‹ MandrinChapitre 132 sur 266 · Ibxd · texte numérisé non relu

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CHASSEURS DE FISCHEH (Elirait du Nouveau recueil des troupes légè.re*y iVï Y. CAxttc^w, ViVTy

Personne dans le pays ne consentait à servir de guide contre Mandrin. Fischer en était réduit à suivre la trace laissée par les chevaux des contrebandiers sur la route trempée de neige, qu'il faisait éclairer avec des brandons. « Cette trace, écrit l'officier, me mena d'abord sur le chemin de Montigny, et ensuite me jeta, par la traverse, dans des bois presque inaccessibles, d'où j'arrivai à une montagne, sur la croupe de laquelle est situé le village de Gueunand1. »

Gueunand (se prononçait Gunari) s'élève à mi-côte d'une montagne couverte d'une épaisse forêt de chênes, mêlés de hêtres, et dont la crête arrondie trempe dans les nuages par les temps couverts. C'est le mont de Gueunand. À ses pieds s'étend la plaine où FArroux trace son cours sinueux.

Les prés disparaissaient sous la neige.

De-ci, de-là, des touffes d'arbres, des haies qui séparent les finages et donnent à la campagne un air de jardin à la française*, des bouquets de saules gris aux bords des ruisseaux étroits; et, par endroits, ce sont comme des pans de murs hauts et raides, formés par les lignes de peupliers. A droite, au premier plan, sur une motte, le château du Pignon-Blanc, façade carrée, presque lumineuse sur les masses sombres, dont l'entoure, en forme de croissant, une hétraie effeuillée. Et plus loin, se tirant hors du grand drap blanc dont l'hiver a couvert la plaine, l'admirable panorama

1. On possède deux relations officielles du combat de Gueunand, Tune rédigée par Fischer lui-môme, Motifs et conduite de M. de Fischer dans V attaque des contrebandiers à Gueunand, réimprimée par Harold de Fontenay, p. 22-24: l'autre émanant des officiers de Fischer : o Relation du combat entre M. Fischer et son détachement... » Archives de V Hérault, C 1979. — La Gazette de Hollande, 15 ianv. 1755, contient un récit du combat envoyé par un correspondant de Genève. L'auteur de la relation publiée dans la Nouvelle revue rétrospective, 10 nov. 1903, p. 306-307 vit les dragons de Beaufremont rentrer dans Autun le jour de l'attaque. Voir enfin la lettre de M. Ducheraain, entreposeur à Autun (26 déc. 1754, Autun), Bibl. de Chalon-sur-Saône, ms. 126, publ. (sous la date erronée de 1753) dans l' Intermédiaire des Chercheurs, 1887, col. 351-62.

que dessinent les contreforts du Morvan, d'un bleu pâle, de plus en plus pâle à mesure que les plans s'éloignent, d'un bleu clair et léger — à l'horizon ce n'est plus que de l'atmosphère durcie, — où se dresse la pointe aiguë du Beuvray.

En approchant de Guèunand, Fischer vit une trentaine de contrebandiers à cheval qui vaguaient. Mandrin était rejoint. On l'aperçut sans veste, qui sortait de la maison d'un certain Moley, où il avait passé la nuit. Sur-le-champ, l'officier disposa ses hommes pour l'attaque. Celle-ci présentait de grandes difficultés. Les Mandrins occupaient les maisons du village, et le lieu avait été habilement choisi pour une défense armée. La droite en était inabordable, protégée qu'elle était par un bastion que fournissait la nature, un mamelon gazonné. Fischer, qui le vit couvert de neige, écrit que c'est un rocher. La gauche, où s'étalaient les maisons, était coupée de courtils clos de palissades. Celles-ci étaient formées par des pieux plantés à la distance respective d'une aime et dont la « remplissure » était faite de bois d'épine. Puis des vergers, où croissaient des poiriers, des châtaigniers, des noyers séculaires, entourés de haies d'épine et de mûriers, et des chemins creux bordés de buissons. Enfin chaque maison, basse, aux murs épais, sans autre ouverture qu'une porte étroite flanquée d'une unique fenêtre, était d'une facile défense. Sur le derrière, des halles, où les contrebandiers avaient attaché leurs chevaux à la longe. Pour entrer dans le village, une seule route, dont nos compagnons étaient les maîtres. Mandrin l'avait rapidement hérissée de barricades, formées de chariots et de charrettes entremêlés de brassées de branches d'épine, et il y avait mis sur affût quatre pièces de campagne à la biscaïenne. Fischer avait sous ses ordres, outre ses chasseurs, quarante dragons du régiment de Beau-

fremont, deux compagnies de grenadiers suisses du régiment de Courten et des cavaliers de la maréchaussée commandés par le lieutenant Balot. Il mit ses propres troupes, pour une grande partie des Allemands et des Suisses, sur le devant, « pour qu'il ne fût pas dit que, pour acquérir de la gloire, il avait sacrifié des sujets nationaux1 ».

Fischer commença par envoyer ses chasseurs soutenus par les dragons de Beaufremont, pour couper la retraite aux contrebandiers, mais déjà Mandrin, avec une hardiesse inouïe, avait commencé l'attaque. « Telle a toujours été sa conduite, du feu dans l'imagination, de la célérité dans l'exécution2. » Jamais sa valeur guerrière ne parut avec plus d'éclat que dans cette affaire de Gueunand. Il avait immédiatement reconnu l'impossibilité de triompher de ces troupes nombreuses, disposant des meilleures armes, commandées par un chef expérimenté. Il n'avait avec lui que quatre-vingt-dix hommes, parmi lesquels il en choisit dix-huit, des plus résolus. A la tête de cette poignée de braves, il tint tête aux soldats de Fischer, tandis que les autres battaient en retraite, à travers les vignes, les halliers et les chemins creux. Dans le débraillé de la surprise matinale, sans chapeaux ni vestes, en bras de chemises, tout en se retirant, ils ne cessaient de faire feu sur leurs adversaires, « pareils à des sangliers furieux qui font respecter leurs défenses aux chasseurs dont ils sont poursuivis3 ». Du haut des maisons qu'ils occupaient et où ils avaient pratiqué des canardières4, les dix-huit compagnons, qui avaient assumé la tâche de couvrir la retraite de leurs camarades, faisaient pleuvoir des balles meurtrières sur les chasseurs de Fischer qui

1. Relation de Fischer, éd. Haroldde Fontenay,p. 23. t. |AbbéRégley], Histoire, p. 139.

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