SCÈNE XI
MANON, LE MARQUIS, LESCAUT et deux domestiques
entrant par le fond.
LESCAUT
Le bbflet est splendide... Voilà comme j’aime les bals... Je viens vous dire que l’on arrive de tous les côtés...
LE MARQUIS, à part.
Obligé de recevoir dans un pareil moment... quel ennui!
(Haut, s'adressant aux domestiques qui sont restés au fond.) Que CC pavillon
soit réservé... que personne n’y pénètre.... et rappelez-votl bien que ce n'est plus à moi (Montrant Manon.) mais à Madame... LESCAUT, à part, avec joie.
Madame!...
LE MARQUIS
Que chacun doit obéir.
LESCAUT, (le même.
Déjà!
LE MARQUIS, bas à Lescaut.
Oui! elle a daigné accepter ces bijoux, ces dentelles et cet
hôtel qui , désormais, lui appartient, et dont je te nomme l’intendant et le majordome!
A la bonne heure ! la famille est donc enfin traitée selon son
rang. (Regardant les diamants qui sont sur la table, à droite.) Tout Cela est à nous ! tout!!
LE MARQUIS, s’approchant de Manon et à demi voix.
J’enverrai dés demain l’ordre de cesser les poursuites contre le chevalier... ce soir, d’autres soins me réclament... un bal... une fête... je ne pouvais prévoir, Manon, votre arrivée... chez vous! Je tâcherai de congédier tout ce monde de bonne heure, et, au lieu de souper là-bas, je vous demanderai avant de me retirer et de prendre congé de vous... l’honneur de souper ici... en ami... sans façon... vous me le permettez... (Pendant ce qui
précède, Lescaut s'est approché de la table, à droite, et a pris Un écrin qu'il regarde.) Bijou de famille !
LE MARQUIS, aux deux domestiques.
Deux couverts dans ce petit salon , vous servirez dès que Madame l’ordonnera. (Se retournant vers Lescaut , qui est près de la table , à droite.) Lescaut!
LESCAUT, mettant dans son chapeau l’écrin qu’il tient à la main.
Mon colonel !
LE MARQUIS
Aie soin que l’on choisisse ce qu’il y aura de plus délicat, de plus recherché.
LESCAUT
Soyez tranquille ! je connais le buffet! (aux domestiques.) Allez! (Les retenant au moment où ils vont sortir. )Un instant ! après moi, VOUS autres ! (il sort suivi des deux domestiques. Le Marquis, après avoir salué Manon, se dirige vers le salon à droite; on entend un commencement d’orage.)
LE MARQUIS, à Manon.
Voici un orage qui se prépare... et seule ici, vous aurez peur peut-être... je reste alors... je reste !
MANON , vivement.
Non, monsieur le Marquis, tout ce monde qui vous attend... . laissez-moi... je vous le demande... je vous en prie...
LE MARQUIS
M’en prier!... vous êtes bien bonne... vous pouviez l’ordonner ! ^11 la salue respectueusement et sort par la droite.)