‹ Manon Lescaut operacomique en trois actes paroles de M. Eugene ScribeChapitre 42 sur 93 · ACTE II, SCÈNE II · texte numérisé non relu

ACTE II, SCÈNE II

MARGUERITE

Du tout, adieu Monsieur.

LE MARQUIS

Où vas-tu donc ?

MARGUERITE

Essayer à madame la Marquise votre mère, la robe qu’elle m’a commandée pour le bal de ce soir.

LE MARQUIS, avec indifférence.

Ah ! c’est pour cela que tu viens!

. marguerite.

Avec d’autant plus d’empressement que madame la Marquise a, dit-elle, de bonnes nouvelles à me donner, concernant Gervais.

LE MARQUIS

C’est bien! que je ne te retienne pas! (a Marguerite qui s’éloigne.) Marguerite?... as-tu vu Manon, aujourd’hui?

MARGUERITE

Je la quitte à l’instant.

LE MARQUIS

Bien triste?

MARGUERITE

Elle chantait et riait dans sa mansarde.

LE MARQUIS, avec indignation.

Par exemple!...

MARGUERITE

Elle allait voir le chevalier.

LE MARQUIS, avec satisfaction.

11 est aux arrêts.-

MARGUERITE

Raison de plus pour l’aller voir ! on laisse entrer près des prisonniers leurs femmes ou leurs sœurs, surtout quand elles sont jolies!... et l’idée d’aller à la caserne, l’enchante! l’idée de son pauvre chevalier l’attendrit, de sorte qu’elle pleure et rit à la fois.

LE MARQUIS, avec colère.

Morbleu !

Vous ne pouvez pas l’empêcher de pleurer.

LE MARQUIS

Si vraiment! *

MARGUERITE

Alors, laissez-là rire, ou plutôt, monsieur le Marquis, ne vous occupez pas d’elle.

LE MARQUIS

Quand je la vois malheureuse!

MARGUERITE

C’est son bonheur ! laissez-lui le sien et gardez le vôtre ! Hier soir, par exemple, et pendant que ce pauvre Desgrienx se rendait à la caserne... pourquoi chercher à voir Manon ?

LE MARQUIS. '

Pour la rassurer!... pour la consoler!

MARGUERITE

N’étais-je pas là? -

LE MARQUIS

C’est peut-être toi, alors qui l’a empêchée de me recevoir?

Précisément! est-ce que cela était convenable? se présenter à une pareille heure! vous, jeune, aimable et séduisant... car vous l’êtes beaucoup, Monseigneur, vous le savez bien? et tout ce déploiement de forces, contre une grisette, une jeune fille sans appui! ce n'est pas brave! ce n’est pas bien! *

LE MARQUIS, avec hauteur.

Marguerite !

MARGUERITE

Il vous faut des ennemis plus dignes de vous! de grande» coquettes habituées à l’attaque et à la défense ! mais mademoiselle Manon?... qu’esl-ce que c’est?... un caprice!... pas autre chose !

• LE MARQUIS

C'est possible ! mais rien ne ressemble à une passion comme un caprice... contrarié.

MARGUERITE

Allons donc!

LE MARQUIS

Rien n’en peut détacher.

MARGUERITE

Qu’un autre, un nouveau! ce soir, par exemple, toutes les jeunes et belles duchesses qui ont voulu, dit-on, voir votre nouvel hôtel.

LE MARQUIS

Oui, pour le connaître.

MARGUERITE, souriant.

Vous croyez? (vivement.) Enfin !... supposons que cela soit! en voilà qui seraient ficres de vos hommages! détournez-les de ce côté, a* sera à la fois un plaisir et une bonne action!

LE MARQUIS, souriant.

En vérité !

MARGUERITE

Oui, n’allez plus sur les brisées de ce pauvre chevalier qui n’a rien au monde que le cœur de Manon 1 qu’il le garde, à lui tout seul, si c'est possible !

LE MARQUIS, allant s'asseoir près de la tAblc, à droite.

Tu as peut-être raison! rien ne dure ici-bas, et en attendant qu’elle l’oublie...

MARGUERITE

En attendant... je serais généreux tout à fait! c’est dans votre régiment qu’il est engagé; c’est parce qu’il voulait, en dépit de

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