Joan
sa Mère. Ayant promis de ne point nous laisser orphelins, il ne suffisait point qu'il nous léguât un Père par l'Eucharistie; il nous devait encore une mère, et c'est ce codicille sublime qu'il promulgue ainsi du haut de sa croix : Mulier ecce filius tuus; ecce mater tua.
Plus que tout autre, le prêtre est intéressé dans cette donation testamentaire; car, pourquoi saint Jean a-t-il été légué comme fils à Marie? Sans doute, parce qu'il était pur, et qu'il rendait quelque chose de Jésus à sa Mère par cette ressemblance; mais, surtout, parce qu'il était prêtre, et qu'il rendait tout Jésus à sa Mère par la célébration des saints mystères. Quoique remplie de la plénitude de l'esprit du sacerdoce, dit un mystique, Marie n'en avait pas le caractère. Voilà pourquoi Dieu ne lui laisse pas saint Joseph, ni quelque sainte femme pour la garder, mais il la confie à un homme qui est à la fois vierge et prêtre, afin que, devant l'autel de ce prêtre, elle soit consolée de l'absence de son Tils par le bonheur de le recevoir tous les jours.
Donc, la filiation de saint Jean, continuée à travers les générations humaines, a plus de prise dans les enfraillles du prêtre. D'autres dogmes sont l'objet de sa foi ; celui-ci est pour lui une inclination d'état, et afin de rendre les droits de Marie sur nous incontestables, il fait de Marie ce qu'il y a de moins contesté, il la fait deux fois notre Mère.
N'allez pas croire que je vienne prouver cette maternité sublime. Acte de foi, c'est trop peu obtenir
quand on est mère, c'est trop peu accorder quand on est prêtre ; je veux, je demande pour la nôtre des actes d'amour. 0 ministres de Jésus ! successeurs privilégiés de saint Jean, qui, depuis les jours bénis du séminaire, êtes devenus insensibles aux tendresses de cette parole : Ecce mater tua, voulez-vous savoir à quel degré elle a travaillé le cœur du monde?
Voyez la popularité de Marie au milieu des nations- L'histoire du dix-septième siècle nous montre jusqu'à vingt-cinq royaumes faisant profession de lui être spécialement consacrés. D'un bout du monde à l'autre, chaque peuple se croit avec elle des liens exceptionnels, et, si l'unité de la race humaine pouvait être contestée, il semble qu'elle ressortirait de cette unanimité avec laquelle tous les hommes se reconnaissent frères dans leur sentiment filial envers la même femme.
Voyez la popularité de Marie au milieu des siècles. Tandis que les pouvoirs les plus tutélaires subissent, un jour ou l'autre, la révolution de l'ingratitude, et que îes rienfaits eux-mêmes ont besoin de la nouveauté pour soutenir l'éclat de leur vogue, seul le règne de Marie, semblable au catholicisme dont elle est le ministre des grâces, possède la jeunesse] d'un éternel à-propos. Plus il avance, plus le monde, dont les douleurs augmentent avec l'âge, se rapproche de o.ette patronne si habile à essuyer des pleurs ; aussi, chaque époque, de même que chaque nation, se croit l'objet spécial de sa protection; et si un siècle pouvait
être comparé à un homme, je dirais que le nôtre a quelque chose du disciple bien-aimé, parce qu'il lui est donné de se reposer, non-seulement sur le cœur de Jésus, mais encore sur celui de Marie.
Enfin, voyez la popularité de Marie parmi les familles religieuses. François d'Assise reçoit ses révélations à Notre-Dame-des-Anges, et jeûne en son honneur depuis la fête de saint Pierre jusqu'à l'Assomption. Saint Dominique institue le Rosaire pour l'extirpation de l'hérésie vaudoise, et commence le pieux usage de la salutation angélique avant la prédication. Saint Vincent de Paul, qui se consolait de l'exil en chantant les louanges de Marie à Tunis, l'établit protectrice de sa postérité. Saint Ignace jette les fondements de son ordre à Montmartre, c'est-à-dire sur la colline de Marie. Enfin, les Maristes et les Marianites ont l'ingénieuse dévotion de mettre ce nom dans leur nom, pour ravir au ciel une de ces bénédictions qui assurent l'avenir.
Et quand les peuples, les siècles, les ordres religieux se croient avec Marie des liens si intimes, le sacerdoce n'aurait point ses prétentions à cet égard? Je l'affirme sur nos ressemblances avec l'auguste Rédemptrice, aucune hiérarchie ne peut tenir à Marie de plus près que nous, et l'homme dont elle est le plus excellemment la mère, après son propre Fils, c'est le prêtre. « Dieu, écrit M. Olier, a fait deux prodiges semblables dans son Église : la très-sainte Vierge et le prêtre. »
Quelles sont les analogies entre ces deux chefs-d'ceuvrfî de la grâce?
Comme Marie, nous donnons naissance â Jésus sur l'autel, aussi elle est mère du prêtre célébrant et sacrificateur; comme elle, nous gardons Jésus et son troupeau, aussi elle est mère du prêtre pasteur ; comme elle, nous le manifestons aux ignorants, et nous remplissons le ministère de la vérité dans l'Église , aussi elle est mère du prêtre docteur ; comme elle, nous le manifestons aux pécheurs, et nous exerçons le ministère de la miséricorde , aussi elle est mère du prêtre apôtre. Apprenez-moi, ô Vierge sacrée! à vous louer sous ces aspects divers : Dignare me laudare te, Yirgo sacrata!
Rien ne ressemble davantage au mystère de Noël que celui de la transsubstantiation ; or, dans le premier, Marie est Mère de Jésus ; dans le second, nous sommes ses pères, suivant la parole hardie de saint Augustin : Sacerdotes, parentes Christi*. Et voyez nos avantages tirés de cette ressemblance : La Mère du Verbe incarné le fait descendre du ciel par une parole d'humilité : Ecce ancilla Bomini; nous, c'est par une parole du commandement. Jésus est formé du