‹ Manifeste en faveur du monument Louis HébertChapitre 4 sur 12 · APPEL AU CLERGE · texte numérisé non relu

APPEL AU CLERGE

Louis Hébert, le premier colon de la Nouvelle-Fran« ce, aura bientôt son monument dans la capitale de cette Province. Les fêtes du troisième centenaire de la Fondation de la ville de Québec, le réveil patriotique qui s'est opéré un peu partout dans notre pays, les écrits parus sur la vie et l'œuvre de Louis Hébert, ont contribué à mettre en honneur, ce héros modeste, qui est la personnification de la foi simple et solide, du travail intelligent et ardu.

Tandis que les fils de la vieille Acadie le réclament comme un des leurs parce que, sur l'Ile Sainte-Croix et à Port-Royal, il a récolté les prémices de la terre acadienne. les Québécois se rappellent avec reconnaissance que ce courageux laboureur, aussi bon français que grand chrétien, est le premier bienfaiteur de la patrie, et l'un des premiers modèles qu'il faut maintenir en place d'honneur aux regards de notre peuple.

" Aussi précieux et aussi fécond que le bon froment apporté de France qu'il confia à notre sol, il fit germer en terre canadienne une autre semence immortelle : celle du bon exemple d'un noble et fructueux travail agricole, qui n'entretient pas seulement la vie par le pain matériel, mais qui entretient aussi la vigueur du cœur et de l'esprit, l'âme nationale elle-même par son caractère moralisant.

** M. René Bazin, disait il n'y a pas longtemps, en parlant de la race de ces paysans français, nos pères de France et du Canada, qu'ils étaient "l'un des plus grands chefs-d'œuvre que le monde ait pu contempler", .et il ajoutait "qu'aucune civilisation ne s'est appuyée sur de plus belles familles."

" L'éloge, pour grand qu'il soit, ne dépasse pas la vérité et il a le grand avantage de rappeler, à l'encontre de tant d'idées fausses répandues partout, le véritable idéal de nos pères, qui doit être le nôtre, si nous voulons rester un peuple fort, moral, prospère et béni de Dieu.

" Plus encore, en effet, qu'un hommage mérité à celui qui a déjà la seule récompense que sa vertu ait ambitionnée, un monument à Louis Hébert sera une leçon et un encouragement.

** Il sera une leçon pour les jeunes générations que tant de séductibns trompeuses attirent hors des campagnes où l'on ne s'occupe pas assez de les retenir, où l'on ferme trop souvent devant eux le champ de la colonisation qui tenterait leurs généreuses ambitions.

•'Il sera uq encouragement à ceux qui labourent, sèment et récoltent, à ceux qui ne soupçonnent pas assez la grandeur et le mérite de leur travail, à ceux qui se sentent trop souvent méprisés et exploités.

^' A ceux qui ont besoin d'un enci^iragement pour continuer le noble travail des champs, à ceux qui ont besoin d'une leçon pour apprendre à s'y adonner, le monument à Louis Hébert, dont la reproduction par l'image devra être répandue dans tous les foyers de nos campagnes et aussi de nos villes, sera cette leçon frappante, belle, bien parlante ; il sera cet encouragement en faisant voir d'une façon plus vive, aux yeux du cultivateur, la grandeur et le mérite de son travail, la noblesse et l'efficacité de sa mission."

La glorification du père de notre agriculture, de Louis Hébert, dont la vie fut si féconde en sacrifices et en nobles dévouements, exercera une influence bienfaisante sur nos populations rurales.

C'est ce que la Société Saint-Jean-Baptiste de Québec a compris, et c'est pourquoi elle a pris l'initiative de •ce projet patriotique. Par la voix de son Président M. P.- H. Bédard, elle a, dès le mois de janvier dernier, adressé un appel au peuple canadien. Depuis, des membres éminents de notre clergé, des citoyens distingués de Québec, de Montréal, et d'ailleurs, se sont constitués en comité pour mener à bonne fin cette entreprise qui rencontrera, sans aucun doute, l'appui nécessaire de tous les vrais patriotes. ^

Mais, pour arriver plus sûrement au succès le comité du monument Hébert sollicite le concours sympathique et effectif du clergé paroissial.

*' Il est imnossible que le prêtre canadien-français reste indifférent à l'appel de la Société Saint-Jean-Baptiste de

De ^''rActio7i Sociale."

Québec, qui vient de lancer le projet d'une souscription publique pour l'érection en notre ville d'un monument à Louis Hébert, le premier habitant du pays écrit la Semaine Religieuse de Québec.

*' Le prêtre et l'habitant sont deux agents inséparables de notre civilisation ; ensemble, ils ont vécu sans faiblir, les heures douloureuses de la conquête ; ensemble, ils ont refait la Nouvelle-France. Nous leur devons le meilleur de notre force : au prêtre, la foi qui éclaire, qui soutient et qui sauve ; à l'habitant, la résistance patiente, obstinée, inusable, contre laquelle viennent invariablement buter toutes tentatives d'assimilation.

*' Nous «sommes une race d'habitants qui croient en Dieu. Et c'est là le secret de notre invincible force : en gardant la foi, nous sommes sûrs de posséder la vérité, gage infaillible d'équilibre intellectuel et moral et source première de toute civilisation durable ; en nous attachant à la terre, nous assurons l'avenir économique de notre race, puisque sans l'agriculture il n'y a pas de pain, et puisque sans pain, il ne peut y avoir de vie économique qui tienne.

" La Société Saint-Jean-Baptiste de Québec a donc été remarquablement bien inspirée en nous proposant l'érection d'un monument au premier habitant canadien, et la race tout entière se doit de contribuer à cette œuvre.

" Et c'est sur la paroisse, cette fois encore, que le travail d'organisation et de souscription doit porter en définitive, si nous voulons que cette œuvre du monument Hébert soit vraiment nationale, et c'est le curé de^ la paroisse qui doit être l'âme dirigeante de l'organisation locale, si nous voulons que l'œuvre vive et se développe. Rien ne résiste au curé et à l'habitant travaillant en parfait accord à la réussite d'un projet."

Pour que les cultivateurs s'intéressent à cette œuvre patriotique, il serait bon de les entretenir de la vie si attachantede Louis Hébert, dansles assemblées publiques, les concours agricoles et même, s'ils le jugent à propos, du haut de la chaire chrétienne. Les actes de dévouement, et les sacrifices qu'elle renferme n'ont-ils pas été inspirés par les plus nobles sentiments, et ne sont-ils pas propres à poussera la vertu? On ne peut, certes, rencontrer dans

notre histoire nationale un héros qui soit plus digne d'un tel honneur.

Messieurs le5 curés choisiront l'organisation qui leur conviendra le mieux pour assurer le succès de leurs démarches. Nous nous permettons cependa it de leur suggérer un plan, peu diffieile d'exécution et qui, pourtant, produira d'excellents résultats. Après avoir fait connaître ce projet à leurs ouailles, ils choisiront deux ou trois zélateurs dans chacun des rangs de leurs paroisses et les enverront solliciter à domicile l'offrande de leurs coparoissiens. Dans les localités plus populeuses, des séances récréatives, musicales et littéraires pourraient

ajouter encore à la recette paroissiale (1).

Messieurs les curés, nous l'espérons, deviendront les interprètes du comité auprès de leurs paroissiens qui, du reste, se feront un devoir de contribuer à la glorification du premier agriculteur canadien.

On SL élevé jadis et on élèvera encore des monuments à des personnages illustres de notre clergé, à des soldats héroïques, à des hommes de profession, nos cultivateurs ont été appelés à souscrire à ces œuvres patriotiques ; pourraient-ils demeurer indifférents quand on leur propose d'honorer un des leurs ?

Ils comprendront, nous en avons l'espoir, l'insigne honneur fait à la classe agricole, ec ils aideront à assurer un projet qui doit leur être si cher. Il y va de leur' honneur !

Le monument sera érigé sur la place de l'Hôtel-deville de^Québec, au centre du jardin, situé entre l'édifice municipal et la rue Sainte-Anne, sur une partie de la terre que Louis Hébert à défrichée de ses mains, et où il a récolté les premiers épis de blé canadien. L'endroit est splendide ; le monument devra l'être aussi. Il le sera si nos cultivateurs répondent à notre appel.

Si l'on songe que dans notre seule province il y a plus de neuf cent cinquante paroisses, sans compter les

(i) La paroisse d'Iberville a souscrit dernièrement environ CENT piastres malg-ré la reconstruction de l'ég-lisé. La paroisse de St-Damase et de St-Ours, au diocèse de Saint-Hyacinthe ainsi que St-Simon, de Bagot, s'org-anisent.

Que d'autres pourront suivre ce boiT exemple.

missions et les dessertes, on peut juger du montant qui sera réalisé avec le concours de toutes les bonnes volontés.

C'est avec confiance que les membres du comité du monument Hébert sollicitent l'aide si efficace et si nécessaire du clergé paroissial, dont le dévoûment et le patriotisme ont produit par le passé tant d'oeuvres admirables.

En avant pour la plus grande gloire de la patrie par la croix et la charrue! •

AZARIE COUILLARD DeSPRÉS, PtrC,

Président du Comité.

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