ACTE II, SCÈNE IT
rer.) Imaginez-vous, monsieur le Marquis, que je viens de la caserne.
LF. MARQUIS.
Eh bien?
MANON
Pour voir ce pauvre; chevalier que j’aime plus que jamais. Aussi le cœur me battait rien qu’en arrivant dans la rue et quand je me suis présentée en faisant au factionnaire ma plus belle révérence. — « On ne passe pas. — C’est pour voir un prisonnier. — On ne les voit pas. — C’est mon amoureux, monsieur le soldat, laissez-moi passer, au nom de votre bonne amie! vous en avez une... j’en suis sûre... » Il a souri et il a repris plus doucement : — « On ne passe pas sans permission. — Permission de qui? — Du colonel. — Quel est-il? — Le marquis d’Herbigny. # A ce nom, j’ai manqué tomber de joie et de surprise... le soldat m’a soutenu, pauvre garçon ! et m’a embrassée...
LE MARQUIS, avec colère.
Lui!...
MANON
Dam! ce qui tombe dans le fossé est pour... Je suis partie toujours courant, et me voici ! Et vite, monsieur le Marquis, il n'y a pas de temps à perdre, donnez-moi un ordre... un permis
LE MARQUIS, froidement.
Pourquoi?
MANON
Comment, pourquoi? Mais depuis hier, depuis un siècle que je ne l’ai vu, je ne peux pas vivre ainsi... j’en deviendrais folle!
LE MARQUIS
Vous l’aimez donc toujours?..
MANON
Éperdument!
LE MARQUIS
Et moi ! ingrate ?
MANON
Vous aussi! vous êtes si bon, si généreux, et puis vous allez me signer ce permis, et alors je vous aimerai encore plus.
LE MARQUIS
Comme Desgrieux?
MANON
Non!
Comment donc alors?
MANON
Je ne sais ! vous avez des manières si gracieuses, si élégantes, si avenantes, qu’on se sent dès la première vue attirer vers vous.
LE MARQUIS
Rien de plus ?...
MANON
Si vraiment .. (Avec embarras.) On sc prend à se dire que vous seriez celui peut-être à qui ou donnerait son cœur... si on l’avait! (Gaiement.) Mais on ne l’a plus... alors vous comprenez?
LE MARQUIS
Ah ! Manon ! est-ce ma faute si je suis venu trop tard ! si je n'arrive qu’aujourd’hui!
MANON, riant.
Il fallait arriver hier!
LE MARQUIS
Et demain ! demain ne peux-tu choisir encore?
MANON
Dès qu’on aime. Monseigneur, on ne choisit plus!