‹ Manon Lescaut operacomique en trois actes paroles de M. Eugene ScribeChapitre 10 sur 93 · ACTE T, SCÈNE IV · texte numérisé non relu

ACTE T, SCÈNE IV

MANON

Des raisons ? les oiseaux en ont-ils besoin, pour prendre l’air' et s'aimer au soleil... tu raisonnes trop Marguerite...

MARGUERITE

Et toi pas assez. (Regardant autour d’elle.) Eh tuais, où est donc le chevalier?

MANON

Il avait une idée !... un ami qu’il s’est rappelé, et qui lui prêtera, dit-il, l’argent dont nous avons besoin.

MARGUERITE

' Ici, à Paris?

MANON

Oui.

MARGUERITE

Un ami qui prête de l’argent...

MANON

Tu ne crois à rien... et moi je crois à tout, c’est là le bonheur! je suis donc revenue seule... et tu ne sais pas qui je viens de rencontrer dans notre escalier étroit et tortueux... devine?

MARGUERITE

Deux Messieurs, qui sortaient d’ici.

Deux beaux Messieurs... dont l’un me saute au col.

MARGUERITE

Le Marquis!... ,

MANON

Non! l’autre! «Ah! macousine... ma chère cousine; » c’était Lescaut mon cousin, le fils de Boniface Lescaut, mon oncle d'Amiens qui voulait me faire entrer au couvent; son fils n’est pas dans ces idées-là, au contraire! comme ça se rencontre! je ne suis plus seule à Paris... et sans répondants! Comme le disait le vieux commissaire de notre quartier, monsieur Durozeau, me voilà une famille! un protecteur!

MARGUERITE, haussant les épaules.

Joliment !

MANON

Mais oui ! mon cousin est un homme d’épée, qui fera toujours respecter l’honneur de la famille... il l’a dit eu me présentant au Marquis.

MARGUERITE, de même.

Encore mieux! si tu le connaissais celui-là!

MANON

Je le connais, et beaucoup !

MARGUERITE

Miséricorde!

MANON

11 m’a menée dans son carrosse.

Toi?...

MANON

Un carrosse tout étincelant de glaces et de dorure... ah ! qu’on y était bien... au fond, à côté de lui !

MARGUERITTE

En téte-à-téte?

MANON

Non ! je te conterai cela... Enfin, j’y étais seule, quand Desgriem... vois le hasard.... Desgrieux qui passait dans la rue, m'aperçoit et pousse un cri ! sa figure était pâle, ses lèvres tremblantes... j’ai bien vite sauté à bas de la voiture. — Qu’as-tu mon chevalier? ne crains rien? je quitterais pour toi le» carrosses du roi ! viens ! viens ! et je l’entraine en lui disant à la hâte ce qui vient de m'arriver.

MARGUERITE

Et le Marquis ?

, MANON

Je l’avais oublié, ainsi que sa voiture!... j’étais à pied!... mais près du chevalier, près de lui, qui serrait mon bras, qui riait, et nous rentrions à notre mansarde... tou9 les deux!

Ah ! Manon! tu es une drôle de fille! le cœur est bon. mais la tète est folle !

MANON

Qu’importe ?

MARGUERITE

Il importe que tu agis d’abord, que tu raisonnes après, et que, dans l’intervalle, il peut arriver...

MANON

Quoi?...

MARGUERITE

As-tu jamais pensé à ton avenir avec le chevalier?

MANON

Non!

MARGUERITE

Est-ce que tu ne désires pas être sa femme?

MANON

Pourquoi? i

MARGUERITE

Pour vous aimer toujours.

MANON

C’est vrai! Oh! mais à quoi bon lui donner une femme qui n’a rien, à lui qui est sans fortune?

MARGUERITE

Et s’il cherchait à s’en faire une? S’il travaillait, et toi aussi?

Moi!... je ne sais pas travailler, cela m’ennuie à périr. Broder ou coudre me donne la migraine.

MARGUERITE. v ,

Que sais-tu donc faire?

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