‹ Manreze du pretreChapitre 67 sur 297 · De Sacerd · texte numérisé non relu

De Sacerd

2, Serm.5.

il résulte que ce qu'il y a de plus parfait selon l'Évangile pourrait bien être ce qui l'est le moins.

Hélas ! mon cher confrère, tout fier d'une certaine régularité extérieure, vous souriez de la folie de la Croix! Cette semence empoisonnée ne tardera pas à donner son fruit. Non, non, ce ne sera point Jésus- Christ inaltéré et complet que portera, dans ses pensées, cette postérité si mal enseignée, oe sera une religion amoindrie , digne de la morale des pasteurs protestants ; ce sera ce modérantisme soi-disant évangélique, et ce christianisme peu accentué dont vous personnifiez les aberrations : sachez donc que les vrais réformateurs de paroisse ne peuvent sortir de ces principes égoïstes, et que tout prêtre infidèle à cette parole d'un Père : JSemo dicat : salis est, sic volo matière* -, attente à la moralité chrétienne de son peuple, en mutilant l'Évangile du bon exemple qu'il lui doit.

D'ailleurs, je l'ai déjà rappelé, il fut révélé à sainte Thérèse qu'elle descendrait jusqu'à la réprobation, si elle ne s'élevait jusqu'à la perfection parce que la grâce attachée à la pratique des choses purement nécessaires, quoique suffisante en soi, n'aurait point d'efficacité pour elle. N'en est-il pas dans votre troupeau, Messieurs, sur qui la sentence a été prononcée, qui se perdront pour n'avoir pas appris de vous le plus sûr moyen de se sauver ?

1, S. Boni.

Encore, si nous les pratiquions ces conseils généreux que nous n'enseignons pas, nous pourrions léguer à nos paroissiens des richesses à défaut de leçons, et, coupant en deux notre manteau spirituei, comme fit saint Martin, couvrir leur pauvreté de notre justice surabondante. Mais ils ne trouveront pas dans notre succession assez de mérites pour payer leurs dettes, et ils nous accuseront, au tribunal de Dieu, d'être demeuré pasteur infidèle, pour avoir voulu rester pasteur honnête homme.

Ici, ne nous excusons point par cette défaite spécieuse : « L'important, c'est d'élever des chrétiens, et non pas des dévotes. » Qu'entendez-vous par ce dernier mot? Voulez- vous parler de ces plantes parasites de presbytère et de confessionnal, qui s'attachent comme une maladie à la réputation des prêtres pour la détériorer? Je suis de votre avis. Voulez-vous parler des personnes qui ont la prétention de se confesser tous les quinze jours, de communier peut-être plus souvent, et qui visent à la pratique des conseils évangéliques ? En ce cas, vos principes sont un paradoxe et une injure à Notre-Seigneur.

Vous dites : point de dévotion ? mais les générations qui naissent sont fortement entraînées vers le mal, et il leur faudrait toute la dévotion que vous ne leur souhaitez pas, pour conserver la retenue que vous leur souhaitez. Point de dévotion? oh! parlez bien bas de peur que les jeunes filles l'entendent, car,

grand nombre en auront besoin pour ne pas compromettre cette dignité, que des exceptions de situation permettent quelquefois de garder avec de la simple pruderie. Point de dévotion? malheur à vous, le jour où les jeunes hommes se douteront de votre morale, car ils en conclueront, avec leur rusticité peu versée dans les distinctions, qu'il suffit de faire sa paix avec Dieu à la première communion et à l'heure de la mort. Point de dévotion, enfin? Et où sont les enfants miraculeux sortis de cette école semi-évangélique ? N'est-ce pas avec la dévotion que Blanche de Castille a élevé le plus grand roi de France, et sainte Monique le plus grand docteur de l'Église? 0 pasteur philosophe! soyez franc. Vous désirez tout juste assez de dévotion à votre troupeau pour qu'il respecte votre repos, pas assez pour qu'il vous coûte des soins assujettissants. C'est vous qui êtes le terme de votre morale et non pas Dieu. Et cependant la religion vous avait dit, au baptême de chacun, comme la mère de Moïse à la fille de Pharaon : Recevez cet enfant et l'élevez pour moi, et non pas pour vous : Accipe puerum et nutri mihiK

En méditant ces choses, un paradoxe obsède sans cesse ma pensée; ne pourrait-on pas dire qu'un malheur de notre temps, ce sont les bons prêtres ? Pourquoi cela? Parce qu'ils tiennent la place des saints et

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