‹ Manreze du pretreChapitre 22 sur 297 · Matt · texte numérisé non relu

Matt

Mais, dans notre décadence actuelle en particulier, comment s'effectuera la réparation par la sainteté sacerdotale? Aujourd'hui, tout le danger est dans la question sociale, c'est-à-dire dans un duel à mort entre les égoïsmes de la fortune et ceux de la misère. Voici les résultats à obtenir : à toutes ces ambitions qui pleurent sur le présent, il faut faire embrasser l'avenir; à tous ces déshérités tourmentés par la fièvre de posséder, il faut faire goûter ce paradoxe sublime ; Heureux les pauvres ! Quelle puissance suffira â une telle révolution ? Il n'y en a pas d'autre que l'action religieuse popularisée par le ministère d'un saint. Or, quand le moment sera venu, voici, nous dit l'expérience de l'Église, comment les choses se passeront :

En ce temps-là, un grand homme de la pauvreté volontaire viendra donner de l'orgueil à celle qui ne l'est pas; de nobles âmes descendront de la fortune pour le suivre. Il échauffera tout un siècle aux pures flammes de son cœur, et il fera couler des yeux des peuples des larmes d'amour qu'ils ne versaient plus. Des vocations nouvelles seront ouvertes par lui au dévouement sacerdotal; des mendiants thaumaturges marqueront à sa suite la trace de leurs pieds sur les grands chemins de la chrétienté; la fortune et la pauvreté, redevenues chrétiennes à ce spectacle, se donneront le baiser de paix, et alors la trêve de Dieu sera faite dans la société. Le socialisme, invincible par les armes, sera le vaincu de la charité. 0 bienfaisant envoyé que

l'Église tient encore caché dans les profondeurs de son sein, laissez-moi vous saluer sous les voiles transparents de notre horizon !

Ce sauveur, mes vénérés confrères, sortira-t-il des rangs de notre milice? J'ai besoin de l'espérer; mais ce que je puis affirmer, c'est que son apparition sera le commencent d'une ère. Et si, le jour de sa venue, on vient vous dire : J'ai entendu des bruits de glaive dans les souterrains de la société, ne vous troublez pas; si l'on vient crier devant votre demeure : Les barbares sont là J ne perdez pas confiance ; enfin, si l'on ajoute encore : Attila est aux portes! marchez au-devant de lui d'un front serein, car saint Léon sera à notre tête, et, devant de telles apparitions, les fléaux de Dieu ne passent pas I

Pour combien de temps y en a-t-il d'ici à ce glorieux avènement? Je ne vous le dirai pas; mais ce que je sais, c'est que les malheurs de plusieurs siècles ignorants, barbares et désolés ont été réparés par saint Bernard, c'est que Dieu a opposé l'influence contemporaine de cinquante saints canonisés aux débordements de la révolution luthérienne, c'est que, en un mot, les Messies de la restauration sociale, depuis dixhuit cents ans, sont toujours arrivés à propos. Et d'où celui que nous attendons tirera-t-il des recrues assez vaillantes pour accomplir ces salutaires bouleversements? Peut-être serons-nous passés au crible avant d'aller combattre ce grand combat; mais, cette épreuve

suprême subie, notre sacerdoce pourra répondre aux scepticismes qui lui demandent ce qui lui reste pour triompher de tant d'obstacles cette parole fameuse : Moi, dis-je, et c'est assez !

Rarement, en effet, il fat aussi fort, parce que rarement il fut aussi pur. Combien d'entre nous lèvent la tête vers les moissons blanchissantes, et ne ne se feraient pas attendre, le jour où l'apôtre de cette croisade nouvelle leur dirait avec l'autorité des saints : Suivez -moi au martyre de la vie et de la mort : Dieu le veut f Dieu le veut ? Eh bien ! adieu au presbytère et à ses amollissants loisirs ! Adieu à ces froids ministères où l'on éprouve les tortures des petites persécutions, sans avoir le mérite des grandes ! Qu'on nous rende le bâton de voyage de nos pères I Allons payer de notre sang dans les prétoires et sur les échafauds 1 Pacifions le monde en devenant les plus malheureux d'ici-bas, pour que les malheureux ne s'en trouvent pas. Mon Dieu I nous ne demandons qu'un saint pour nous conduire au sacrifice et pour bénir nos sueurs ; un saint, pour nous parler quelquefois le soir, et pour bercer notre agonie ; un saint, pour que le monde le sache bien : si c'est par les politiques sans Dieu que périssent les empires, c'est par les prêtres favoris de Dieu qu'ils sont ressuscites.

Terminons par cette pensée initiale : Positus est in ruinam et in resurrectionem ; et Dieu sait combien

le tableau est effrayant quand, du ministre de la résurrection, je rapproche celui des ruines. Soyons à la fois consternés et fiers des destinées qui nous sont faites, et n'oublions pas cette pensée du Saint-Esprit : Vos estis presbyteri, ex vobis pendent animœ illorum]. Quelle responsabilité! Je suis donc autorisé à renouveler ici la scène de saint Vincent de Paul plaidant en faveur d'autres misères devant les filles sublimes de la Charité. « Or sus, vous qui êtes réparateurs dans l'ordre de la science, des croyances, des mœurs, de l'athéisme politique, je vous remets le sort de ces troupeaux, dont le sort dépend de vous : que, si vous le voulez, ils seront sauvés ; si vous ne le voulez pas, prenez garde avant de les condamner à la perdition. » Bien pénétrés d'un tel devoir, avant de quitter ce tête-à-tête du Seigneur, jetons un coup d'œil à nos congrégations, à nos confréries, à nos catéchismes, à toutes les œuvres de zèle qui sont érigées dans nos paroisses ou qui devraient l'être, et voyons si nous sommes un réparateur dans la Cité sainte ou un contemplateur oisif de ses ruines.

N'oublions pas surtout que, pour être puissants dans l'œuvre de la sanctification du monde, nous devons nous sanctifier nous-mêmes : Sanctifico meipsum ut sint et ipsi sancti/îcati in ve)*itate~. Oui, mes vénérés Confrères, devenons des saints, et soyons convaincue

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