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Authenticité et intégrité du livre de Job

1® Quelques auteurs seulement, sous des prétextes futiles, ont attaqué l'authenticité du prologue et de l'épilogue, c'està- dire le récit historique, initial et final. Prétendre que ces 1 deux parties ne sont pas de l'auteur primitif, c'est soutenir que l'auteur a fait un torse sans tête et sans pieds.

2° On a attaqué, mais sans aucun fondement, la description de l'hippopotame et du crocodile, xl, 10-19; xl, 20-xli, 25. Cette double description est très exacte et bien à sa place.

3° Ce que l'on a le plus contesté, c'est l'authenticité des discours d'Éliu, qui ne paraissent pas se rattacher aussi étroitement que le reste au corps de l'ouvrage. — Éliu intervient, il est vrai, àl'improviste; cependant son intervention

(1) a In tanta ergo opinionum de auctore libri Job varietate consuldus est, dirons-nous avec Noël Alexandre, nihil asserere, nisi incertum esse, a que scriptus fuerit; cum neque ex Scriptura, neque ex traditione, née firmis ullis rationibus probari possit, quis sit illius auctor. Proinde concludamus cum S. Gregorio Magno, Prssf. in Job, c. i : Quia hœc scripserit, valde supervacue quseritur ; quum tamen auctor libri Spiritus Sanctus fideliter credatur. Ipse igitur hsec scripsit, qui haec scribenda dictavit. » Historia Ecclesiastica Veteris Novique Testamenti, Paris, 1714, t. i, p. 271. Voir ib., p. 270, rénumératiou des principalei opinions des anciens sur l'auteur de Job.

est parfaitement justifiée : il développe des raisons qui ne pourraient être placées ni dans la bouche des amis de Job, ni dans celle de Dieu, et qui étaient néanmoins nécessaires à l'exposition complète de la doctrine ; il est donc très naturel qu*un nouveau personnage s'en fasse l'interprète.

* 613. ■— Beauté littéraire du livre de Job.

Tous les critiques sont unanimes à regarder le livre de Job comme un chef-d'œuvre de littérature : « Elucet... quidquid tragœdia vêtus unquam Sophocleo vel iEschyleo molita est cothurno, dit Albert Schultens, infra magnitudinem, gravitatem, ardorem, animositatemhorumaffectuuminfinitum quantum subsidere (1) 1 »

• 614. — Forme poétique du livre de Job.

1° A part le prologue et l'épilogue, tout le livre de Job est en vers. Chaque verset, à très peu d'exception près, se compose de deux membres parallèles ou de deux vers, et chaque vers de sept syllabes, n° 598 (2).

2° On a quelquefois considéré le poème de Job comme une épopée; on le regarde généralement aujourd'hui comme un drame, dans un sens large (3) : le prologue en est l'exposition

{[) Liber Jobifi.ï, PrsBf. (f.2). — « Le prologue (du Faust de Gœthe) est de Job, qui est le premier drame du monde... J'ai eu l'idée décomposer un Job, mais je l'ai trouvé trop sublime; il n'y a point de poésie que l'on puisse comparer au livre de Job. » Th. Medwin, Journal of the Conversations of lord Byron in 1821 and 1822, Paris, 1824, t. i, p. 173. — Quant à notre traduction de Job par S. Jérôme, dans la Vulgate, un rationaliste, M. A. ûlerx, dit à ce sujet, Das Gedicht von Jjjob^ p. Lxxiii : « C'est un travail excellent pour son époque; le traducteur n'y a épargné ni temps, ni peine, ni argent, procédant avec indépendance et avec goût, ne suivant aucun des anciens interprètes, comme il le dit dans sa Préface, mais expliquant l'original, en tenant compta des usages de la langue arabe et de la langue syriaque... Son texUi est identique à celui d'aujourd'hui, cf. xii, 23; xvi, 11. »

(2) Voir Gietmann, De re metrica Hebrœorum, p. 37 et 42-46.

(3) Cette dénomination n'est pas d'ailleurs rigoureusement juste; « Le drame demande une action extérieure ; il n'y a qu'une lutte intérieure dans le livre de Job... Si l'on veut trouver une forme littéraire analogue à celle de ce livre, il faut le comparer à la Makama ou à la iiusamirâ des Arabes. C'est le nom par lequel on désigne ces entre-

et ressemble beaucoup à la plupart des expositions des tragédies d'Euripide, qui sont aussi une sorte d'introduction épique à la pièce. Dès que le nœud de l'intrigue a été noué dans ce récit préliminaire, il se resserre de plus en plus dans les trois discussions ou les trois actes qui suivent, sous la forme de dialogues entre Job et ses amis. Dans les discours d'Éliu qui viennent ensuite, l'intrigue commence à se dénouer; ils préparent l'intervention de Dieu qui amène d'une manière admirable le dénouement, complété dans l'épilogue. La préparation, le développement et la conclusion de l'action ne laissent rien à désirer au point de vue de l'art. Le poète procède avec tant d'babileté qu'il détache insensiblement le lecteur des amis de Job, pour le porter de plus en plus vers son héros, et l'intérêt va grandissant jusqu'à la fin.

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