‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 149 sur 155 · SUR LE ROSAIRE EN L'HONNEUR DE MARIE · texte numérisé non relu

SUR LE ROSAIRE EN L'HONNEUR DE MARIE

A nos Vénérables Frères les patriarches, primals, archevéques, évéques et autres ordinaires des lieux, ayant paix et communion avec le siège apostolique.

LÉON XIII, PAPE

Vénérables Frères, Salut et bénédiction apostolique.

Toutes les fois que l’occasion Nous est donnée d'exciter et d’accroitre dans le peuple: chrétien l'amour et le eulte de la glorieuse Mére de Dieu, Nous sommes inondé d'une joie et d'une satisfaction merveilleuses, non seulement parce que la chose est par elle-méme trés importante et trés féconde en bons fruits, mais aussi parce qu'elle s'harmonise de la plus suave facon avec les sentiments intimes de notre cœur. En effet, la piété envers Maria, Nous l'avons comme sucée avec le lait; puis avec l’âge,

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elle a grandi vigoureusement et s'est affermie dans Notre àme: car Nous voyions plus clairement combien était digne d'amour et d'honneur celle que Dieu lui-même aima le premier, et d'une telle dilection que, l'ayant élevée au-dessus de toutes les créatures

et l'ayant ornée des dons les plus magnifiques, il la choisit pour sa mère. De. nombreux et éclatants témoignages de sa bonté et de sa bienfaisance envers Nous, témoignages que Nous ne pouvons Nous rappeler sans la plus profonde reconnaissance et sans que Nos yeux se mouillent de larmes, augmentèrent en Nous cette même piété et continuent d'en rendre l'ardeur toujours plus vive. A travers les nombreuses et redoutables vicissitudes qui sont survenues, toujours elle a été Notre refuge, toujours Nous avons élevé vers elle Nos yeux suppliants; ayant déposé dans son sein toutes Nos espérances et toutes Nos craintes, toutes Nos joies et toutes Nos tristesses, Notre soin assidu a été de la prier de vouloir bien se montrer en tout temps Notre mère et d'invoquer la précieuse faveur de pouvoir lui témoigner en retour les sentiments les plus tendres d'un fils.

Lorsque dans la suite, par un mystérieux dessein de la providence de Dieu, il est arrivé que Nousayous été appelé à cette Chaire du Bienheureux Pierre, pour représenter la personue méme de Jésus-Christ dans son Eglise, ému du poids énorme de cette charge et n 'ayant, pour Nous soutenir, aucune confiance dans Nos propres forces, Nous avons sollicité avec plus d’instances encore les secours de l'assistance divine, par la maternelle intercession de la Bienheureuse Vierge. Notre espérance, Nous sentons le besoin de le proclamer, n'a jamais été décue dans le cours de Notre vie, ni surtout dans l'exercice de Notre supréme apostolat. Aussi cette méme espérance Nous porte-t-elle maintenant à demander, sous les mémes auspices et par la méme intervention, des biens plus nombreux et plus considérables, qui

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contribuent également au salut du troupeau du Christ et à l’heureux accroissement de la gloire de l'Eglise.

Il est done juste et opportun, Vénérables Frères, que Nous incitions tous Nos fils et que vous les exhortiez aprés Nous à célébrer le prochain mois d'octobre, consacré à Notre Dame et Reine auguste du Rosaire, avec le redoublement de piété que réclament les besoins toujours grandissants.

Par combien et parquels moyens de corruption la malice du siècle s'efforce d'affaiblir et d'extirper entierement la foi chrétienne et l'observance de la loi divine, qui nourrit cette méme foi et lui fait porter des fruits, ce n'est déjà que trop visible ; déjà le champ du Seigneur, comme sous un souffle empesté, est presque couvert d'une végétation d'ignorance religieuse, d'erreurs et de vices Et ce qui est plus cruel à penser, loin qu'un frein soit imposé ou que de justes peines soient infligées à une perversité si arrogante et si coupable par ceux qui le peuvent et surtout qui le doivent, il arrive le plus souvent que leur indolence ou leur appui semble accroitre la force du mal.

De la vient qu'on a à déplorer avec raison que les établissements publics ou sat enseignés les sciences et les arts soient systématiquement organisés de facon que le nom de Dieu n'y soit pas prononcé, ou y soit outragé ; à déplorer que la licence de publier par des écrits ou de faire entendre par la parole toutes sortes d'outrages contre le Christ-Dieu et l'Eglise devienne de jour en jour plus impudente Et ce qui n'est pas moins déplorable, c'est cet abandon et cet oubli de la pratique chrétienne qui en ont résulté pour beaucoup et qui, sils ne sont pas une apostasie ouverte de la foi, y mènent certainement, la conduite de la vie n'ayant plus aucun rapport avec la foi. Celui qui considerera Ja confusion et la corruption des plus importantes choses ne s'étonnera pas si les nations

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afligées gémissent sous le poids de la colère divine et frémissent dans l'appréhension de calamités plus grave encore.

Or, pour apaiser la justice de Dieu offensé et pour procurer à ceux qui souffrent la guérison dont ils ont besoin, rien ne vaut mieux que la priére pieuse et persévérante, pourvu qu 'elle soit unie au souci et à la pratique de la vie chrétienne: double condition que Nous croyons devoir étre principalement obtenue par le Rosaire en l'honneur de Marie.

Son origine bien connue, que glorifient d'illustres monuments et que Nous-méme avons plus d'une fois

rappelée, atteste sa grande puissance. En effet à lépoque oü la secte des Albigeois, qui se donnait l'apparence de défendre l'intégrité de la foi et des moeurs, mais qui, en réalité les troublait abominablement et les corrompait, était une cause de grandes ruines pour beaucoup de peuples, l'Eglise combattit contre elle et contre les factions conjurées, non pas avec des soldats et des armes, mais principalement en opposant la force du trés saint Rosaire, dont la Mére de Dieu elle-méme donna le rite à propager au patriarche Dominique; et ainsi, magnifiquement victorieuse de tous les obstacles, elle pourvut et alors et dans la suite pendant des tempêtes semblables, au salut des siens, par un succés toujours glorieux. C'est pourquoi, dans cette condition des hommes et des choses que Nous déplorons, condition aussi affligeante pour la religion que trés préjudiciable au bien publie, nous devons tous prier en commun avec une égale piété la sainte Mére de Dieu, afin d'éprouver heureusement, selon uos désirs, la méme vertu de son Rosaire.

Et, en effet, lorsque nous recourons à Marie par la priére, nous recourons à la Mére de Miséricorde, disposée de telle sorte à notre égard que, quel que soit le besoin qui nous presse, mais surtout l'acquisition de la vie immortelle, elle nous offre aussitót son

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assistance en devancant méme notre appel, et elle nous donr : part au trésor de cette grâce dont elle reçut de ;::«, dés le principe, la pleine abondance, afin de devenir digne d'étre sa mére. Cette surabondance de la gráce, qui est le plus éminent des nombreux priviléges de la Vierge, l'éléve de beaucoup au-dessus de tous les hommes et de tous les anges et la rapproche du Christ plus que toutes les autres créatures: C'est beaucoup pour un saint de posséder une quantité de gráce suffisante au salut d'un grand nombre ; mais, S'il en avail une quantité qui suffit au salut de tous les hommes du monde entier, ce serait le comble; et cela existe dans le Christ et la Bienheureus: Vierge (1).

Lors donc que nous la saluons pleine de grâce par les paroles de l'ange et que nous tressons en couronne cette louange répété, il est à peine possible de dire combien nous lui sommes agréables et nous lui plaisons: chaque fois, en effet, nous rappelons le souvenir de sa sublime dignité, et de la rédemption du genre humain que Dieu a commencée par elle; par là aussi se trouve rappelé le lien divin et perpétuel qui l'unit aux joies et aux douleurs, aux opprobres et aux triomphes du Christ pour Ja direction et l'assistance des hommes en vue de l'éternité. Que s'il a plu au Christ, dans sa tendresse, de prendre si complétement notre ressemblance et de se dire et se montrer à tel point fils de l'homme et notre frère, afin de mieux faire éclater sa miséricorde envers nous, I/ a di devenir semblable en tout d ses frères, afin @étre miséricordieux (2); de méme Marie, qui a été choisie pour être la mère de Notre Ser gneur Jésus-Christ, qui est notre frère, a été élevée par ce privilége au-dessus de toutes les méres, pour

(1) S. Th. of. VIII super salut. angelica, (2) Hebr. 11, 17,

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qu'elle répandit sur nous et nous prodiguát sa miséricorde.

Eu outre, si nous devons au Christ de nous avoir fait participer au droit qui lui appartenait en propre d'avoir Dieu pour père et de lui en donner le nom, nous lui devons également de nous avoir tendrement communiqué le droit d'avoir Marie pour mere et de lui en donner le nom. Et comme la nature elle-même a lait du nom de mere le plus doux d'entre tous les noms, et del'amour maternel comme le type de l'amour tendre et dévoué, la langue ne peut pas exprimer, mais les àmes pieuses sentent combien brüle en Marie la flamme d'une affection généreuse et affective, en Marie qui est, non pas humainement, mais par le Christ, notre mère.

Ajoutons qu'elle voit ét qu'elle connait beaucoup mieux que toute autre ce qui nous concerne ; les secours dont nous avons besoin dans la vie présente, les périls publics ou privés qui nous menacent, les difficultés et les maux ot nous nous trouvons, surtout la vivacité de la lutte pour le salut de notre ame contre des ennemis acharnés: en tout cela et dans les autres épreuves de la vie, bien plus que toute autre elle peut et elle désire apporter à ses fils chéris la consolation, la force, les secours de tout genre. C’est pourquoi adressons-nous à Marie hardiment et avec ardeur, la suppliant par ces liens maternels qui l'unissent si étroitement à Jésus et à nous; invoquons avec piété son assistance par la prière qu'elle a elle-même désignée et qui lui est si agreable; alors nous pourrons nous reposer avec sécurité et allégresse dans la protection de la meilleure des mères.

Au titre de recommandation pour le Rosaire qui ressort de la prière même qui le compose, il faut ajouter qu'il offre un moyen pratique facile d'inculquer et de faire pénétrer dans les esprits les dog mes

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principaux de la foi chrétienne ; ce qui est un autre titre très noble de recommandation.

Il est de foi avant tout que l'homme monte par degrés réguliers et sürs vers Dieu et qu'il apprend à révérer d'esprit et de cœur la majesté immense de ce Dieu unique. son autorité sur toutes choses, sa souveraine puissance, sa sagesse, sa providence; // faut, en effet, que celui qui s'approche de Dieu croie qu'il existe et qu'il récompense ceux qui le cherchent (8). Mais parce que le Fils éternel de Dieu a pris l'humanité, qu'il nous éclaire et se présente comme la voie, la vérité, la vie, il est, à cause de cela, nécessaire que notre foi embrasse les profonds mystères de l'auguste Trinité des personnes divines et du Fils unique du Père fait homme: La vie éternelle consiste en ce qu'il fe connaissent toi, le seul vrai Dien, et celui, que tu as envoyé, Jésus-Christ (4.)

Dieu nous a gratifiés d'un. immense bienfait lorsqu'il nous a gratifiés de*cette sainte foi; par ce don, non seulement nous sommes élevés au-dessus de la nature humaine, comme étant devenus contemplateurs et participants de la nature divine, mais encore nous avons un principe de mérite supérieur pour les célestes récompenses; et, par suite, nous avons la lerme espérance que le jour viendra oü il nous sera donné de voir Dieu non plus par une image tracée dans les choses crées, mais en lui-méme, et de jouir éternellement du souverain bien.

Mais le chrétien est tellement préoccupé par les soucis divers de la vie et si facilement distrait par les frivoliiés, que, s'il. n'est souvent averti, il oublie peu à peu les choses les plus importantes et les plus nécessalres et qu'il arrive ainsi que sa foi languit et méme s'éteint.

Pour préserver ses fils de ce grand péril de l'iguo-

(3) He^., XI, 6.

(4) Joann. XVII, 3,

rance, l'Eglise n'omet aucun des moyens suggérés par sa sollicitude et sa vigilance, et le Rosaire en l'honneur Merie n'est pas le dernier qu'elle emploie de e de venir en aide à la foi, Le Rosæire, en « une très belle et fructueuse prieré fev it «ans un ordre réglé, amène à contemples et à vénére y sSuecessivement les principaux mvsteves de notre religion: ceux, en premier lieu, par lesqnels le Verbe s'est fait chair et Marie, mère et toujours vicrge, accepte avec une sainte joie cette matermifé: ensuite les amertumes, les tourments, le supplice du C'hrist souffrant, qui ont payé le salut de notre race; puis ses mystères glorieux, son triomphe sur la mort, son ascension dans le ciel, l'envoi du Saint-Esprit, la splendeur rayonnante de Marie reçue par delà les astres, enfin la gloire éternelle de tous les saints associés à la gloire de la Mere et du Fils.

La série ordonnée de toutes ces merveilles est fréquemment et assidüment présentée à l'esprit des fidèles et se déroule comme sous leurs yeux; aussi le Rosaire inonde-t-il l'àme de ceux qui le récitent dévotement d'une douceur de piété toujours nouvelle, leur donnant la méme impression et émotion que s'ils entendaient la propre voix de leur trés miséricordieuse Mére leur expliquant ces mystéres et leur adressant de salutaires exhortations. C'est pourquoi il est permis de dire que chez les personnes, dans les familles et parmi les peuples oü la pratique du Rosaire est restée en honneur comme par le passe, il n'y a pas à craindre que l'ignorance et les erreurs empoisonnées détruisent la foi.

Mais il y a une autre utilité non moins grande que l'Eglise attend du Rosaire pour ses fils: c'est qu'ils conforment mieux leur vie et leurs mœurs à la règle et aux préceptes de la sainte foi. Ni, en effet, selon la divine parole connue de tous: La foi sans les

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œuvres est une foi morte (5), parce que la foi tire sa vie de la charité et que la charité se manifeste en une moisson d'actions saintes, le chrétien ne tirera aucun profit de sa foi pour l'éternité, s'il ne regle sa vie sur elle; Que ser à quelqu'un. mes frères, de di qu'il a la foi, s'il n'a pas les œuvre: ? Est-ce que la pourra le sauver (6) ? Cette classe d'hommes encourra, au jour du jugement, des reproches bien plus séveres de la part du Christ que ceux qui on! le malhear d'ignorer la foi et la morale chretienne: car, ceux-ci ne commettent pas la laute des autres, de croire d'une manière et de vivre d'une autre: mais, parce qu'ils sont privés de la lumière de l'Evangile, ils ont une certaine excuse, ou du moins certainement leur faute est moins grande.

Pour que la loi que nous professons produise l'heureuse moisson de fruits qui convient, la contemplation des mystéres peut admirablement servir, en enflammant les Ames à la poursuite de la vertu. Quel sublime et éclatant exemple ne nous offre pas, sur tous les points, l’œuvre de salut de Notre-Seigneur Jésus-Christ !

Le Dieu tout-puissant, pressé par l'excés de son amour pour nous, se réduit à linfime condition de l'homme; il habite et il converse fraternellement comme l'un de nous, au milieu de nous, il préche et il enseigne toute justice aux particuliers et aux foules, maitre éminent par la parole, Dieu par l'aatorité. {1 se donne tout entier au bien detous; il guérit ceux qui souffrent de maladies corporelles et sa paternelle miséricorde apporte le soulagement aux maladies encore plus graves des âmes; ceux qu'éprouve la peine ou que fatigue le poids des inquiétudes, il leur adresse les premiers le plus touchant appel: Venez à

(5) Jac. II, 20.

(6) ib., 14.

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moi vous tous qui travaillez et qui étes chargés et je vous soulagerez. (7)

Lui-méme, alors que nous reposons entre ses bras, nous souflle ce feu mystique qu'il a apporté parmi les hommes et nous pénétre de cette douceur d'àme et de cette humilité par lesquelles il désire que nous devenions participanis de la vraie et solide paix dont il est l'auteur: Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur, ef vous trouverez le repos pour vos dmes (8). Et néanmoins pour cette lumiére de la sagesse céleste et cette insigne abondance de bienfaits dont il a gratilié les hommes, il a éprouvé la haine et les plus indignes outrages de la part des hommes, et, attaché à la croix, il a versé son sang et sa vie, n'ayant pas de plus vif désir que de les enfanter à la vie par sa mort.

Il n'est pas possible que l'on considère attentivement en soi-méme de tels témoignages de l'immense amour pour nous de notre Rédempteur sans que la volonté reconnaissante s'enflamme. La force de la foi éprouvée sera si grande que, l'esprit de l'homme étant éclairé et son cœur vivement touché, elle l'entrainera tout entier sur les traces du Christ, à travers tous les obstacles, jusqu'à pouvoir répéter cette protesiation digne de l'apótre Paul: Qui donc nous séparera de la charité du Christ ? La tribulation ou la pauvreté, ou la faim, ow la nudité, ou le péril ou la persécution, ou le glaive ? (9\...Ce west plus moi qui vit c'est Jésus-Christ qui vit en moi (10).

Mais de peur que devant les exemples si sublimes donnés par le Christ, Dieu et homme tout à la fois, la conscience de notre faiblesse native ne nous décourage, en méme temps que ses mystères ceux de sa

(7) Matth, XI, 28.

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(9) Rom. VIII, 35.

(10) Gal. II, 20.

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tres sainte Mére sont placés sous nos yeux et offerts à notre méditation.

Elle est sortie, il est vrai, de la race royale de David, mais il ne lui reste rien des richesses ou de la grandeur de ses aieux ; elle mène une vie obscure, dans une humble ville, dans une maison plus humble encore, d'autant plus contente de son obscurité et de sa pauvreté qu'elle peut plus librement élever son esprit vers Dieu et s'attacher à ce bien supréme et aimé par-dessus tout,

Mais le Seigneur est avec elle, et il la comble des consolations de sa grace; un message céleste lui est envoye, la désignaut comme celle qui, par la vertu du Saint-Esprit, donnera naissance au sauveur attendu des nations. Plus elle admire la sublime élévation de sa dignité et en rend graces à la bonté du Dieu: puissant et miséricordieux, pius elle s'enfonce dans son humilité, ne s’attribuant aucune vertu, et elle s'empresse de se proclamer la servante du Seigneur alors qu'elle devient sa mére. Ce qu'elle a saintement promis, elle l’accomplit saintement et joyeusement, en unissant de ce moment sa vie, dans la consolation comme dans l'épreuve, à celle de son fils Jésus.

C'est ainsi qu'elle atteindra une hauteur de gloire ou personne, ni homme, ni ange, ne s'élévera, parce que personne ne pourra lui étre comparé pour le mérite et la vertu; ainsi la couronne du royaume d'en haut et du royaume d'ici-bas lui est réservée, parce qu'elle deviendra l'invincible reine des mar- Lyrs; ainsi, dans la cité céleste de Dieu elle sera assise éternellement, la couronne sur la téte, à cóté de son Fils, parce que constamment pendant toute sa vie, plus constamment encore sur le Calvaire, elle aura bu avec lui le calice d'amertume.

Voilà donc que dans sa sagesse et sa bonté Dieu nous a donné dans Marie le modéle de toutes les vertus le plus à notre portée. En la considérant et

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en la contemplant, nos esprits ne se sentent pas comme écrasés par l’éclat de la divinité ; mais, au contraire, attirés par la parenté d'une commune nature, nous travailons avec plus de confiance à limiter. Si nous nous donnons tous entiers à cette œuvre, avec son assistance surtout, il nous sera certainement possible de reproduire en nous au moins quelques traits d'une si grande vertu et d'une si parfaite sainteté ; puis imitant l'admirable conformité desa vie à toutes les volontés de Dieu, il nous sera donné de la suivre dans le Ciel.

Poursuivons vaillamment et fermement, quelque pénible et quelque embarrassé de difficultés qu'il soit, notre pélerinage terrestre; au milieu du labeur et des épreuves, ne cessons pas de tendre vers Marie nos mains suppliantes, en disant avec l'Eglise: Nous soupirons vers vous, gémissant et plenrant, dans cette vallée de larmes... Tournez vers nous vos regards miséricordteux. Donnez nous une vie pure, ouvrez-nous un chemin str, afin que, contemplant Jésus, nous nous réjouissions à Jamais avec vous ! (11)

Et Marie, qui, sans en avoir jamais subi personnel. lement l'épreuve, sait combien notre nature est faible et vicieuse; Marie, qui est la meilleure et la plus dévouée des méres, avec quel à propos et quelle générosité elle viendra à notre aide! avec quelle tendresse elle nous consolera ! avec quelle force elle nous soutiendra! Marchant par la route que le sang divin du Christ et les larmes de Marie ont consacrée, nous sommes Certains de parvenir sans peine à la participation de leur bienheureuse gloire.

Le Rosaire en l'honnéur de la Vierge Marie, dans lequel se trouvent si bien et si utilement réunis une excellente formule de prière, un moyen efficace de conserver la foi et un insigne modèle de vertu parfaite, est donc entièrement digne d’être fréquemment

(11) Ex sacs. liturg.

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aux mains des vrais chrétiens e récité et médité.

Nous adressons particulièrem:

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‘nt ces exhortations a / Association de la Sainte Famille que Nous avons récemment approuvée el recommandée, Puisque le

mystère de la vie longtemps silencieuse et cachée de Notre Seieneur

Jésus-Christ, entre les murs de la maison de Nazareth, est la raison d’être de cette association, qui a pour but d'obtenir que les familles ehrétiennes s'appliquent à se modeler sur l'exemple de la trés sainte Famille, divinement constituée, les liens particuliers qui la rattachent au Rosaire sont évidents, spécialement en ce qui regarde les mystères Joyeux qui se sont accomplis lorsque Jésus, aprés avoir manifesté sa saeesse dans le temple, vint, avec Marie et Joseph, a Nazareth on préparant les autres contribuer à ins*ruir

4 leur était soumis, mystères qui devaient le mieux ' et à racheter les hommes. Que tous les associés s'appliqueui done, chacun dans la mesure de ses moyens, à cultiver et à propager la dévotion du Rosaire.

Pour ce qui nous reyarde. nous confirmons les concessions d’indulvences que Nous avons faites les années derniéres en faveur de ceux qui accompliront pendant le mois d'octobre ce qui est preserit à cet effet. Nous comptons beaucoup, vénérables Fréres, sur votre autorité et votre zéle pour que le Rosaire soit récité, avec une ardente piété, en l'honneur de la Vierge, secours des chrétiens

Mais nous voulons que la présente exhortation linisse, comme elle a commencé, par ]e témoignage renouvelé avec plus d'insistance c

sance et de Notre confiance envers la glorieuse Mère de Dieu. Nous demandons au peuple chrétien de porter a ses autels ses prières suppliantes et pour l'Eglise, ballotée par tant de contradictions et de tempétes, et pour Nous-méme qui, avancé en âge, fatigué

avec les difficultés les plus

le Notre reconnais-

par les labeurs, aux prises

graves, dénué de tout secours humain, tenons le gouvernail de l'Eglise.

En Marie Notre puissante et tendre mére, Notre espoir va tous les jours grandissant et nous est de plus en plus doux. Si nous attribuons à son intercession de nombreux et signalés bienfaits reçus de Dieu, Nous lui attribuons avec une particwliére reconnaissance la faveur d'atteindre bientót le cinquantieme anniversaire de Notre coasécration épiscopale

C'est assurément une grande chose pour qui considère une si longue durée du ministère pastoral, surtout ayant encore à l’exercer, avec une sollicitude de tous les jours, dans la conduite du peuple chrétien tout entier. Pendant cet espace de temps, en Notre vie, comme en celle de tout homme, comme dans les mystères du Christ et de sa mère, les motifs de joie n'ont pas manqué, non plus que de nombreuses et graves causes de douleur; des sujets de Nous glorifier en Jésus-Christ Nous ont été donnés aussl. Toutes ces choses, avec soumission et reconnaissance envers Dieu, Nous Nous sommes appliqué à les faire servir au bien et à l'honneur de l'Eglise.

Dans la suite, car le reste de Notre vie ne sera pas dissemblable, si de nouvelles joies ou de nouvelles douleurs surviennent, si quelques rayons de gloire viennent à briller, persévérant dans les mémes sentiments et ne demandant à Dieu que la gloire céleste Nous dirons avec David: Que /e nom du Seigneur soit béni : que la gloire ne soit point pour nous, Seigneur qu'elle ne soit point peur nous, mais pour votre nom (12).

Nous attendons de Nos fils, que Nous voyons animés pour nous de tant de pieuse affection, moins des félicitations et des louanges que des actions de gráces des prières et des vœux offerts au Dieu trés bon; pleinement heureux s'ils obtiennent pour Nous que ce qui Nous reste de vie et de force, ce que nous pos-

(12) Ps. CXIL, 2, CXIII, 1.

le sédons d'autorité et de grâce, serve uniquement au grand bien del'Eglise et avant tout à ramener et à

tre reconcilier les ennemis et les égarés que Notre voix de appelle depuis longtemps.

ler- Que de la fête prochaine qui. si Dieu nous l'accorde de q Nous réserve tant de bonheur et de joyeuses consoon- | lations, déconlent pour Nos fils bien-aimés la justice an- la paix, la prospérite, la sainteté et l'abondance de d tous les biens; voiià ce que notre cœur paternel solon- licite de Dieu. Voilà ce que no'.s exprimons par ral, ces parolesdivines: “ Entendez-moi......et fructifiez ide “comme la rose plantée sur le bord des eaux ; we " soyez parlumés d'un doux parfum comme le Liban. en " Fleurissez comme le lis, et donnez votre parfum, me “et couvrez-vous d'un gracieux feuillage, et chantez tifs "le eantique de la louange, et bénissez le Seigneur m- “dans ses œuvres. Glorifiez son nom, confessez-le de " de bouche et dans vos cantiques et sur vos cithares. nés * Louez de cœur et de bouche et bénissez le nom on- “du Seigneur. (13.)" jué Si ces conseils et ces vœux rencontrent l'opposition e. des méchants qui b'asphément fout. ce qu'ils ignorent, pas que Dieu daigne leur pardonner. Que par l'interles cession de la Reine du très saint Rosaire, il nous jre soit propice; comme augure de cette faveur of en- comme gage de Notre bienveillance, recevez, Vénéste rables Fréres, la bénédiction apostolique que Nous eur vous accordons affectueusement dans le Seigneur, à eur vous, à votre clergé et à votre peuple.

). Donné à Rome, prés Saint Pierre, Je 8 septembre ni- 1892, la quinzième année de Notre Pontificat. les :

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(13) Eccli, XXXIX. 17-20, 4t.

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