‹ Mandements et circulaires de Mgr. Joseph Thomas Duhamel, 1er archevêque d'Ottawa [microforme]Chapitre 99 sur 155 · N. T. $ P. LE PAPE LÉON XIII · texte numérisé non relu

N. T. $ P. LE PAPE LÉON XIII

LÉON XIII PAPE

A Nos Vénérables Frères les patriaches, priaats, archevéques, évèques et les Ordinaires, ayant paix et communion avec le Siège Apostolique.

Vénérables Fréres, Salut et bénédiction apostolique.

Bien que plusieurs fois déjà Nous aycns. ordonné que des priéres spéciales fussent faites dans le monde entier et que les intéréts catholiques fussent avec plus d'instance recommandés à Dieu, personne néanmoins ne s'étonnera que Nous jugions opportun, au temps présent, d'inculquer de nouveau ce méme devoir.

Aux époques de difficultés et d'épreuves, surtout lorsque la licence de tout oser pour la ruine de la religion chrétienne semble laissée à la puissance des ténébres, l'Eglise a toujours eu la coutume d'implore: avec plus de ferveur et de perséverance Dieu, son auteur et son défenseur, en lecourant aussi

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Vierge, inére de Dieu, dont le patronage lui parait devoir étre le plus efficace. Le frait de ces pieuses

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supplications et de la confiance mise dans la bonté divine apparait tôt ou tard,

Or, vous connaissez les temps où nous vivons, Vénórables Fréres: ils ne sont pas beaucoup moins calamiteux pour la religion chrétienne que ceux qui, dans le passé, furent le plus remplis de calamités. Nous voyons s'éteindre dans un grand nombre d'àmes le principe de toutes les vertus chrétiennes, la foi : la charité se refroidir ; la jeunesse grandir dans la dépravation des mœurs et des opinions ; l'Eglise de Jésus-Christ attaquée de toute part par la violence et par l'astuce ; une guerre acharnée dirigée contre le souverain Pontificat ; les fondements méme de la religion ébranlés avec une audace chaque jour croissante. A quel degré on est descendu, en ces derniers temps, et quels desseins on agite encore, c'est trop connu pour qu'il soit besoin de le dire

Dans une situation si difficile et si malheureuse, les remèdes humains sont insuffisants et le seul recours est de soliciter de la puissance divine la guérison.

C'est pourquoi Nous avons jugé devoir Nous adresser à la piété du peuple chrétien pour l'exciter à implorer avec plus de zéle et de constance le secours de Dieu tont puissant. A l'approche donc du mois d'octobre, que Nous avons précédemment prescrit de consacrer à la Vierge Marie sous le titre de Notre Dame du Aosatre, Nous exhortons vivement les fidéles à accomplir les exercices de ce mois avec le plus de religion, de piété et d'assiduité possible. Nous savons qu'un refuge est prét dans la bonté maternelle de la Vierge et Nous avons la certitude de ne point placer vainement en elle Nos espérances. Si cent fois elle a manifesté son assistance dans les époques critiques du monde chrétien, pourquoi douter qu'elle ne renouvelle les exemples

de sa puissance et de sa faveur, si d'humbles et constantes prières lui sont partout adressées ? Bien

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plus, Nous croyons qne son intervention sera d’autant plus merveilleuse qu'elle aura voulu se implorer plus longtemps.

Mais Nous avons un autre dessoin que selon votre coutume, Vénérables Fréres, vous seconderez avec zèle, Afin que Dieu se montre plus favorable à nos priéres et que, les intercesseurs étant nombreux, il vienne plus promptement et plus largement au secours, de son Eglise, Nous juccons très utile que le peuple chrétien s'habitue à invoquer avec nne grande piété et une grande confiance, en même temps que la Vierge mère de Dieu, son très chaste ipoux, le bienheureux Joseph, ce que Nous estimons

de science certaine être, pour la Vierge elle-même, désiré et agréable,

Au sujet de cette dévotion, dont Nous parlons publiquement pour la première fois aujourd'hui, Nous savons sans doute que non seueinent le peuple y est incliné, mais qu'elle est déjà établie et en progrès, Nous avons vu en, effet, le culte de saint Joseph, que dans les siècles passés, les Pontifes romains s'étaient appliqués à développer peu à peu »t à propager, croite et se répandre à notre époque, surtout aprés que Pie IX, d'heureuse mémoire, Notre prédécesseur eut proclamé, sur la demande d'un grand nombre d'évéques, le très-saint patriache patron de l'Eglise catholique. Toutefois, comme il est d'une si haute importance que la vénération envers saint Joseph s'enracine dans les mœurs et les institutions catholiques, Nous voulons que le peuple chrétien y soit incité avant tout par Notre parole et par notre autorité,

Les raisons et motifs spéciaux pour lesquels Saint- Joseph est nommément le patron de l'Eglise et qui font que l'Eglise espère beaucoup en retour de s: protection et de son patronage, sont que Joseph tut l'époux de Marie et qu'il fut réputé le pére de Jésus- Christ. De là on découle sa dignité, sa faveur, sa

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sainteté, sa gloire. Certes, la dignité de la Mère de Dieu est si haute qu'il ne peut être créé rien audessus. Mais toutefois, comme Joseph a été uni à la bienheureuse Vierge par le lien conjugal, il n'est pas douteux qu'il est approché plus que personne de cette dignité suréminente par laquelle la Mére de Dieu surpasse de si haut toutes les natures créées. Le mariage est, en effet, la société et l'union de toutes la plus intime, qui entraine de sa nature la communauté des biens entre l'un et l'autre conjoints. Aussi, en donnant Joseph pour époux à la Vierge, Dieu lui donna non seulement un compagnon de sa vie, un témoinide sa virginité, un gardien de son honneur, mais encore, en vertu méme du pacte conjugal, un participant de sa sublime dignité. Semblablement, Joseph brille entre tous par la plus auguste dignité parce qu'il a été, de par la volonté divine, le gardien du Fils de Dieu, regardé par les hommes comme son père. D'où il résultait que le Verbe de Dieu était humblement soumis à

Joseph, qu'il lui obéissait et qu'il lui rendait tous les devoirs que les enfants sont obligés de rendre à leurs parents.

De cette double dignité découlaient d'elles-mémes les charges que la nature impose aux pères de famille, de telle sorte que Joseph était le gardien, l'administrateur et le défenseur légitime et naturel

de la maison divine dont il était le chef. Il exerça de fait ces charges et ces fonctions pendant tout le cours de sa vie mortelle. Il s'appliqua à protéger avec un souverain amour et une solicitude quotidienne son épouse et le divin enfant; il gagna régulierement par son travail ce qui était nécessaire à l'un et à l'autre pour la nourriture et le vêtement ; il préserva de la mort l'enfant menacé par la jalousie d'un roi, en lui procurant un refuge; dans les incommodités des voyages et les amertumes de l'exil,

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il fut constamment le compagnon, l'aide et le soutien de la Vierge et de Jésus.

Or, la divine maison que Joseph gouverna comme avec l'autorité du pére contenait les prémices de l'Eglise naissante. De méme que la trés sainte Vierge est la mére de Jésus-Christ, elle est la mére de tous les chretiens, qu'elle a enfantés sur le mont du Calvaire, au milieu des sor"rances suprémes du Redempteur; Jésus-Christ aassi est comme le premierné des chrétiens, qui, par l'adoption et la rédemption, sont ses frères.

Telles sont les raisons pour lesquelles le bienheureux Patriarche regarde comme lui étant particulièrement confiée la multitude des chrétiens qui compose l'Eglise, c'est-à-dire cette immence famille repandue par toute la terre, sur laquelle, parce quil est l'époux de Marie et le pére de Jésis-Christ, il possède comme une autorité paternelle. Il est donc nature. et trés digne du bienheureux Joseph que, de méme qu'il subvenait autrefois à tous les besoins dela famille de Nazareth et l'entourait saintement de sa protection, il couvre maintenant de son céleste patronage et défende l'Eglise de Jésus-Christ.

Vous comprenez facilement, Vénérables Fréres, que ces considérations sont confirmées par l'opinion qu'un grand nombre de Péres de l'Eglise ont admise et à laquelle acquiesce la sainte liturgie elle-méme, que c^ Joseph des temps anciens, fils du patriache Jacob, fut la figure du nótre et, par son éclat, témoigna de la grandeur du futur gardien de la divine lamille.

Kt en effet, outre que le méme nom, et point dénué de signification, fut donné à l'un ot à l'autre, vous connaissez parfaitement les similitudes évidentes qui existent entre eux; celle-ci d'abord, que le premier Joseph obtint la faveur et la particuliére bienveillance de son maitre, et que, étant préposé par lui à l'administration de sa maison, il arriva que

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la prospérité et l'abondance affluérent, grâce à lui, dans la maison du maitre; celle-ci ensuite, plus importante, que par l'ordre du roi, il présida avec une rande puissance au royaume et en un temps ou la disette des fruits et la cherté des vivres vint à se produire, il pourvut avec tant de sagesse aux besoins des Egyptiens et de leurs voisins cne le roi décréta qu'on l'appellerait le sauveur du monde.

C'est ainsi que dans cet ancien patriarche il est permis de reconnaitre la figure du nouveau. De méme que le premier fit réussir et prospérer les intéréts domestiques de son maitre et bientót rendit de merveilleux services à tout le royaume, de méme le second, destiné à étre le gardien de la religion chrétienne, doit étre regardé comme le protecteur et le défenseur de l'Eglise, qui est vraiment la maison du Seigneur et le royaume de Dieu sur la terre.

Il existe des raisons pour que les hommes de toute condition et de tout pays se recommandent et se confient à la foi et à la garde du bienheureux Joseph.

Les péres de famille trouvent en Joseph la plus belle personnification de la vigilance et de la sollicitude

aternelle; les époux, un parfait exemple d'amour, d'accord et de fidélité conjugale;les vierges ont en lui, en méme temps que le modele, le protecteur de l'intégrité virginale. Que les nobles de naissance apprennent de Joseph à garder, méme daas l'infortune, leur dignité: que les riches comprennent, par ses lecons, quels sont les biens qu'il faut le plus

désirer et acquérir au prix de tous ses efforts.

Quant aux prolétaires, aux ouvriers, aux personnes de condition médiocre, ils ont comme un droit spécial à récourir à Joseph et à se proposer son imitation. Joseph en effet, de race royale, uni par le mariage à la plus grande et à la plus sainte des femmes, regurdé comme le père du fils de Dieu,

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son labeur d'artisan tout ce qui est nécessaire à l'entretien de sa famille.

Il est done vrai que la condition des humbles n'a rien d'abject, et non seulement le travail de l'ouvrier n'est pas déshonorant, mais peut, sila vertu vient S'y joindre, être grandement ennobli. J oseph, content du peu qu'il possédait, supporta les difficultés inhérentes à cette médiocrité de fortune avec grandeur d'àme, à l'imitation de son fils qui, après avoir accepté la forme d’esclave, lui le Seigneur de toutes choses, s'assujettit volontairement à l'indigence et au manque de tout,

Au moyen de ces considérations, les pauvres et tous ceux qui vivent du travail de leurs maius doivent relever leur courage et penser juste. S'ils ont le droit de sortir de la pauvreté et d'acquérir une meilleure situation par des :noyens légitimes, la raison et la justice leur défendent de renverser l'ordre établi par la providence de Dieu. Bien plus, le recours à la force et les tentatives parla voie de sédition et de violence sont des moyens insensés, qui aggravent la plupart du temps des maux pour la suppression desquels on les entreprend. Que les pauvres donc, s'ils veulent étre sages, ne se fient pas aux promesses des hommes de désordre, mais à l'exemple et au patronage du bienheureux Joseph; et

aussi à la maternelle charité de l'Eglise, qui prend chaque jóur de plus en plus souci de leur sort.

C’est pourquoi, Nous promettant beaucoup de votre autorité et de votre zèle épiscopal, Vémérables Fréres, et ne doutant pas que les bons et pieux lidéles ne fassent volontairement plus encore qu'il ne sera ordonné, Nous prescrivons que pendant tout le mois d'octobre, à la récitation du Rosaire, au sujet de laquelle il a été précédemment statué, on ajoute une prière à saint Joseph, dont la formule vous sera transmise en méme temps que cette lettre; il sera ainsi fait chaque année à perpétuité, A ceux qui

réciteront dévotement cette priére, Nous accordons your chaque fois une indulgence de sept ans et sept quarantaines.

C’est une pratique salutaire et des plus louables, établie déjà en quelques pays, de consacrer le mois de mars à honorer, par des exercices de piété quotidiens, le saint Patriarche. Là où cet usage ne pourra étre facilement établi, il est du moins à souhaiter que, avant le jour de sa fête, dans l'Eglise principale de chaque lieu, un Zriduum de prières soit célébré.

Dans les endroits où le dix-neuf mars, consacré au bienheureux Joseph, n'est pas féte de précepte, Nous exhortons les fidèles à sanctifier autant que possible ce jour par la piété privée, en l'honneur de leur céleste patron, comme si c'était une féte de précepte.

En attendant comme présage de dons célestes et comme témoignage de Notre bienveillance, Nous accordons affectueusement dans le Seigneur, à vous, Vénérables Fréres, à votre clergé eta votre peuple, la bénédiction apostolique.

Donné a Rome, pres Saint Pierre, le 15 août 1889, de Notre Pontificat l'an douzième.

LEON XIII, PAPE

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