‹ Manon Lescaut drame en cinq actes, mêlé de chantChapitre 54 sur 54 · DES GRIEUX, MANON · texte numérisé non relu

DES GRIEUX, MANON

(A fanon est assise à droite, dans l'attitude de l'abattement et de la

fatigue Des Grieux, au fond, les ytux tournés vers la plaine,

promène ses regards au loin, cherchant à rec<uimiirc sa route.

Il s'csl dépouillé de son habit gui est à terre, ainsi que son

chapeau et son épée.)

MANON

Est-co encore bien loin où nous allons?

des cnixi'x.

Du courage, Manon; cncoro quoique» heuros do marche»*

MANON

Ah ! oui, les heures du désert !

des cnixrx.

Nous atteindrons bientôt quelque habitation.

Manon, vivement.

Taon vois?

des grieux, revenant vers Manon.

Pas encore, mais...

MANON

Attends... jo vois me reposer an peu, pas longtemps... teuttu? après, je marcher» hien rite.

DES GUI EUX

Mais, ma pauvre Manon, on nous pourrait, on est sur no* traces; on fait maintenant mon duel avoc Synnclct, on connaît sa mort.

manon, secouant la tête.

Oui, c’est pour moi que tu t’es battu, toujours pour moides grieux. assis près de Manon.

Sans doute! nous étions heureux h, à la Nouvelle-Orléans nous ne demandions plus rien que Ut paix et l’oubli... I-.ii bien ! non! il faut que cct homme arriva, plus fort et pin» menaçant que jamais. Gouverneur I luil il ordonnait, il voulait l'arracher do mes bras ! jo l’ai tué.

manon, avec un mouicntcnf S effroi.

Cest vrai, il faut fuir.

DES CRIBl'X.

Vois-tu, si nous pouvons atteindre ces montagnes, là-bas, nous trouverons les établissements des Anglais et nous serons sauves.

Tu as raison, hâtons-nous, partons.

des grieux, à Manon qui chancelle.

Appuie-toi sur mon bras. Tu souffres? C’est qu'aussi voilà tout un jour que tu marches...

manon, souriant.

Oui ; et c’est long, (fis font quelques pas en se dirigeant vers le fond à gauche. Regardant au loin.) La plaino, toujours la plaine! (Avec découragement.) Ahl le bon Dieu a fait la terre trop grande 1

Tu chancelles?

MAKON.

Non, non... (^rrc un en’ de douleur.) Ah! c’est fini peux plus, jo ne peux plus. (Elle retombe assise.)

DES GRIEUX

Mon Dieu ! prenez pitié de nous.

jo ne

Uisse, ce n’est rien; do l’air seulement. Quo je suis folle il jjj * <,u ® ,cl * do l’air qui brûle. La nuit vient, n'est-co

manon, virement.

Oht non, non.

DIS GRIEUX

Pourquoi? %

MANON

Pour rien (A port.) J’aurais pour do ne pas roe réveiller... (Haut et montrant le citl d un geste effrayé.) Des Grieux, regarde doue.

DES GRIEUX

Une étoile qui Ole?

MANON

Oui!... Est-ce que c'est vrai, dis, que c’est une Ame qui s’en ▼a?...

DIS GRIEUX

Pourquoi ces tristes idées ?

MANON, à part.

J’ai cru que c’était la mienne. (Haut.) Nous reverrons la Franco, n'e«t-ce pas? et cette petite maison de C.haillo» nî| nous avons été si heureux... Co doit être la saison des lilas !.. nous ne les verrons pas cette année, moi qui les aimo tant, les lilas!

DIS GRIEUX

Je t’en prie, tâche de reposer.

Cost drôle... il me semblo que je la vois, notre petite maison, avec ses grands tilleuls... Je t’assure, j« la vois. (Changeant brusquement de ton et avec un cri d'effroi.) Aht qu’est-co que fai donc?.. (Se levant comme pour fuir.) Qu’esl-co que j’ai donc? des grieux, à part.

Que dit-ollo ?

banon, la main sur la poitrine.

Fai senti là... Je no peux fcas t’expliquer., mais... Des Grieux, parlo-moi 1

DES ORIEUX.

Manon I

MANON

J’ai peur !

DES GRIEUX

Mon enfant...

MANON

Regarde, mes mains sont glacées.

DES GRIEUX

Golt

makon, arec un vtovreau cri, suivi d’un court silence, puis dune

voix sourde.

Jo comprends tout. (Elle fléchit et se laisse tomber à terre.)

DES GRIEUX

N'importe; restons ici quelques instants.

Oui, comme cela. (Reposant sa tête contre la poitrine de des Grieux. i Ah! qu’on est bien ainsi !

DES cnisux.

Veux-tu essayer de dormir ?

des cRticx, û part.

Quelle pMeur !

hanon, se soulevant vers lui.

Du courage... tu vivras, je le veux... Je veux quo tu me le jures?

• DES GRIEUX

Pourquoi?

MANON

C’est que moi... je vais mourir.

Dtscntiux.

Mourir! mais non, non!... Mon Diou! est-co que personne ne viendra? (Il court nu fond.) Ces gens qui me cherchent, qu’ils viennent! (Hune voix retentissante et avec égarement.) A moi! h moi!... qu’ils me prennent, s’ils le veulent, mais qu’ils la sauvent ! (/îrt'fnant d Manon.) Tu as froid! attends. (Ilveut la couvrir de son habit.)

MANON

Cest inutile, va.

des grieux, se tordant les mains.

Manon, mais ne dis donc pas cela...

Pourquoi te désespérer?

des ciubux, sanglotant.

Oh!

MANON

Ne ploure pas... Diou est bon , vois-tu... 11 veut que ma mort rachète ma vie, et il permet que je meure à vingt ans avec ton amour, avec le mien... Mourir ainsi I mourir aimeel mais c'est un pardon du ciel 1 Ohl je t’assure, je n'ai plus peur... Viens,

dis-moi adieu.

des grieux.

Non! non ! pas adieu !... je veux te sauver; Je taux t’emporter d’ici !... (Il veut la soulever, et la royant pâle et immobile.) Manon, réponds-moi! (Depuis un instant l'orchestre fait entendre, sur un mode doux et lent, les premières mesures de la chanson favorite de Manon.)

iuxox, d'un* vois gui »V teint.

Tout eat fauché... la plaça ait natta....

DES cnisux.

Oh! ce souvenir...

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