MANIÈRE DE PRÉPARER LES PLAQUES
la vis, et achever la mise au point avec le pignon de Tobjeclif. On peut s'assurer de la netteté de Timage au moyen de la loupe ;
3' Étendre le collodion uniformément (1) sur toute la surface de la plaque préalablement nettoyée, de manière à obtenir une couche qui soit partout d'épaisseur parfaitement égale. Incliner ensuite cette plaque vers l'un de ses angles, afin de laisser s'écouler l'excès de liquide (2) ;
4** Aussitôt que la plaque a pris un aspect voilé, la plonger dans une solution de nitrate d'argent (3), en évitant avec soin les radiations chimiques de la lumière solaire. Cette opération doit, par conséquent, se faire dans l'obscurité ou dans une pièce éclairée d'une lumière jaune. On maintient la plaque dans le bain pendant une minute, c'est-à-dire pendant le temps nécessaire pour que la couche de collodion perde son aspect gras et se laisse mouiller par la solution d'argent ;
(1) Le collodion que l'on emploie pour les usages photographiques a une composition excessivement variable. Celui qu*on' destine à des épreuves positives directes doit ôtre choisi de telle sorte qu*il donne des noirs métallisés, des ombres parfaitement exemptes de voiles, et une grande légèreté dans les clairs de l'épreuve. Voici, d'après M. Bourbouze, la formulé d'un collodion qui réalise ces conditions :
Êther rectifié non acide 65 gram.
Alcool à 95» 35 —
lodure de zinc 1 —
Bromure de zinc 0«',20
Fulmicoton 1 gram.
Faites dissoudre Tiodure et le bromure dans Talcool p ajoutez le fulmicoton légèrement cardé dans les doigts et en dernier lieu Téther par petites portions. Quand le mélange se sera éclairci par un repos de cinq à six jours, décantez.
L'observation apprend que le collodion ainsi préparé ne doit pas être trop nouveau quand on le destine aux positifs sur verre. Si on veut l'employer de suite, il faut le mêler avec du collodion ancien ou radditionner d'un peu de teinture d'iode.
(2) Cet excès de liquide ne doit pas ôtre reçu dans le flacon même d'où on la versé. Bien que la glace ait été nettoyée avec soin, elle peut encore retenir quelques impuretés qui se mêleraient au collodion et nuiraient à la netteté des épreuves ultérieures. On reçoit cet excès de liquide dans un verre à pied bien propre, d'où il est ensuite versé dans un flacon spécial dit appareil de dépuration, lequel consiste en un vase allongé tout à fait semblable à la pissette do Berzelius.
(3) Le bain d'argent qui convient le mieux pour cet usage est ainsi formé :
Nitrate d'argent cristallisé, non acide 8 gram.
Eau distillée 100 —
Le nitrate d'argent le mieux cristallisé est toujours acide, et il est même d'autant plus acide que les cristaux sont plus beaux et mieux formés. Il importe de le purifier par plusieurs cristallisations successives dans reau pure. L'observation a montré, en effet, que racidité du nitrate d'argent ralentit l'action de la lumière sur le collodion sensibilisé.
Dès que ce résultat est obtenu, on tire la plaque du bain, on la fait égouttor, et on la place dans le châssis à glace que Ton ferme complètement ;
5° L'objet à reproduire étant toujours au-devant de l'appareil, et l'image de cet objet ayant son maximum de netteté sur l'écran provisoire, enlever cet écran et le remplacer par le châssis qui renferme la plaque sensible. Démasquer cette plaque en soulevant la planchette pliante du châssis; tout étant bien en repos, ouvrir l'obturateur de l'objectif et maintenir l'action de la lumière pendant 45 secondes environ (1). Au bout de ce temps abaisser la planchette pliante et enlever le châssis ;
6" Retourner dans la chambre obscure. Ouvrir le châssis; en extraire la plaque qui a été insolée et sur laquelle on n'aperçoit encore aucune image. Verser sur cette plaque, à l'aide d'un verre à pied, une solution de sulfate de fer composée de la manière suivante :
Protosulfate de fer cristallisé à grammes.
Eau distillée iOO —
Acide acétique cristallisable i —
Alcool à 95* i —
On a soin que cette solution s'étende partout uniformément sur la plaque, et on fait écouler avec précaution le liquide excédant. L'image apparaît et s'accuse de plus en plus. On continue les lavages au sulfate de fer jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment développée. Elle est alors très-apparente, mais elle est négative ;
7** Laver la plaque sous un filet d'eau, de manière à lui enlever jusqu'aux dernières traces de sulfate de fer; puis verser à sa surface une solution récente de cyanure de potassium à 4 p. 100. L'image se dépouille alors et devient positive. On continue jusqu'à ce que tout l'iodure d'argent soit enlevé, ce dont on juge par la disparition de la teinte jaune, en examinant la glace par derrière (2);
(1) La durée de Texposition doit varier nécessairement selon que la lumière est 5)lus ou moins vive. Quinze secondes expriment la durée moyenne correspondant à une intensité moyenne de la lumière ordinaire.
(t) Le cyanure de potassium dont il est ici question n*est pas le prussiate K'FeCy', mais le sel haloïde KCy qui possède, comme on sait, des propriétés toxiques extrêmejnent marquées. Les dangers auxquels on se trouve sans cesse exposé par l'emploi <d*un sel aussi vénéneux ont porté un grand nombre de photographes à remplacer ïe
8"* Laver une dernière fois l'épreuve en la plongeant d'abord dans une cuvette remplie d'eau distillée ; puis en la soumettant à un filet continu de ce liquide.
(Juand elle est parfaitement sèche, vernir sa face antérieure avec du vernis préparé à cet usage, bien transparent, et recouvrir la face opposée d'un papier noir convenablement collé.
En se conformant scrupuleusement à la série d'opérations qui vient d'être décrite, on arrive à obtenir un positif sur verre dont la finesse est merveilleuse et dont l'aspect est fort agréable.
Théorie physico-chimique des positifs sur verre. — 4* Lorsqu'on verse du collodion parfaitement transparent sur une plaque de verre, celle-ci ne tarde pas, ainsi que nous l'avons dit, à prendre un aspect voilé. D'où vietit cette opalescence ?
L'éther qui entre pour une large part dans la composition du collodion s'évapore rapidement et produit beaucoup de froid. La vapeur d'eau que l'air renferme toujours en quantité plus ou moins grande, se condensant peu à peu sur la couche liquide ainsi refroidie, modifie de plus en plus ses propriétés dissolvantes, et il arrive un moment où le fulmicoton, ne pouvant plus se maintenir complètement dissous, se sépare en partie et donne au liquide l'aspect particulier qu'il présente.
2" Au moment où la plaque recouverte de collodion ioduré est plongée dans le bain d'argent, elle prend une apparence grasse toute particulière ; il semble qu'elle refuse de se laisser mouiller.
cyanure de potassium par Thyposulfite de soude qui dissout comme lui Tiodure d'argent, et dont le maniement ne peut entraîner aucune conséquence fâcheuse pour Topérateur. Mais Thyposulfite de soude a le triple désavantage, au point de vue pratique, d*agir moins vite que le cyanure de potassium, de donner des blancs moins purs et de s'enlever plus difQcilcment par l'eau. Ce dernier inconvénient est surtout très-grave ; car, pour peu que l'épreuve retienne la moindre trace d'hyposulflte, elle se couvre au bout de quelque temps de taches étoilées qui ne tardent pas à la détruire, même alors qu'elle est parraitement vernie.
Voici, d'ailleurs, la composition de la solution d'hyposulflte que l'on destine au fîxage des positifs sur verre:
Hyposulfite de soude cristallisé 100
Eau distillée 1000
Cette solution peut être préparée d'avance ; le temps ne change rien à ses propriélés. La solution de cyanure de potassium est au contraire très-altérable : le sel qu'elle renferme se change graduellement en carbonate et perd peu à peu la faculté de dissoudre riodure d'argent. Aussi est-il nécessaire de ne dissoudre le cyanure dans l'eau qu'à mesure du besoin, et de sacrifler les solutions anciennes.
Mais bientôt l'adhérence s'établit ; au bout d'une minute elle est complète, et la solution d'argent s'étend alors uniformément sur toute la surface du coUodion. Quelle est la cause qui détermine ces changements successifs dans la capillarité réciproque des deux liquides ?
La cause est l'action chimique qui s'élablit entre les éléments dissous. L'iode que renferme le coUodion élhéré et l'argent qui existe dans la solution aqueuse se combinent peu à peu pour former de l'iodure d'argent, et TalTmité chimique qui détermine la réunion de ces deux éléments détermine en même temps l'adhérence de plus en plus marquée des deux liquides qui les tenaient séparément dissous. On remarque d'ailleurs qu'à mesure que le contact se prolonge, la couche de coUodion devient de plus en plus blanche par la formation progressive de l'iodure d'argent qui s'interpose dans sa masse et la rend uniformément laiteuse dans toute son étendue.
3" Que se passe-t~il maintenant pendant l'exposition à la lumière et pendant le traitement au sulfate de fer? Pourquoi la plaque devenue sensible par l'interposition de l'iodure d'argent ne présente-t-elle aucune trace visible de décomposition après que la lumière a agi sur eUe, et pourquoi l'image que cette décomposition aurait dû produire se manifeste-t-elle tout à coup au contact lu sulfate de fer? Pourquoi enfin, si cet agent chimique a réeUement la propriété de réduire l'iodure d'argent, borne-t-U son effet réducteur aux points de la plaque qui ont été frappés par la lumière, et qui correspondent à une sorte d'image invisible que ceUe-ci aurait tracée pendant son action ?
Lorsque l'iodure d'argent a subi, pendant 15 secondes, l'action de la lumière, aucune image n'apparaît sur la plaque, et i\ semble en efTet que le coUodion soit demeuré complètement insensible aux rayons lumineux qui l'ont frappé.
Cependant il y a eu action réelle. Cette action a été trop courte, il est vrai, pour entraîner la réduction immédiate de l'iodure d'argent, mais elle a été suffisante pour impressionner (4) ses molé-
(1) Cette impression qu'éprouve la plaque sensible lorsqu'elle est exposée pendant un temps très-court à l'action de la lumière diffuse est une action purement physique, et qui ne doit pas être confondue avec l'action chimique que cette même lumière lut fait éprouver quand elle agit pendant un temps suffisamment long.
Pour se convaincre de la différence qui existe à ce point de vue, il suffît de prendre
cules, c'est-à-dire pour rendre leur séparation possible sous l'action de causes qui eussent été impuissantes à les séparer sans cette excitation préalable.
Parmi les agents qui peuvent ainsi décomposer l'iodure d'argent lorsqu'il a reçu l'impression de la lumière, on distingue certaines matières organiques telles que l'acide pyrogallique, ou certains sels réducteurs tels que le protosulfate de fer (1). On leur donne en général le nom de révélateurs ou de développateurs ^ parce qu'on considère qu'ils développent à l'égard de l'iodure d'argent l'action réductrice que la lumière a commencée et qu'ils seraient par euxmêmes incapables de produire. Ce qui montre l'exactitude de cette dernière assertion, c'est que le protosulfate de fer n'a de prise que sur l'iodure d'argent qui a été insolé, et que l'action qu'il exerce sur celui-ci est proportionnelle à la quantité de lumière qu'il a préalablement reçue.
4* Dans quel but ajoute-t-on au sulfate de fer, qui paraît seul nécessaire, de l'alcool et de l'acide acétique, et pourquoi l'image développée est-elle négative? L'addition de l'alcool et de l'acide acétique est un détail opératoire suggéré par l'observation. On a remarqué que l'alcool donne à la solution du sulfate de fer la propriété de couler facilement sur la plaque sans se séparer à la surface et sans produire de taches graisseuses. Quant à l'acide acé-
ilcux plaques semblables revêtues d'une même couche sensible, et de les exposer, dans une chambre obscure, à Taclion d'un même spectre solaire, pendant des temps trèsdifTérents.
Celle pour laquelle Taction a été suffisamment prolongée se trouve noircie dans toute rétendue du spectre visible ; mais elle l'est très-peu en deçà comme au delà de ces limites. Celle qui n'a reçu l'action du spectre solaire que pendant un instant trèscourt n'est noircie en aucun point; mais elle a été impressionnée dans certaines réjçions du spectre , et peut fournir une image dans ces régions sous l'action d'un révélateur.
Or on remarque que l'image ainsi développée sur la seconde plaque ne correspond pas à l'image directement produite sur la première. Elle ne dénote aucune trace d'action dans le rouge, l'orange et le jaune ; tandis qu'elle en accuse une très-vive non-seulement dans le bleu, l'indigo et le violet, mais dans la partie du spectre qui s'étend à une grande distance au delà de ces limites.
(1) L'action du protosulfale de fer sur l'iodure d'argent peut se représenter chimiquement par la formule suivante :
3 (FcO.S(H) + Agl« Fe* 0*,3S0» + Ag + Fc I.
En sorte que le sel de fer passe au maximum en perdant le tiers de son t&r qui se combine à l'iode pour former de riodure de fer, et l'argent se trouve ramené à l'état métalliqu3.
tique, son effet est de préserver les noirs et de rendre les blancs plus brillants.
Pour comprendre que l'image développée par le sulfate de fer •doit être négative, il suffit de réfléchir aux faits suivants :
Ce qui constitue limage visible, c'est la transformation de Ticdure d'argent qui est blanc en argent métallique qui est noir quand il se manifeste sous la forme d'argent réduit. Les points de l'image qui se présentent comme les plus obscurs sont ceux qui ont reçu le plus de lumière ou, ce qui est la même chose, ceux qui correspondent aux points de l'objet qui étaient le plus vivement éclairés. Il est naturel d'après cela que tout soit inverse dans l'image produite, et dès lors les parties blanches étant rendues en noir, tandis que les parties noires sont rendues en blanc, l'épreuve obtenue doit être nécessairement une épreuve renversée, c'est-àdire négative.
5° Quel est le véritable rôle du cyanure de potassium, et par quel mécanisme change-t-il l'image négative en image positive?
Au moment où le sulfate de fer vient de produire son actioa ré- Télatrice, l'image n'est encore ni très-nette, ni très-apparente, parce qu'elle est empâtée dans la masse d'iodure d'argent que la lumière n'avait pas impressionnée et qui, par conséquent, n'a éprouvé aucun changement de la part du réducteur. Il importe d'enlever cet iodure en excès, si l'on veut donner tout à la fois de la fixité à l'épreuve et de la netteté à l'image. Le cyanure de potassium est un des meilleurs dissolvants que l'on puisse employer dans ce but; et quand nous disons qu'il dépouille l'image, nous entendons dire qu'il la débarrasse de l'iodure non décomposé qui l'empâte et la rend confuse.
Mais il reste à concevoir pourquoi cette image devient positive, et c'est ici qu'il convient de donner un mot d'explication sur l'état positif ou négatif des images.
En réalité, une même épreuve peut paraître négative ou positive suivant qu'elle est vue par transmission ou par réflexion. Si elle est placée entre l'œil et la lumière, les points recouverts d'argent réduit représentent la partie obscure : l'image est négative. Si au contraire elle est vue par réflexion, ces mêmes points représentent la partie brillante, puisque ce sont eux qui réfléchissent le plus de lumière : l'image est positive.
Or le cyanure de potassium, en dépouillant l'image, modifie le point de vue sous lequel elle se présente àPoeil, et fail qu'elle est vue par réflexion plutôt que par transmission-. Cet effet se trouve complété par le soin qu'on a de placer cette image sur un fond noir; en sorte que la lumière réfléchie étant la seule qui puisse parvenir à l'œil, l'épreuve se trouve dans les conditions qui la rendent exclusivement positive.