‹ Manreze du pretreChapitre 5 sur 297 · Hebr · texte numérisé non relu

Hebr

lent guère que les vérités laissant un résidu au fond d'une cornue. Depuis que la nature leur a livré ses secrets, ces orgueilleux ne permettent pas à Dieu de réserver les siens. Il y a plus, ils sont superstitieux devant les mystères de la nature, ils sont arrogants en face des mystères de Dieu; et si vous leur dites qu'il y a du feu dans l'enfer ils souriront agréablement, parce qu'ils ne l'ont pas analysé; mais si vous affirmez que Saturne et Jupiter pèsent tant de kilogrammes, ils feront acte de foi comme s'ils avaient contrôlé les balances !

Certes, les sciences naturelles se donnent à ellesmêmes un éclatant démenti, car que sont devenus les temps où Newton ne prononçait jamais le saint nom de Dieu sans incliner sa puissante tête en signe d'adoration? C'est qu'aujourd'hui les abus de l'expérimentation ont coupé les ailes à l'esprit humain pour lui donner quatre pieds. L'intuition des âmes a été remplacée par les microscopes et par les télescopes qui sont celle des corps. Or la science, avec ses deux branches de connaissances physiques et de connaissances morales, est exactement semblable à ces lunettes dont une extrémité rapproche les objets, dont l'autre les éloigne : voilà pourquoi si l'on cherche Dieu par l'étude des choses de l'esprit on le trouve ; si on le cherche par l'étude exclusive de la matière, on le perd de vue.

Comment expliquer cette déviation de l'intelligence trop appliquée aux sciences naturelles? Par

l'orgueil qu'elles engendrent. Chose étonnante ! quand nos aïeux des grands siècles chrétiens faisaient leurs découvertes dans le domaine de la pensée, ils étaient toujours modestes; car, alors, la découverte était en Dieu, et, plus ils approchaient de cette figure adorable , plus ils courbaient la tête sous le poids de sa majesté. Mais, depuis que l'homme fait ses découvertes dans les fangeux cloaques de la création, il se pose en rival du Créateur ; et quand il a tenu les' éléments captivés dans ses creusets, voilà qu'il s'est mis à faire le dieu , suivant la parole fastique de Bossuet. Quel est l'acte d'un Dieu par excellence, s'est-il écrié ? ce sont les miracles. J'ai fait les miens.

Monté sur une nef aérienne , je me suis promené parmi les astres du firmament. J'ai attaché des ailes à mes proues aventureuses , et j'ai sillonné l'Océan avec la vitesse des oiseaux marins. J'ai attelé le feu à mes chars, et ma course, de l'Orient à l'Occident, n'a laissé que la trace d'un éclair. En un mot, Dieu créa les vagues furieuses, et moi je les dompte; Dieu déchaîne la tempête, et moi je lui commande ; Dieu fit les distances et moi je les efface. Ah ! une voix a dit, dans les hauteurs du ciel, qui est semblable à Dieu?Preuves en main, je me présente, c'est moi qui ai remporté des victoires contre lui.

Et la science moderne est si pleine de ce rêve fou, qu'à chaque découverte nouvelle les hommes de peu de foi se regardent pour savoir si Dieu ne va pas être

convaincu de mensonge ; et plusieurs ont dit au magnétisme de s'essayer à la résurrection des corps, pour voir s'il n'y aurait pas moyen d'en finir avec Notre- Seigneur Jésus-Christ. Ainsi, les excès de la science et ceux de la philosophie ont abouti au même blasphème : Nous sommes des dieux 1 nous sommes des dieux ! De telle sorte que le crime de notre époque est celui de Satan; et puisse notre civilisation n'aller jamais apprendre dans un de ces abîmes qui s'appellent Herculanum ou Pompéi, comment Dieu se venge de ces stupides rivalités.

Eh bien I qu'opposerons-nous à des prétentions si effrénées, nous qui avons mission de sauver le monde ? Nous tenons en main deux correctifs de ces enivrements insensés. D'abord c'est de conquérir, par l'étude, une grande suprématie intellectuelle , pour avoir le droit de nous présenter, comme parlementaires, entre la théologie et la science, et de faire accepter la première par la seconde. Ensuite , c'est , surtout , de populariser le catéchisme dans un pays infesté par les calculateurs afin de pouvoir dire à ceux-ci avec autorité :

« Sans doute, vous allez plus vite que nous , mais vous ne montez pas si haut! Sans doute, vous faites la conversation d'un continent à l'autre , par-dessous les vagues des mers, mais vous balbutiez sur la question de Dieu. Sans doute, vous pesez les astres et vous commandez à l'électricité, mais vous avez perdu toutes vos

certitudes morales. Ah ! ne vous appelez donc plus le siècle du progrès ; vous n'êtes que celui de la locomotive. Ne vous nommez plus le siècle des lumières; vous n'êtes que celui de l'éclairage. Enfin, ne vous intitulez pas l'ère des grands hommes, vous n'en avez pas le droit, car les grands hommes sont l'expression des grandes croyances : ils forment la cour de Dieu dans un pays : et comme vous avez chassé le roi, sa cour a disparu. »

Et, après ce traitement naturel contre la superbe intellectuelle du temps, n'aurai-je pas un spécifique surnaturel à vous indiquer? Oui, mes vénérés confrères, faisons-nous bien humbles pour redresser un siècle d'orgueilleux. Soyons humbles, d'abord, pour notre propre utilité, car point de retraite sérieuse sans une conclusion de cette nature ; or, si nous considérons qu'être pénétrés de notre misère, ce n'est là que la vérité ; mais que l'humilité consiste à désirer que les autres en soient aussi convaincus que nous-mêmes, mon Dieu f que répondrons-nous à votre cœur adorable, quand il nous demandera compte de notre docilité à son invitation : Discite a me quia humilis sum corde ] ?

Soyons humbles aussi pour la réparation des maux causés au monde actuel par ses orgueils. Partant, ministres d'un Dieu caché , arborons un courageux

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