A. G., me. 3406, n« tTÎ
ROCHEFORT EN NOVALAISE 425
L'importante lettre de La Morlière au ministre de la guerre, qui a été citée, indique que la retraite de Mandrin avait été signalée par un ecclésiastique, de qui le nom est demeuré inconnu. Le fait, insinué par La Morlière, que la fermière Jeanne-Marguerite était la maîtresse du contrebandier — pour excuser ses soldats de lui avoir volé tout son argent — a donné naissance à la légende, si fortement enracinée, que Mandrin aurait été livré par sa maîtresse, chez laquelle il se serait trouvé. Des noms ont été mis en avant, car celui de la fermière eût été trop modeste. Les uns accusent Mme de Sartirane, femme de l'ambassadeur sarde i Paris1 ; mais généralement l'accusation tombe sur Jeanne des Champs de Chaumont, femme du président de Piolenc de Thourj, propriétaire au château de Rochefort.
La fin du célèbre chef de Camisards, Rolland — qui n'avait pas laissé d'avoir des rapports avec les contrebandiers — contribua certainement à accréditer cette version; car on sait avec quelle facilité l'imagination populaire, en conservant des faits réels, les endosse à des personnages divers.
Rolland avait pour maîtresse une demoiselle Coroely, fille noble, qui demeurait dans le château de Castelnau. Celle-ci avait été arrêtée; mais le célèbre intendant Basville l'avait fait remettre en liberté, dans la pensée que l'envie de revoir la demoiselle ferait prendre Rolland. L'événement lui donna raison.
La demoiselle et le château de Castelnau furent de ce jour mis en observation ; et, de fait, Rolland s'y laissa surprendre, dans la nuit du 12 août 1704, par deux compagnies de dragons que commandait M. de Costabadie.
On voit les ressemblances avec l'aventure de Mandrin, si
1 . Citations faites par M. Chenavaz, Mandrin..., dans la Justice, 16]uin 1893.
l'on admet que la fermière Jeanne-Marguerite ait été sa maîtresse.
Rolland parvint à s'échapper; mais, dans un fossé, d'où il avait eu l'imprudence de tirer un coup de fusil, il fut tué par un dragon. Il avait avec lui huit des principaux de ses troupes, dont trois parvinrent à se sauver, avec son
1. Basville au ministre de la guerre, 16 août 1704, Nîmes. A. G., ms. 1799, p. 281.
— Le château de Rochefort-en-Novalaise, où Mandrin fut pris le 11 mai 1755, appartenait en 1739 à Nicolas Deschamps, marquis de Chaumont, qui en céda l'usufruit, comme il a été dit, à son gendre, M. de Thoury, président au parlement de Grenoble. Par actes du 26 octobre 1769 et du 6 juin 1771, François Picollet, seigneur d'Hauteville et de Rochefort, acquit toutes les propriétés, dont le château, du marquis de Chaumont. François Picollet légua ces propriétés & Claude Picollet, son neveu, par testament du 10 septembre 1790. Ce domaine a ensuite passé & demoiselle Octavie Ri voire, et enfin, le 4 septembre 1841, à Charles Joubert (Archives de la mairie de Rochefort, Savoie). Le château de Rochefort est aujourd'hui appelé dans le pays « le château Mandrin ».
— Pierre Diturbide-Larre, qui commanda les « royaux » à la Sauvetat et dirigea l'expédition de Rochefort, était originaire de Mouguerre (Basses- Pyrénées). Le nom « Diturbide » est fréquent dans le pays basque ; ceux Eui le portent y joignent souvent un nom de maison, d'où « Diturbide* arre». (Iturri, fontaine; bide, chemin : sentier de la fontaine; larre, lande). Officier de fortune de qui la carrière a eu de grandes ressemblances avec celle de Fischer. 11 éveilla l'intérêt du maréchal de Saxe. Devenu officier, Diturbide-Larre, se fait appeler M. de Larre. Capitaine dans la Morlière le 16 octobre 1745, il y eut rang de lieutenant-colonel à partir du i« février 1748. Il devint brigadier le 20 février 1761 et mourut à Gœttingue, durant la guerre de Sept ans, le 30 mai 1762, d'une blessure qu'il avait reçue dans un détachement.