ARTICLE IV LE SOL
D —Le sol est-il très fertile à Manitoba ?
R:Sur ce point personne n’est tombé dans l'exagération:— Daus la province de Manitoba il est fertile au-delà de ‘çe qu'on peut dire. Cette térre est si riche que pendant de Tongnes anxées il serait tout-à-fait inutile d’y ajouter des engrais. J'ai
. vu en l’année 1866 la ferme de l’Archevêché qu'on semait'en
blé depuis 30 ans et qui produisait encore avec la même force, sans recevoir d'engrais. Depuis lors le même champ a été semé régulièrement (53 ans) et on ne s'aperçoit pas qu'il ait perdu de sa fertilité, Il peut se faire qu'à la longue, l'épaisse couche de terre végétale vienne à s'épuiser mais ce ne sera qu'après bien des années.
Cette fertilité prodirieuse se rencontre dans toute l'étendue de la province de Manitoba. Mais quand une fois on en a dépassé les limites, en gagnant l'ouest, alors la qualité-du sol varie. . Il y a encore des vallées presqu'aussi fertiles que celle de la Rivière- Rouge mais il y a aussi des terres sablonneuses moins propres à la culture du blé. C'est à l’é migrant à visiter ces endroits avant que d'aller s’y fixer. La zone fertile continue cependant dans la direction Nord-Ouest, en gagnant Prince-Albert.
D.—A Manitoba la terre est-elle facile à cultiver ?
R.— Extrêmement facile, puisque généralement il n'y a aucun défrichement à faire. Dès la première année qu'un colon
se fixe sur une terre, il put commencer à lahourer. Iln'y a,
point d'arbres à abattre, ni de souches à extraire, ni de fossés à faire. Son premier labour sur la prairie est d'abord pour casser le-gazon ; on appelle cela casser de la lerre. D. — Pent- on semer quelque chose sur ce premier labour ? R.— Parmi ceux qui ont voulu essayer à semer sur le pre-
mier labour les uns ont recueilli passablement, d'autres n'ont
rien recueilli; il vaut mieux attendre.
D.—En quel temps fait-on ce premier labour ?
.R.—On peut faire ce travail à n'importe quel temps de l'été . ou de l'automne. C'est'au fermier à choisir le temps qui lai
conviendra le mieux.
Une chose qui rend encore facile la culture dés iorres à à Manitoba, c'est l'absence complète de pierres dans lès € amps. À Manitoba, jamais la charrue ne va heurter contre le plus petit
-caillou.--C'est de plus un grand avantage pour conserver-en
bonne condition tous les instruments aratoires. Le fermier à Manitoba n’est pas sculement exempt | du dé-
* frichement, mais de plus du drainage, Iln’ T2 point de rigo:
lés dans un champ. À part quelques fossés utiles pour dessécher les endroits bas ; le 50] n’exige aucun travail pour l'écoulement des éaux.
Un cultivateur accoutumé à sillonner sa ferme en tout sens par de petits canaux est tout étonné en arrivant à Manitoba, de voir que la plupart des champs n'ont nullement besoin de ce drainage. Cette absence de rigoles dans un champ présente encore un avantage pour les moulins à couper le grain. L'égalité du terrain rend la’ marche de la faucheuse plus douce et l'expose moins à déranger les rouages.
C'est quelque fois un coup d'œil charmant, que de voir fonctionner plusieurs faucheuses ensemble, sur une grande ferme. . Quand ces machines entrent dans une pièce de blé d'un mille ou deux de long et qu’elles marchent les nnes à la suite des autres, on dirait que la moisson se’ fait comme par enchautement. Das l'espace de‘quelques heures ces chumps immenses où l'on voyait onduler les épis se trouvent couverts de petites gerbes bien liées et prêtes à mettre en meules. Ily a loin de là à la faucille d'autrefois.
D.— Quels sont les : grains qui conviennent Je mieux au sol :
de Manitoba? Le EE]
7 R.—C'est le blé qui réussit le mieux, le sol de Manitoba'est peut-être au monde celui qui produit la meilleure qualité ‘de blé, et il le produit en abondance: Le blé de Manitoba est le plus recherché sur les marchés d'Amérique et d'Europe. Aussi les commandes sont nombreuses. Tout le blé à Manitoba a été vendu l'an dernier au prix moyen d'une piastre le minot.
Maintenant, quoique le blé soit le grain qui convienne le mieux au sol de Manitoba, ce n'est pas à dire ponr cela que les . autres grains n'y réussissent pas au contraire, ils y croissent en abondance et sont d'une excellènte qualité.—I1 n'y a que le sarrasin que je n'ai jamais vu cultivé dans ce. “Pays.
D.—La terre y est-elle propre aux jardinages } ?.
R.—Les légumes, pendant les ‘années plévienses, y atteignent une grosseur prodigieuse, tellement qu'il faüt les voir pour le croire. Il y a quelques années, on a exposé à St. Boniface un chou de Siam du poids de‘trente-six livres. Les
Ge
patates, les bétteraves, les carottes, les choux, les oignons dé- | passent en grosseur tout ce qw on a jamäis vu ailleurs. Cepen- : dant le blé-d'inde (maïs) n'y réussit que passablement ; ‘général les épis sont pas longs et panvrement fournis de ‘grains... Ceci n'empêche pas qu'il s'y cultive.
D.— De quelle qualité est le foin ? peut-on y cultiver le mil ?
R—Le foin du pays qui pousse naturellement dans jes prairies est certainement d'une qualité inférieure au mil qu’on. récolte en Canada : cependant il nourrit bien les chevaux, et vaut beaucoup mieux que la paille pour les bêtes à cornes. Les troupeaux hivernés au foin du pays sont tous gras au printemps. Les chevaux qui out à faire de longues routes, ou des travaux fatiguants ont besvin d'une plus forte ration d'avoine pour suppléer à ce qui manque de nutritif à cette espèce de foin sauvage.
La très grande facilité qu'on a ‘eu jusqu'à à présent à trouver du foin dans les prairies, a empêché les cultivateurs de travailler à faire des prairies artilicielles. Il n'y a pas le moindre doute que la graine de mil semée dans les champs croitrait tout comme au Canada, mais il faudrait en renouveler souvent
‘Ta semence. Le peu de neiga qui tombe en hiver ne préserve
pas la racine du mil contre les gelées tardives, La terre au
” printemps se découvre trop tôt, et les racines du trèfle et du mil ‘en souffrent. C'est un inconténient auquel on ne remédiera
qu'en ayant soin de refaire les prairies quand le foin du pays déviendra rare. : |
Une plante foarragère qui réussirait à merveille à Manitoba (l'expérience est fuite), c'est la luzerne, espèce. de trèfle dont la racine résiste très bien aux gelées du printemps. Cette plante croît rapidement et on pourrait en faire deux récoltes par été. Les bêtes à cornes sont friandes de ce fourrage
4, T 1 al
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