

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déclarons que Rome a été outragée, qne la sainteté dela foi chrétienne a été odieusement violée, et Nous denoncons au monde catholique tout entier, avec douleur et indignation, le sacrilège attentat.

Mais de l'outrage méme on peut tirer d'utiles enseignements, Par là, en effet, l'on voit de plus en plus si Nos ennemis se sont reposés, aprés avoir renversé le principat civil du Souverain Pontife, ou s'ils n'attendent pas encore autre chose pour finir, à savoir le renversement de l'autorité spirituelle des Souverains Pontifes et le déracinement de la foi chrétienne. De méme on voit clairement si, en revendiquant les droits du Siège Apostolique, Nous avons été mu par quelque considération humaine, ou si Nous ne l'avons pas été plutót par le souci de la liberté du Siége Apostolique, de la dignité du Souverain Pontife et méme de la prospérité des affaires italiennes qui en dépend.

Enfin, les événements eux-mémes font trop bien voir ce que valent et où sont tombées tant de belles promesses qu'au début on n'hésitait pas à faire spontanénent. Au lieu des respects et des égards de tout genre par lesquels on disait que l'on vonlait généreusement rendre honneur au Pontife Romain, les injures et les outrages se sont peu à peu succédés avec la plus grande gravité, et aujourd'hui, par une injure qui éclate au jour et qui restera aux yeux de tous comme la plus grande, c’est à un homme impie et perdu de mœurs qu'on élève un monument. Cette ville de Rome, qu'on affirmait devoir être toujours le siège glorieux et assuré des Pontifes Romains, on veut en faire la tête d'une impiété nouvelle en y fondant le culte absurde et insolent de la raison humaine portée comme à un faite divin.

Aussi, Vénérables Frères, examinez quelle liberté ou quelle dignité Nous est laissée pour l'aecom plissement de Notre charge apostolique. Notre personne elle-méme n'est pas à l'abri de dangers et de craintes,

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ar personne n'ignore j'usqu'oü vont les desseins et les entreprises de Nos pires ennemis; et il n'est personne non plus qui ne voit qu'à la faveur des temps qui leur sont propices, leur nombre et leur impudence croissant tous les jours, ils ont résolu de n'avoir point de repos avant d'avoir poussé les choses à l'extrémité de la ruine, Que si, sur le point dont Nous Nous plaignons, on ne leur a pas laissé, uniquement par motif d'utilité, toute licence pour accomplir leurs funestes desseins par la force et avec des voies de fait, il n'est personne qui puisse se persuader aisément, qu'une fois qu'ils en auront la possibilité, ils n'en viennent méme à cet excés de crime ;d'autant plus que Nous sommes sous le pouvoir de gens qui ne craignent pas de Nous accuser publiquement comme si Nos intentions à l'égard de l'Italie étaient ennemies et hostiles.

On ne doit pas moins eraindre que l'audace de ces hommes perdus, qui les pousse à toute sorte de crimes, et leurs passions excitées ne puissent toujours étre également arrétées et étouffées, s'il. venait des temps plus redoutables encore et plus troublés, soit à cause des troubles civils et du bouleversement des affaires publiques, soit à cause des mouvements et des calamités de guerre. Par où l'on voit mieux encore quelle est, finalement, la situation faite au Chef supréme de l'Eglise, au Pasteur et Maitre du nom catholique.

Sous le poids de si amers soucis et de si grandes sollicitudes, Novs s ecomberions écrasé, vu surtout Notre grand ge, si notre âme n’était relevée et si nos forces n'étaient soutenues et par l'espoir éprouvé que Jésus-Christ ne privera iamais son Vicaire de son divin secours, et par la eonscies;ce du devoir qui Nous avertit saintemen ue Nous devons être d'autant plus ferme au gov vernali de l'Eglise que sévit plus violemment la e npéte d'erreurs et de convoitises excitée contre elle par les enfers,

Cae. D esaet Fia ta t m emen

Nous avons done reposé tout espoir et toute confiance en Dieu, puisque c'est de sa cause qu'il s'agit, et Nous Nous contions surtout en la prière très pressante qu'avec tout le zéle et de toute l'ardeur de Notre àme Nous adressons à la grande Vierge auxiliatrice du peuple chrétien, et aussi aux bienheureux princes des apótres Pierre et Paul, sur la protection et la puissance desquels cette illustre ville de Rome s'est toujours heureusement reposée.

Or, de méme que vous, Vénérables Fréres, vous associez assiduement à Nos douleur, et aux priéres que Nous adressons à Dieu, gardien et vengeur de son Eglise, de méme nous ne doutons aucunement que dans l'Italie tout entière Nos Vénérables Frères les évêques ne doivent toujours agir semblablement et, selon que le réclament les difficultés des temps, qu'ils ne veillent chacun au bien de son peuple, avec un soin et une application d'autant plus instants. Nous les exhortons à s'efforcer surtout d'exposer à leurs peuples et de déclarer ouvertement toute l'iniquité et toute la perfidie de ce qu'ont entrepris de faire les ennemis de la religion, qui le sont en méme temps de la patrie.

En effet, ce qu'enferme la foi catholique, c'est le meilleur et le souverain bien : or, Nos ennemis n'ont rien de plus à cœur que d'arriver, par leurs efforts, à éloigner les populations italiennes de cette foi, qui leur a valu si longtemps toutes sortes de gloire et de prospérité; quant aux catholiques, ils doivent étre avertis qu'il ne leur est absolument pas permis de s'endormir en face de tels périls ou de les combatire mollement ; ils doivent au contraire être courageux à professer leur foi, fermes à la défendre, préts à faire promptement pour elle tous les sacrifices que les circonstances réclament.

Ces enseignements et ces avis s'adressent de plus prés aux habitants de Rome, attendu que leur foi, c'est évident, est chaque jour perfidement en

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butte à des attaques de plus en plus dangereuses. Aussi, plus grand ils savent qu'est pour eux le bienfait de la foi, recu de Dieu, et en raison des rapports si proches et si intimes avec ce Siège apostolique, plus ils se souviendront d'y persévérer, pour se montrer dignes de leurs péres et de leurs ancétres, que la renommée de leur foi a rendus célébres dans le monde entier.

Que les Romains donc, que tous les Italiens, que tous les catholicos partout ne cessent, par des prières et toute sorte de bonnes œuvres, de demander à Dieu qu'il éloigne miséricordieusement sa colère, provoquée par tant d'odieux attentats contre l'Eglise, et que, dans sa bienveillance, il accorde aux vœux communs des bons la miséricorde, la paix et le salut qu'ils demandent en leurs supplications.

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