‹ Manipulations de physique; cours de travaux pratiques, professé a l'École supérieure de pharmacie de ParisChapitre 154 sur 299 · CHAMBRE CLAIRE · texte numérisé non relu

CHAMBRE CLAIRE

éprouvent un affaiblissement sensible au moment où ils renccmtrent la surface commune des deux prismes accolés ; mais il reste, en général, assez de lumièi*e pour que l'œil perçoive en même temps les deux sensations.

II arrive cependant, surtout quand on n'est pas encore habitué à ces sortes d'observation, qu'on ne voit distinctement qu'une seule des deux images. Cela tient, le plus souvent, à ce que l'une des deux lumières est trop forte par rapport à l'autre.

Quand les rayons partis du papier arrivent à Tœil avec un éclat beaucoup plus grand que ceux qui sont partis de l'objet, le papier et le crayon sont seuls visibles. Si, au contraire, ce sont les rayons envoyés par l'objet qui sont de beaucoup les plus brillants, l'image de cet objet est seule visible, et on n'aperçoit plus ni le crayon, ni le papier. Le grand point est donc d'équilibrer les deux lumières, en diminuant graduellement l'intensité de celle dont l'éclat prédomine.

Mais la disparition d'une des deux images peut tenir encore à une autre cause, la mauvaise position de l'œil. L'œil, en effet, peut être trop à droite ou trop à gauche, trop en avant ou trop en arrière ; il peut être surtout trop élevé au-dessus du prisme. 11 faut donc tâtonner, essayer toutes les positions possibles ; et, quand on en a rencontré une bonne, il faut la maintenir d'une manière invariable, jusqu'à ce que le dessin soit achevé. Il est essentiel de ne pas oublier que la hauteur de l'œil, au-dessus du papier, fait varier le rapport entre les dimensions de l'objet et celles du dessin, et qu'en conséquence cette hauteur doit rester la même quand on veut dessiner une série d'objets à la chambre claire.

L'objet examiné ayant toujours une certaine épaisseur, l'image ne présente jamais qu une tranche superficielle de cet objet, celle qui se trouve exactement au foyer par rapport à la vision distincte. Il en résulte que certaines parties ne sont vues que d'une manière diffuse et avec des contoursirisés, tandis quelcs autres apparaissent avec une grande netteté et descontouis parfaitement définis. Pour apercevoir toutes les tranches avec la même netteté, il faut avoir incessamment la main sur la vis micrométrique : on éloigne ou on rapproche de l'objectif les différentes couches de l'objet qu'on exafnine, et on met ainsi successivement au point toutes les parties que Ton veut représenter.

LUMIÈRE POURISÉE. A19

Le choix du papier et celui du crayon sont très-importants. Au lieu de papier mécanique, il faut se servir de papier lisse, très-fort et d'un beau grain, tel que le papier dit de Bristol. Quant aux crayons, il est assez difficile d'en rencontrer de très-bons. Ceux-ci doivent pouvoir, au besoin, donner des lignes'pâles et nettes, ou des lignes noires et fermes, sans s'écraser par leur mollesse, ou rayer le papier par leur dureté. Les meilleurs sont les crayons de Waison^ puis les crayons Contéy Hardmuth et FabeVy et les crayons de graphite de Sibérie. Ceux qui servent le plus souvent sont les numéros 3 et 4 : le numéro 1, qui est le plus tendre, ne sert que très-rarement.

La chambre claire de M. Nachet est celle qui offre le plus de commodité dans l'emploi. C'est celle aussi qui montre le mieux la pointe du crayon en même temps que le contour des objets. On rend cet avantage plus sensible encore, en ayant soin que le papier sur lequel on trace l'esquisse soit peu éclairé ; on peut projeter sur lui l'ombre d'un objet, ou encore se servir de papier de Bristol teinté en gris.

Comme les contours que Ton trace sont toujours, quoi qu'on fasse, plus ou moins tremblés, on les affaiblit d'abord au moyen du caoutchouc à effacer; puis on les repasse au crayon, de manière à les rendre plus nets et plus réguliers.

Emploi de la lumière polarisée. — La lumière polarisée, substituée à la lumière naturelle, donne lieu à des phénomènes de coloration très-remarquables, lorsqu'elle traverse' certains cristaux, certaines lames minces, ou même certains tissus organiques ou organisés placés au foyer de l'objectif du microscope. On parvient ainsi, dans beaucoup de cas, à reconnaître des substances que l'observation, faite dans les conditions ordinaires, ne distinguerait pas suffisamment.

Pour appliquer au microscope l'emploi de la lumière polarisée, il suffit d'adapter à l'instrument un polariseur et un analyseur. La figure 201 représente une des dispositions le plus ordinairement adoptées :

i*" En P se trouve un polariseur constitué par un prisme de nîckol ou par un spath biréfringent. Il est placé immédiatement au-dessus de la platine, entre le miroir concave et le porte-objet ;

àSO LUMIÈRE POLARISÉE.

de sorte que la lumière ne peut arriver au diaphragme et pénétrer dans le tube du microscope qu'après avoir traversé ce prisme et s'y être polarisée. Le petit objet, situé en C, ne reçoit lui-même d'autre lumière que celle qui lui est transmise par le prisme P, de façon que la lumière qui l'éclairé est également et exclusivement de la lumière polarisée.

2" En A se trouve un analyseur constitué, comme le polariseur, par un prisme de nickol ou par un prisme de spath biréfringent. Il est fixé dans l'intérieur même du microscope, immédiatement

FiG. SOI.— Disposition parliculière pour remploi de la lumière polarisée dans les observations niicroscooiaues.

dans les observations microscopiques

au-dessus des lentilles objectives, de sorte que, lorsqu'on fait tourner le tube du microscope autour de son axe vertical, on donne à la section principale du prisme A toutes les positions possibles par rapport à la section principale du prisme P.

Supposons, d'abord, que rien ne soit interposé entre le polariseur P et l'analyseur A : l'œil, appliqué sur loculaire, aperçoit ordinairement deux images de l'ouverture circulaire G. L'éclat relatif de ces deux images varie à mesure qu'on fait tourner le tube du microscope autour de son axe ; et les deux images se réduisent

LUMIÈRE POLARISÉE. 481

même à une seule, toutes les fois que, par la rotation de l'analyseur, les deux sections principales deviennent parallèles ou perpendiculaires entre elles.

Yeut-on maintenant reconnaître si une substance est douée ou dépourvue d'action sur la lumière polarisée : on commence par cacher, à l'aide d'un diaphragme, une des deux images circulaires formées par le prisme A; on fait ensuite tourner le tube du microscope jusqu'à éteindre l'autre image et rendre ainsi complètement obscur le champ de l'observation. Plaçant alors sur le porte-objet la substance à étudier, et observant dé nouveau, on peut constater l'un des deux résultats suivants :

1® Ou bien le champ du microscope reste complètement obscur, et la conséquence qu'on en peut tirer est que la substance n'a exercé aucune action sur la lumière, soit pour la dépolariser, soit pour modifier le plan de sa polarisation ;

^ Ou bien le champ du microscope s'est illuminé dans toute la partie occupée par la substance; et la conclusion qui en découle est que la substance agit;^éellement sur la lumière polarisée, soit pour la ramener à l'état naturel, si les teintes sont blanches, soit pour modifier le plan de sa polarisation, si les teintes sont colorées.

Quand on étudie à ce point de vue les divers corpuscules que nous olfre la nature organique ou organisée, on en trouve un certain nombre qui, dépourvus par eux-mêmes d'action rotatoire moléculaire, agissent cependant sur la lumière polarisée, en raison de leur structure intime, que cette structure soit, d'ailleurs, lanielleuse, fibrillaire ou striée. Le plus bel exemple que Ton puisse citer d'une polarisation lamellaire est celui qui a été signalé par Biot, et qui se rapporte aux grains de fécule. En étudiant avec beaucoup d'attention le phénomène, qui est surtout marqué dans les fécules des légumineuses, Biot a reconnu qu'il était dû tout entier à l'arrangement des tissus organiques, au mode de juxtaposition des. parties composantes, à la forme des surfaces ; mais que la constitution chimique ou moléculaire n'entrait pour rien dans l'action manifeste exercée par les grains de fécule.

Nous avons dit que les différents corps, observés au microscope

'à l'aide de la lumière polarisée, se partageaient en corps actifs

ou inactifsy suivant qu'ils illuminaient le champ ou qu'ils le

BUIGNET. 31

m fiXAMEIl DU SAI!Q&.

mainienaîent obscur. Les grains de fécule ont encore ce sug«kier caraciëre de porésentef shoultanémest les deux phémoraënes. Lorsqu'on les observe dans les conditions qui Tiennent d'être ÛMliqnées, on voit que chacun d'eux est sillonné par deux méiidiens obscnrs se coupant à angle droit, de manière ^ former une croix noire ; tandis que les segments compris entre ces méridiens sliUuminent d'un yif édat, en prenant les teintes les plus beUes et les plus variées. Il est évident, d'après cela, que les méridiens obscurs correspondent à des parties qui sont sans action sur la hnnière polarisée; tandis que les segments intermédiaires représentent des parties qui agissent avec une énergie différente^ mais certaine, pour modifier le plan de polarisation du rayon lumineux.

Applications du microscope. — Le microscope est un des instruments les plus précieux que le pharmacien puisse employer dans l'exercice de sa profession. C'est à son aide qu'il reconnaît la structure anatomique des différents tissus végétaux et animaux ; qu*il constate la nature des taches de sang; qu'il distingue les dif- Krentes espèces de fécules, et les falsifications malheureusement trop fréquentes dont elles sont l'objet. C'est encore par Fexamen microscopique qu'il découvre des myriades d'animaux dans le vinaigre, dans la pâte de farine, dans les fruits secs...

Pour donner une idée de l'importance qui s'attache à remploi du microscope, nous allons décrire avec quelques détails l'observation microscopique des taches de sang et des grains de fécule.

l. Examen microscopique du sang.

L'étude microscopique du sang est nécessaire dans un grand nombre de circonstances où les indications fournies par la chimie seraient complètement insuffisantes pour en révéler la nature.

Le globule sanguin est l'élément caractéristique du sang. On l'y rencontre toujours, mais avec une forme et des dim^EisioBS qui varient selon les espèces animales d'où il provient. Le microscope, en donnant le moyen de voir les globules et d'en préciser les caractères, fournit donc un renseignement des plus précieux, non seulement sur la nature, mais aussi sur l'origine du liquide soumis à Tobservation.

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