LE CANADA EN EUROPE
Montréal, 14 février 1891, À Monsieur C. BEAUSOLEIL, Ancien député du comté de Berthier, Montréal.
Mon cher ami,
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt la très intéressante conférence que vous avez faite, le 6 février, devant le Club. National, sur les avantages que retirerait le Canada d'un traité de. réciprocité commerciale, industrielle et agricole avec les Etats-Unis d'Amérique.
Non seulement j’approuve en entier les conclusions de votre conférence, mais je me permets de vous écrire pous vous dire que vous auriez pu ajouter à votre élo-
qu appel, un dixième considérant conçu à peu près ans les termes suivants .
100 La réciprocité illimitée avec les Etats-Unis est indispensable à la prospérité du Canada, parce que l’Angleterre lui tient volontairement fermé, entr'autres marchés de l'Europe, celui de la France, pendant qu'elle favorise au contraire trois autres de ses grandes colonies, savoir : les Indes et Ceylan, l'Australie et le Cap de Bonne Espérance, en stipulant dans son traité de commerce awec la France, qui accorde déjà à la Grande Bretagne, le traitement de la nation favorisée, que les principaux produits de ces trois colonies favorites seront admis sur le territoire français, non seulement en franchise, sans aucuns droits
de douane, mais même exempts de la surtaxe applicable
aux produits d’origine extra-européenne, importés d’un pays d'Europe.
En même temps'que cette conférence, la presse nous apportäic le manifeste que sir John Macdonald adresse aux électeurs du Canada et les discours programmes prononcés par les honorables MM. Chapleau et Ouimet à la réunion générale de l'Association Conservatrice au Saint- Lawrence Hail. Il ressort de ces documents que le Canada doit s'estimer heureux de son sort, et que le parti libéral se rend coupable du crime de haute trahison, en cherchant à améliorer la condition du plus grand nombre. Ces trois discours sont remplis de louanges dityrambiques à l'adresse de l'Angleterre que personne ne songe à offenser, et ils fourmillent d'erreurs et de contradictions indignes d'hommes d'Etat.
Est-ce que nous rétrograderions par hasard ? N’avonsnous donc rien appris depuis cinquante ans? Faut-il recommencer l'agitation de Cobden et de la ligue? On le croirait vraiment à voir l'esprit de parti qui anime sir John et ses collègues
Je viens de nommer Richard Cobden, le négociateur avec Michel Chevalier au premier traité de commerce intervenu entre la France et l'Angleterre en 1860. Je crois qu’il n’est pas déplacé de citer quelques phrases de ee grand homme d'Etat anglais, dans les circonstances. Vous verrez qu'elles peuvent supporter la comparaison avec les discours des trois orateurs ministériels dont je vous citerai quelques phrases dans un instant.
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.….... On ne saurait nier que le Canada ne soit du moins cinquante années en arrière des Etats-Unis. Ilya “ quelques années, lorsque je voyageais dans le Canada, ‘ je demeurai frappé de cette infériorité. Cependant. alors, “ la protection était pleinement en vigueur ; le Canada ‘ jouissait de tous les bienfaits de cette protection pré- : ‘tendue, Pourquoi donc le Canada florissait-il moins “ que les Etats-Unis ? Tout simplement parce qu'il était “ sous notre protection, parce que les Etats-Unis dépen- “ daient d'eux-mêmes, se soutenaient, se gouvernaient ‘eux-mêmes, tandis que le Canada était obligé, non-seule- “ ment de recourir à l'Angleterre pour son commerce, “# mais encore de s'adresser à Downing street pour tout ce ‘“ qui concernait son gouvernement.” Ce discours de Cobden fut couvert d’applaudissements et cela en Angleterre !
La même année, lord John Russell, alors chef du cabinet, répondit à l'agitation qui se faisait par toute l’Angleterre, par un grand discoürs dont j'extrais les lignes suivantes, qui paraissent avoir été prononcées par anticipation, en répouse aux discours de sir Johà, et des honorables MM. Chapleau et Ouimet : À
‘ Sans doute, je prévois, avec tous les bons esprits, “ que quelques-unes de nos colonies grandiront tellement ‘“ en population et en richesse qu’elles viendront nous “ dire un jour : ‘ Nous avons assez de force pour être ‘“ indépeudantes de l'Angleterre. Le lien qui nous attache ‘ à elle nous est devenu onéreux et le moment est arrivé “ où, eu toute amitié et en bonne alliance avec la mère-
‘4 patrie, nous voulons maintenir notre indépendance. Je
‘ ne crois pas, ajoutait Lord John Russell, que ce temps ‘ soit très rapproché. mais faisons tout ce qui est en nous “ pour les rendre aptes à se gouverner elles-mêmes. Don- “ nons-leur autant que possible la faculté de diriger leurs “ propres affaires. Qu'elles croissent en nombre et en “bien-être, et, quelque chose qui arrive, nous, citoyens de “ ce grand empire, nous aurons la consolation de dire que “ nous avons contribué au bonheur du monde.”
: Ne trouvez-vous pas ce langage plus élevé et plus en harmonie avec les légitimes aspirations du peuple cana-
die, que là tirade suivante que j'extrais du manifeste de
Sir John :
‘ C’est à vous Canadiens, que je m'adresse et je vous “ demande ce que vous aurez à gagner en abandonnant ce “ que vos ancêtres avalent de plus cher? A l'ombre du ‘ drapeau anglais, nous jouissons de la plus grande liber- “ té, nous nous gouvernons comme nous l’entendons et “no s participons en même temps, aux avantages qui # découlent de l'union avec l'empire le plus puissant qui ‘# ait jamais existé. Non seulement nous sommes libres de “ diriger nos affaires locales, mais pratiquement, nous ‘ avons le privilège de faire nous-mêmes nos traités avec ‘ les autres pays et, dans nos relations avec l:s autres “ puissances étrangères, nous jouissons du prestige qu’ins- *# pire le fait connu de tous que derrière nous, trône la ‘“ majesté de l'Angleterre.”
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T Est-ce assez boursoufflé ? Autant d'erreurs que de phrases. ‘“ Nous avons le privilège de faire nous-mêmes nos traités avec les autres pays !” Où donc ! Peut-on se moquer avec autant de sans-gêne de cinq millions d'habitants ?
Sir John affirme tellement que son gouvernement a le droit de faire ses traités de commerce, qu'il a infusé cette croyance à l’ancien président de la Chambre des Communes, l'honorable M. Ouimet, qui a de son côté prononcé les paroles suivantes, à la réunion des conservateurs fortes tenue au St Lawrence Hall le 6 courant. “Si nous ne pouvons vivre par nous-mêmes, si nous “avons si peu confiance dans notre force nationale, c’est ‘le moment de faire cette honteuse admission et d'aller “ quêter à l'étranger le pain que nons pouvons gagner “ chez nous. Point n’est besoin d'attendre ! Qu'on le “ dise de suite, avant l'heure de la détresse suprême | # Mais si nous ÿvons assez de fierté nationale, assez de cou- “ rage au cœur, assez de confiance dans ce merveilleux et “ riche héritage que nous a donné le ciel et que nous ont “ transmis nos pères, alors protestons contre ce sentiment ‘# Jâche et humiliant qui inspire à quelques ambitieux ou “ aux peureux des idées d'annexion ”
‘ Que pourrions-nous en réalité désirer de mieux que “ que ce régime actuel, qui nous donne, avec une liberté “ politique et commerciale absolue, la protection d’un drapeau
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bénéfices d’une puissante maison ; il accepterait, n'est-ce pas ?
Nous n’en deviendrions pas plus annexionnistes ou
américains, en nous associant pour, des fins commerciales aux Etats-Unis, que sir John À. Macdonald n’est devenu français pour s'être associé, pendant trente ans, avec sir George E, Cartier, qui disait peu de temps avant de mourir : ‘ Méfiez-vous de éir John, c’est le pire ennemi de la race française.” : Pourquoi le parti tory s’oppose-t-il à ce que nous cherchions un remède aux souffrances dont meurent notre agriculture, notre industrie et notre commerce, en nous adressant à nos puissants voisins qui veulent bien nous écouter, eux, par bonheur ? |
Depuis plus de vingt ans, la Grande-Bretagne a demandé et à obtenu de la France, des faveurs exceptionnelles pour trois de ses grandes colonies, —les Indes, le Cap et l'Australie, Vous n'ignorez pas que les principales productions de ces pays sont les laines, le coton, le jute et la plombagine (Ceylan).
Or, jusqu’au dernier traité de commerce, par convention spéciale, passée entre l'ambassadeur de l'Angleterre et le ministre des affaires étrangères de France, les laines d'Australie, les laines du Cap, le coton de l’Inde, le jute de l'Inde et la plombagine de Ceylan entraient et entrent en France, exempts de droits de douane et de la surtaxe spéciale applicable aux produits d'origine extra-européenne, importés d’un pays d'Europe.
D'un autre côté, certains produits du Canada, que sir John, MM. Chapleau et Ouimet auraient dû faire traiter avec certains avantages, —puisqu'ils disent avoir le pouvoir de négocier—et qui sont en aussi grande demande en France qu'en Angleterre et aux Etats-Unis, où nous les exportons aujourd'hui et d’où la France en tire de similaires, ces produits du Canada, dis-je, tombent sous le tarif général, qui est celui qui nous régit, tandis que l’Angieterre jouit personnellement du tarif de la nation ta plus favorisée.
Ainsi, par exemple, les fromages canadiens paient 6 francs par 100 kilos de droit d'entrée en France, tandis que les fromages anglais ne paient que 8 francs: le beurre canadien paie 15 francs les 100 kilos, tandis que le beurre anglais né paie que 6 francs; le papier (Rolland par
reux est à chan
mani fois.
nous bre d il dit
exemple) paie 13 frs les 100 kilos. tandis que le papier anglais ne paie que 10 frs ; les bâtiments, — en bois ou en fer, — à voile ou à vapeur, — du Canada paient 6 frs le tonneau de jauge, tandis que les bâtiments anglais ne paient que 2 francs le tonneau; la plombagine de Buckingham en Canada, paierait 8 frs 60 c. par 100 kilos de surtaxe, tandis que la plombagine de Ceylan entre en Franee, en franchise absolue. Il en est ainsi des autres produits en général.
L'Angleterre aurait donc mauvaise grâce à nous reprocher de chercher un marché en Amérique, lorsqu'elle a favorisé ainsi trois de ses colonies en les faisant bénéfieier d’exemptions, très importantes pour le développement de leurs cultures, de l'élevage de leurs troupeaux et de leurs industries minières.
L'Angleterre compte plus de quarante colonies gou: vernées et administrées par un gouverneur nommé par le Colonial Office. Le Canada, que MM. Macdonald, Chapleau et Ouimet trouvent si beau, si prospère, si libre, est confondu dans le tas aux yeux de l’Europe et n’est même pas désigné sous son nom dans les livres de référence : — Possessions Britanniques. — Cherchez parmi les nègres, les Indous jaunes, les petites îles entre les Barbades et Ceylan, et vous trouverez la colonie du Canada.
Aussi avec leur sens pratique des affaires, les hommes d'Etat anglais raisonnent-ils pour la plupart comme Lord John Russell. Ils font l'éducation politique et. commersiale de leurs colonies, les peuplent de leurs cadeté, les couvrent de leurs capitaux et à l’âge de majorisé de ce peuple colonial, pour ne plus s’exposer à la séparation violente des Etats de la Nouvelle-Angleterre, on se séparera en bonne intelligence, Il n’y aura qu’un gouverneur
‘anglais de moins dans l'annuaire de Downing street, mais l'Angleterre aura contribué à faire un peuple libre et heureux et se sera assuré un fidèle allié pour l'avenir. L'heure
est à Dieu! Pour le moment, il ne saurait être question de
changement.
L'hon. Secrétaire d'Etat me paraît avoir préparé son manifeste aux électeurs du District de Montréal en deux fois. Jugez-en vous-même. M. Chapleau cherchant à nous détourner des Etats-Unis, nous fait un tableau som-
bre de la situation industrielle et agricole de nos voisins, il dit :
Aux Etats-Unis, les agriculteurs écrasés par toutes “ espèces de fardeaux, géués pour la vente de leurs pro- “ duits par les tarifs de chemins de fer, se sont formés en *“ ligue pour tâcher de trouver par une action commune, “les moyens de sortir de la crise !
‘t L'industrie est si peu prospère aux Etats-Unis que “ dans bien des endroits, on abandonne les terres, la cul- ‘“ ture ayant cessé de payer.
“ Dans le New-Hampshire, le Massachusetts, des “ centaines de fermes ont été abandonnées. Dieu merci ‘ nous n'en sommes pas là dans la province de Québec.”
Jusque-là les Etats-Unis avec leurs 62 millions d’habitants, tout plus ou moins dans un état voisin de la misère, sont un marché bien peu désirable pour le Canada ; mais si vous continuez la lecture du remarquable programme politique du Secretaire d'Etat, vous ne tarderez pas à tomber en lumière. M. Chapleau redevient LU! enfin, et, oubliant ce qu’il vient de dire plus haut, il entonne à la louange des Etats-Unis l'hymne suivant :
‘“ Notre position, comme voisins des Etats-Unis doit “ exercer une inflnence considérable sur nos conditions “économiques. C’est un des pays les plus prospères du “ monde ; ses hommes d'affaires sont les plus habules que l’on “ puisse rencontrer, et sa richesse en fail un concurrent redou- “ table. Novs avons tout intérét d ménager ce puissant voisin ‘Cet à mériter son amitié. C’est à quoi le gouvernement fé- “ déral s’est employé de tout temps et il est ridicule de “ prétendre, comme le font les chefs libéraux, que nous “ avons irrité les Américains à plaisir. Rien de plus “faux ; nous nous sommes toujours montrés disposés “A traiter avec eux, mais pas au point de leur abandon- ‘“ ner tous nos avantages — notre patrimoine.”
Cette dernière partie du discours de l’éminent et sympathique Secrétaire d'Etat doit se rapprocher plutôt
de la vérité que ce que je vous en citais plus haut. Dans.
tous les cas, quand vous rencontrerez M. Chapleau, demandez lui donc de vous dire, de sa voix d’or, comment il st ‘ait que “ l'industrie soit si peu prospère aux Etats-Unis, que c'ans bien des endroïts on abandonne Ia terre ”, mais que tout de même, “ des Etats-Unis sont un des pays les pius rosvères du monde !” Sont-ils prospères, oui ou non ?
Mon cher ami, je termine cette longue lettre par le récit de deux faits arrivés à ma connaissance personnelle
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qui, établissant l'infériorité de notre situation coloniale à l'étranger, devraient nous pousser à accepter les offres avantageuses qui nous viennent des Etats-Unis, qui seuls, jusqu'à présent, ont daigné traiter le Canada, comme s'il était habité par des hommes et non par des flotes.
Avant 1878, le Canada ne faisait pas partie de l'Union Internationale Postale. Une lettre ordinaire cuû‘ait jJusqu'alors seize sous. je crois, d’affranchissement pour le continent, Le gouvernement Mackenzie délégua M. Gordon Brown du Globe, au Congrès qui siégeait à Paris, pour négocier l'entrée du Canada dans l’Union.
Lord Lyons, alors ambassadeur d'Angleterre à Paris, refusa d’apostiller les lettres de créance de M. Brown, en lui disant: ‘La Grande Bretagne est représentée à ce congrès par un commissaire. Transmettez-lui la demande de votre gouvernement et, s’il la trouve juste, il agira dans votre sens ; mais quant à apostiller vos lettres, il n’y faut pas songer. Ca serait trop drôle vraiment, s’il prenait fantaisie à nos quarante colonies d'envoyer chacune un commissaire à des congrès où 11 y aurait déjà un commissaire-impérial d'accrédité, avec la prétention d’y occuper un rang égal!” Shocking, n'est-ce pas ? Bref, le commissaire britannique montra si peu de bonne volonté, que M. Brown fut obligé d’avoir recours aux bons offices des commissaires russes et français pour forcer la main à notre délégué impérial et l’amener à signer le traité postal, que, mualuré les assertions de sir John et de M. Ouimet, nous n'avons pas le droit, aujourd'hui, pas plus qu'en 1878, de faire nous-mêmes, en dehors du représentant de la Grande Bretagne,
Voulez-yous un joli exemple de discrimination contre les produits canadiens, que vous pourrez rétorquer à ceux qui nou- refusent le droit de commercer avee les Etats- Unis, parcequt ce serait un acte pendable de discrimination (pardonnez-moi ce mot) contre les produits de la mèrepatrie? C'était encore en 1878. Le Canada prit une part brillante à l'Exposition Universelle de Paris. M. Malcolm Caraeron, qui est encore le plus grand sellier et le plus grand fabricant de sac de malle de Toronto, exposait ses produits à Paris. Un jour, le général marquis d'Abzac, aide de camp du maréchal de MacMahon, alors président de la’ Républiq#e, remarqua la sellerie de Cameron dans la section canadienne et lui acheta une selle de dame.
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mandaït pourquoi l'Angleterre l'avait invité à venir exposer À ses cotés dans un pays, où le marché nons était … fermé, mais que l'Angleterre avait si complaisamment ouvert à d’autres colonies? Jones.
7) La selle fut expédiée à un ami à Londres et réimpor- . tée en France comme sel/e anglaise. nuis offerte au général. Mais ce n’était pas ce débouché-là que Cameron était venn chercher en France. (Depuis, le tarif a été amendé et. nos selles peuvent entrer en pu un droit plus élevé que la sellerie anglaise ; mais elles entrent enfin) . : . Est-ce une situation économique tenable, que celle que nous offre le marché continental, où, malgré les dssertions de sir John et de M. Ouimet, nous n'avons pas le . droit d'aller faire de traité de commerce ? Vous avez donc raison, mon cher ami de mener acti- vement lé campagne patriotique que vous avez entreprise. . Mes meilleurs vœux vous accompagneront pendant la … Juite qui commence et qui se terminera, j'en suis convaineu t trion + de la cause libérale. :.
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serre cordialement la main,
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nr 0 PR RS TE Re RG. LT À ie re DE RIT ee 2 ee DE de te 2 me >