ACTE DEUXIÈME 3Q
Qui nous réunit si souvent I
Adieu, notre petite table,
Si grande pour nous cependant
On tient, c'est inimaginable, Si peu de place en se serrant !
Un même verre était le nôtre, Chacun de nous, quand il buvait, Y cherchait les lèvres de l'autre...
Ah 1 Pauvre ami, comme il m'aimait !...
des grieux, avec élan.
Enfin, Manon, nous voilà seuls ensemble Il s'approche d'elle.
Quoi ?... des larmes ?
Non pas :
DES GRIEUX, pressant.
Si fait votre main tremble...
MANON, s'efforçant de sourire.
Yoici notre repas.
DES GRIEUX
C'est vrai, ma tête est folle )
Mais le bonheur est passager,
Et le ciel l'a fait si léger
Qu'on a toujours peur qu'il s'envole I
A table
A table I
DES GRIEUX
Instant charmant Oh la crainte fait trêve, Où nous sommes deux seulement I Tiens, Manon, en marchant, je viens de faire un rêve,
MANON, avec amertume, à part.
Hélas ! qui ne fait pas de rêve ?
DES GRIEUX
En fermant les yeux, je vois Là-bas une humble retraite, Une douce maisonnette Toute blanche au fond des bois!
Sous ses tranquilles ombrages Les clairs et joyeux ruisseaux, Où se mirent les feuillages, Chantent avec les oiseaux !
C'est le paradis !... Oh non !
Tout est là triste et morose, Carilymanque ui le chose :
Il y faut encor Manon 1
MANON, doucement* C'est un rêve, une folie !
ACJ \ù DEUXIÈME
i\on ! Si tu Je veux, ô Manon.
Là sera notre vie !
manon, suffoquant.
Ahi
On entend frapper doucement à la porte. A part.
Oh ciel 1 déjà !
DES GRIEUX
Quelqu'un !
Il ne faut pas de trouble fête...
Se levant.
Je vais renvoyer l'importun Qui veut rompre le tête-à-tête, Souriant.
Et je reviens.
MANON, troublée.
Adieu !
DES GRIEUX, étonné.
Comment !...
MANON, avec embarras et émotion contenue.
Je ne veux pas!.#.
Tu n'ouvriras pas cette porte 1 Non... je veux rester dans tes bras I...
DES GRIEUX, se dégageant doucement.
Enfant!... laisse-moi... que t'importe !
Allons!,.
Quelque inconnu I... c'est singulier!
Je le congédierai d une façon polie,
Je reviens, nous rirons tous deux de ta folie! Il l'embrasse et sort. On entend un bruit de lutte. MANON, se lève et court vers la fenêtre. — Roulement de voiture
Mon pauvre chevalier! mon pauvre chevalier!