INCONVENIENTS ET AVANTAGES
A tous, j'ai dit la vérité, sans rien exagérer, J'ai parlé des inconvénients comme des avantages qui se rencontrent à
Manitoba, et je suis persuadé que les colons dirigés par moi ? Manitoba ne m’accuseront pas de les avoir trompés.
Toute personne n’est pas en état d’aller s'établir au Nord- Ouest:
’ai dû nécessairement conseiller à quelques-uns d’ y renoncer ; mais à la plupart j’ai dit: Allez vous établir à Manitoba !
Je viens de lire, sur un journal canacien, une lettre d’un savant publiciste d'Europe qui me confirme dans l’idée, qu’en effet, c’est bien au Nord-Ouest, que les émigrants canadiens doivent se porter. Voici un extrait de cette lettre :
‘ Une partie de vos frères, dit-il, a pris le chemin des Etats- ** Unis ; elle a suivi sans doute l’inclination naturelle qui mène * les races du nord au midi, mais elle s’est complètement trompée ** de direction. C’est du midi au nord qu'il faut aller. Le nord jette un défi à votre bravoure, il faut l’accepter froidement, c’est le cas de le dire, et y aller de bon cœur. Le septentriun appelle vos brmiliénes d' enfants devenus hommes, Qu'ils s’élancent et percent d’outre en outre ces immensités. Ce travail, c’est votre préservatif contre le ramollissement :; c’est la garde de votre vertu, et de l'obstacle vaincu, vous ferez le ‘* trophée de votre victoire. Ne dites pas que l'atmosphère trop froide abat votre courage ; l'atmosphère, vous la contraindrez às’adoucir. Autrefois la Gaule était affligée d’une température qui a dû reculer jusqu'aux pays scandinaves. La flore et la faune des plus froides régions occupaient en maîtres nos ‘* campagnes. Par l’aménagement des eaux et des forû ts, les moines ont posé les bases de tous les progrès. Vous avez devant vous cet exemple. Vous êtes un peuple de crovants, "une forte race, Levez-vous donc, Canadiens, et partez... ”
L'année dernière, en écrivant la vie de Mer Provencher, premier missionnaire à la Rivière Rouge, en 1S1S, il m'est tombé sous la main plusieurs de ses lettres, dans lesquelles il rend compte aux évêques de Québec des observations qu'il faisait sur le pays.
J'y remarque que plusieurs des inconvénients qui nuisaient dès le commencement à la colonisation, ont disparu peu à peu.
Le travail qui se fera dans le Nord-Ouest amènera très certainement des changements climatériques comme la chose est arrivée dans diverses contrées de l’ancien monde,
Les pages que j'adresse aujourd’hui aux émigrants sont le résumé des observations que j'ai été à même de faire pendant mon long séjour à Manitoba. L’unique but que je me propose, est d'être utile à mes compatriotes qui peuvent se créer un si bel avenir dans ce bon pays. Aucun intérêt personnel ne me pousse à leur donner ce conseil, Je n'ai aucun capital engagé dans Manitoba. Je n’habite plus ce pays, mais je l’aime toujours et je suis sous l’impression que tous ceux qui s’y rendront avec du courage et Sans préjugés n'auront jamais à regretter leur démarche.
Pour ma part, j’engage fortement tous ceux qui se trouveront dans les conditions que je signalerai plus loin, à partir sans crainte pour le Nord-Ouest, Sur leur chemin, ils rencontreront des mécontents qui déblatèreront contre Manitoba; quel est le pays au monde où il n’y à pas de mécontents : on trouve de ces gens là partout ; il faut en prendre son parti ; mais ils trouveront aussi, et en grand nombre, des hommes d’esprit et de jugement, des hommes intelligents et laborieux qui leur diront ce que je dis dans cette brochure. A coup sûr, ils verront à Manitoba des gens qui, par leur travail et leur économie, se sont créés un sort enviable, Qu'ils prennent l’exemple de ceux-ci.