‹ MandrinChapitre 96 sur 266 · Aàbrégé, p · texte numérisé non relu

Aàbrégé, p

4. Le ministre de la guerre a La Moriière. A. G., ma. 3385, n» 402.

Et, dans un splendide festin, On se prépare à voir Mandrin.

Un verre de vin dans la panse, On a beaucoup plus de vaillance.

Mais on enlève tous les plats, Et Mandrin ne s'avance pas '.

La bande passe la Saône au pont de Saint-Romain. Du Nord au Sud, la terre s'étend, illimitée, presque nue ; les collines ont perdu leurs bruyères; ce sont des vignes, des vignes et des vignes, qui semblent avoir été à leur crèfe comme nivelées à coups de faux. Elles entourent les hameaux de Villefranche, de Fleurie, de Romanèche et de Villié- Morgon. Les Mandrins contournent les coteaux rocailleux où Chiroubles raye de la blancheur de ses maisons, dominées par un clocher carré, la masse des vignes qui s'empourpre en ces premières semaines d'automne. Par-dessus cette mer de pampres et d'échalas, les monts du Beaujolais allongent vers le couchant leurs grandes vagues immobiles.

Laissant sur sa gauche la capitale du Beaujolais, Mandrin s'en alla prendre gîte, le 7 octobre au soir, au petit village de Julie. Il en repart à l'aube naissante. Peu à peu les vignobles ont disparu à l'Orient; voici de nouveau les forêts, avec leurs ruisseaux, leurs ombrages et leurs rocs pointus. Les bruyères semblent de bronze en ce mois d'automne, les genêts n'ont plus de fleurs. Les Mandrins s'engagent sous de hautes châtaigneraies. Le 8, ils franchissent les crêtes qui séparent le Beaujolais du Forez2.

Et ils se retrouvent en pays de montagnes, où les populations leur sont dévouées. Devant eux les sommets des monts s'arrondissent, semblables à d'énormes ballons atter-

i. La Mandrinade,p. 46-47.

rés, jusqu'aux plaines de la Loire, qu'on devine, sans les apercevoir encore, par delà les dernières hauteurs. Les contrebandiers se croient presque en sûreté, aussi Mandrin sectionne-t-il sa petite armée en plusieurs divisions. Il conserve la direction de la plus importante qui compte encore 150 hommes et marche sur Charlieu1. Il y entre le 9 octobre. A l'entrepôt des Fermes, il reçoit 4 500 livres pour lesquelles il donne un reçu et 914 livres de « faux tabac ». Puis il prend la route de Roanne *.

Une avant-garde de vingt-quatre contrebandiers entre dans Roanne sur les quatre heures du soir, et, après avoir rapidement parcouru la petite ville, vient se ranger militairement devant l'église.

Le gros de la troupe arrive entre quatre et cinq heures du soir. Elle fait une entrée bruyante, fifres en tête*. Mandrin introduisit ainsi cent cinquante hommes dans la ville. Le reste de ses troupes, qui avait « rejoint », demeura durant la journée dans les environs, réparti en quatre escouades : l'une au bas de la localité voisine de Perreux, une autre au bas de Vernay, une troisième au bois de Combray sur la route de Roanne à Saint-Haon, la quatrième au bois de Raffin. Chacun de ces postes comptait une cinquantaine d'hommes. Le lendemain, une arrière-garde de soixante hommes, passa encore sous les murs de la ville4. A ce moment Mandrin dispose donc de quatre cents hommes environ.

1. Chef-lieu de canton, arr. de Roanne. Il y a deux Charlieu dans la région.

Page 1