‹ Manières de voir et façons de penserChapitre 8 sur 97 · CETTE NUIT · texte numérisé non relu

CETTE NUIT

Cette nuit, dans le bois, une calèche errante, De sa double lanterne éveillant l'écureuil, A travers les rameaux revenait scintillante De Boulogne au bassin d'Auteuil.

La rêveuse aux buissons d'une étroite chaussée Laissait nonchalamment balayer ses panneaux; Dans le sable, sans bruit, doucement balancée, Comme une barque sur les eaux.

Et pour charmer encor ce nocturne voyage, Dont la lune des bois gardera le secret, Les jeunes baliveaux agitaient leur feuillage Où la serpe d'argent brillait.

De projets de bonheur la calèche était pleine; Nul ne sait quels regards venaient s'y caresser, Ni de quelle main blanche on ôtait la mitaine Pour cueillir un premier baiser;

Ni quelles voix ont fait de ces aveux qu'inspire L'ombrage parfumé des arbres défendus :

Pourtant bien des échos, au moins pour en médire, Voudraient les avoir entendus !

Beaux diseurs de secrets, vous perdiez un mystère Echappé de Paris pour ce cher entretien : Les paroles allaient tomber dans la fougère Et le salon ne saura rien.

Car aux légers panneaux les écussons s'effacent, A l'heure où, dans le bois, va dormir l'écureuil, Et vous ne suivez pas les lanternes qui passent, La nuit, près le bassin d'Auteuil.

fin —

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