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De la division du Psautier en cinq livre

La tradition juive, constatée par le texte même de rÊcriture et par la tradition des Pères (i), partageait les Psaumes, comme le Pentateuque, en cinq livres. La fin des quatre premiers est indiquée, dans le texte, par une doxologie placée

(1) s. Épiphane, en particulier, a très nettement indiqué la division da Psautier en cinq livres : « Nec illud latere te débet, honestarum reruin studiose, Psalterium ab Hebraeis quinque in libres esse partitum, nova ut indidem Pentateuchus oriatur. » Et il indique ensuite exactement les cinq livres. Libri de mensuris et ponderibus^ c. v, t. xuii, col.. 243.

Ps. XL, 14; Lxxr, i9; Lxxxviir, 53 et gv, 48. Les versets que nous venons d'indiquer n'ont, la plupart, aucune liaison avec les Psaumes auxquels ils sont attachés ; ils marquent simplement la fin d'un recueil. Nous lisons même Ps. Lxxr, 20 : Defecerunt laudes {thephillôth) David, filii Jesse, Il résulte de là que la collection des Psaumes a été faite à diverses époques et à cinq reprises différentes.

* 651. — Différences critiques entre les cinq livres des Psaumes.

1° Les cinq livres des Psaumes se distinguent les uns des autres par l'emploi différent du nom de Dieu. Dans le premier livre, on lit 272 fois le nom de Jéhovah, 15 fois seulement celui d'Élohim (1). Dans le second, au contraire, ÉIohim est cinq fois plus fréquent que Jéhovah (164 fois Éiohim, 34 fois Jéhovah). Le Ps. xiii, dans le premier livre, appelle Dieu Jéhovah ; le Ps. lu, qui est identique, dans le second livre, l'appelle Éiohim (2). Quant au troisième livre, le nom d'Élohim (33 fois) est prépondérant dans les premiers Psaumes et celui de Jéhovah (44 fois) dans les derniers. Jéhovah est employé exclusivement dans le quatrième livre, et l'on peut dire la même chose du cinquième, car Éiohim ne s'y lit que dans deux passages empruntés à des Psaumes du livre précédent (3).

2° Ceux qui soutiennent que les cinq livres ont été réunis en même temps, et que la collection entière date de la mémo époque, pensent que les Psaumes ont été classés d'après le nom de Dieu dont ils font usage; mais le livre III, dans lequel le nom d'Élohim cède graduellement la place à celui de

(1) Dans ce total ne sont pas compris les cas où Éiohim est employé avec des suffixes ou des pronoms ; on ne tient pas compte non pluâ des titres ou des doxologies.

(2) On peut juger par là combien est peu sûr le critérium d'après lequel un certain nombre de critiques prétendent que les passages de la Bible où est employé le nom de Jéhovah ue sont pas du même auteur que ceux dans lesquels est employé le nom d'Élohim ;le psaume jéhoviste XIII est indubitablement du même auteur que le psaume élohiste LU.

(3) Ps. cviii, six fois; C3:mv, une fois. Le nom de Jéhovah se lit 339 fois dans les livres iv et v.

242 CHAP. m. — LES PSAUMES. [652]

Jélio\ah, détruit cette explication. Oa a supposé avec plus de vraisemblance que l'emploi d'Élohim, dans les livres II et IIÏ, provient de ce que les collections datent de l'époque qui s'écoule de Salomon à Ézéchias, pendant laquelle le nom de Jéhovah fut peut usité. Cette hypothèse chronologique est confirmée par les titres d'un certain nombre de psaumes. — Elle semble en contradiction avec contenu du livre II, qui renferme beaucoup de Psaumes de David, dans lesquels on lit Jéhovah au lieu d'Élohim. Pour se rendre compte de ce fait, on peut admettre que David lui-même rassembla les Psaumes du premier livre dans un but liturgique; il en exclut les psaumes l-lxiii, parce qu'il les jugea trop personnels : comme ils renferment des allusions directes à sa vie privée, il les crut sans doute impropres au chant public. 11 ne mit dans la première collection que ceux qui avaient un caractère général ou qu'il put aisément généraliser, et il y substitua le nom plus théocratique de Jéhovah à celui d'Élohim; plus tard on recueillit dans les livres suivants les psaumes davidiques que le prophète royal n'avait point rassemblés lui-même.

* 652. — De rauthenticité des titres des Psaumes.

4** Tous les Psaumes, à l'exception de 34 en hébreu (20 dans la Vulgate) (i), ont un titre qui nous fait connaître soit leur

(I) Le Talmud appelle orphelins les Psaumes qui n'ont pas de titre, Babyl., AbodaZaray2kb. Ce sont les Ps. i; ii; x hébreu; xxxni (hébreu, Vulgate XXXII, il a dans la Vulgate le titre de Psaume de David); XLiii (hébreu, Vulgate xLii, avec le titre Psaume de David) \ lxxi (hébreu, Vulgate Lxx, avec le titre Psaume de David, des fils de Jonadab et des premiers captifs); xci (hébreu, Vulgate xc, avec le titre Laus, Cantici David); xciii-xcvii (hébreu, Vulgate xcii-xcvi; elle les attribue tous à David); xcix (hébreu, Vulgate xcviii, avec le titre Psaume de David); civ-cvii (hébreu, Vulgate ciii-cvi; le psaume cm porte en tête : Ipsi David); cxi-cxix (hébreu, Vulgate cx-cxviii; elle paraît attribuer le Ps. CXI à Aggée et à Zacharie) ; cxxxv-cxxxvii (hébreu, Vulgate cxxxiv-cxxxvi; elle donne pour titre au Ps. cxxxvi : Psalmus David, Jeremiœ) ; cxlvi-cl (hébreu, Vulgate cxlv-cl : le Ps. cxlv a pour titre : Alléluia^ Aggsei et Zacharise). - Quelques auteurs regardent le mot alléluia placé en tête d'un certain nombre de Psaumes , comme un titre; mais c'est sans motif.

auteur, soit leur nature et la manière dont ils devaient être chantés, soit la circonstance historique dans laquelle ils ont été composés (1), soit toutes ces choses à la fois. Ce titre n'est pas toujours absolument semblable dans le texte hébreu et dans les Septante ou la Vulgale.

2*» Vautorité des inscriptions placées en tête des Psaumes n*est pas acceptée par tous les critiques. On allègue contre leur authenticité : 1** leur ressemblance avec les suscriptions finales ou indication de la date des Épîtres du Nouveau Testament grec, qui ne méritent point confiance. — Il est aisé de répondrp que le caractère suspect de ces additions, qui ne se lisent que dans le texte grec des Épîtres et non dans la Vulgate, ne prouve rien contre les titres des Psaumes, qui sont d'une autre époque. — 2*' On prétend que les titres ajoutés à quelques Psaumes par les Septante sont arbitraires, et l'on en conclut que tous ou la plupart doivent être rejetés. — Il n'est nullement prouvé que les traducteurs grecs n'ont eu aucune raison de faire ce qu'ils ont fait. De plus, le fait serait-il prouvé, il ne démontrerait rien contre les titres hébreux. — 3° On s'appuie surtout sur le sentiment des critiques d'après lesquels, dans les livres III, IV et V, plusieurs psaumes attribués à David, Asaph, etc., ne sont point de ces auteurs. — La question est de savoir si ces critiques ont raison. Or, ils n'établissent nullement, à part quelques exceptions, que les titres qu'ils attaquent sont faux; seulement, quelquefois ils les expliquent mal, afin de les rejeter.

3** Les raisons en faveur de l'authenticité des titres sont les suivantes: 1° Ils forment une partie intégrante de la collection et, jusqu'aux temps modernes, ils ont été, dans leur ensemble, admis sans contestation (2). Théodore de Mopsueste est, dans l'antiquité, le seul qui ait soulevé des doutes à ce sujet. — 2° Ils sont analogues à ce que nous voyons dans d'autres parties de l'Ancien Testament et quel-

(1) Ps. VII ; XVII ; XXIX, xxxv; l; Li; Lv; lvi; lviii; lix; lxi; cxli

(2) Vogel est le premier qui ait attaqué les titres deà Psaumes daoj sa dissertation publiée à Halle, en 1767, Inscrwtiojies Psalmorw,i seviui demum additas videri^

244 CHAP. m. — LES PSAUMES. [653]

quefois même confirmés par d'autres livres; Is., xxxviii, 9; Habacuc, m, 19; Il Reg., i, 18; xxiii, 1, etc. — 3» Leur diversité, l'absence d'esprit de système, leur forme souvent obscure et énigmatique sont des garanties d'une haute antitiquité. Ils étaient déjà en partie inintelligibles pour les auteurs de la version des Septante ; ils étaient donc plus anciens qu'eux. — 4° L'absence de titres dans plusieurs psaumes est au moins une présomption en faveur de la valeur des titres qu'on lit en tête des autres, car il faut qu'on ait eu des motifs sérieux d'en donner aux uns, sans en donner à tous (1), — Reconnaissons d'ailleurs que les titres de quelques psaumes paraissent inexacts et sont communément rejetés (2). Le désaccord qui existe sur ce point entre la Bible hébraïque, les Septante et les autres versions anciennes prouve qu'ils n'étaient pas fixés comme le texte lui-même, mais livrés en partie aux conjectures.

Quelques Pères ont attribué tous les Psaumes à David, mais le style, le contenu et les titres mêmes de ces chants sacrés nous apprennent qu'ils sont d'auteurs et d'époques diverses, comme le reconnaît expressément le Talmud (3).

(1) Voir no 666 l'explication des titres.

(2) Voir Bellenger, Liber Psalmorum, Prolegomena, c. v, De Psalmorum Titulis, éd. de 1853, p. xxiv-xxxvii.

(3) Baba Bathra, 14 b. « Sciamus errare, dit S. Jérôme, eos qui cmnés Psalmos David arbitrantur, et non eorum quorum nominibus inscripti sunt. » Epist. cxL, 4, t. xxii, col. 1169. — Le texte hébreu donne le nom des auteurs de 101 psaumes, la Vulgate de 115. Les inscriptions en attribuent 73 (ou 88), à David, 12 à Asaph, 11 aux fils de Coré, 2 à Salomon, Lxxi, cxxvi ; un à Moïse, Lxxxix^ un à Héman et un à Éthan, l'origine des autres n'est point indiquée. — Le texte hébreu en attribue 73 à David, les Septante et la Vulgate lui attribuent de plus les 15 psaumes : x selon l'hébreu; xxxii;xLii; lxvi; lxx; xg; xcii-xcviii; cxiii; cxxxvi. Sur ce nombre, deux seulement, xlii et csxxvi, peuvent être refusés à David. — C'est parce que David est le principal auteur des Psaumes que la collection entière porte son nom. Le premier livre, i-XL, est exclusivement davidique, et c'est probablement le saint roi lui-même qui l'a formé. Le second livre est en partie davidique, en partie lévitique. On a aussi inséré, comme on vient de le voir, des psaumes de sa composition dans les livres suivants. Le concile de Trente.

d*» David est le principal et le plus grand poète lyrique d'Israël. Ses chants se distinguent par la douceur, la tendresse, la grâce et la profondeur du sentiment. Sa note est ordinairement plaintive : plusieurs de ses chants commencent par une sombre peinture de sa désolation et de ses souffrances, mais ils se terminent par d'admirables élans de confiance en Dieu. Son amour pour Dieu et pour le tabernacle où il réside éclate en transports qui s'élèvent parfois jusqu'au sublime, comme dans le Ps. xvii (1). Il a composé la moitié des Psaumes que nous possédons et il mérite bien le nom de Psalmiste qui lui est donné par excellence, egregiuspsaltes Israël (2) .

2° Les titres des psaumes en attribuent douze à Asaph, XLix; Lxxii-Lxxxii. Quelques-uns d'entre eux sont d'excellents

dans le canoD des Écritures, n» 3o, nomme le Psautier, Psalterium Davidicum, mais sans prétendre que tous les Psaumes soient de David. « lu excipieudis divinis libris,... optabant aliqui ne Psalmi generalim Psalmi Davidis appeilarentur, cum ex multorum sententia, ille non omnium auctor fuerit. Episcopus Feltriensis, qui Decretum per ea verlm conceperat, respondebat : lila ex Florentino concilio a se excepta; addebatque Bituntinus : Totius appellationem desiimi a majoris partis raiione. » Pallavicini, Historia concilii Tridentini, 1. IV, c. xiv, n» 5, 1755, t. I, p. 238. Cf. Acta concilii Tridentini, t. i, p. 72.

(1) « (David) a épuisé toutes les joies et toutes les douleurs, et il y a dans ses psaumes des angoisses pour lesquelles les langues modernes n'ont point d'expression. Les psaumes xxii; xxxviii; xxxix (selon l'hébreu) et plusieurs autres sont de ce genre... Ces mêmes larmes cependant ne tardent pas à devenir une coufiance courageuse, une résignatioQ filiale... Dans les Psaumes, Dieu n'est jamais une abstraction scientifique, mais un être présent partout, qui pénètre le chantre, qui connaît ses mérites et ses défauts, et voilà pourquoi ce chantre se réjouit ou se désole. Sa poésie est le miroir fidèle de sa vie, de ses sensations et de son époque... Dans tous [les Psaumes] des circonstances simples et insignifiantes servent de point de départ pour arriver aux plus hautes conséquences... Je ne connais aucun autre peuple qui ait su mêler des idées aussi douces à des chants de guerre et de bataille. C'est sans contredit à la constitution de Moïse que ces chants guerriers doivent leur cachet humain. » Herder, Hist. de la poésie des Hébreux, trad. Carlowitz. p. 492, 524. — « Les Psaumes de David passent chez tous les peuples pour l'ouvrage le plus parfait que la poésie lyrique ait produit, » dit Nodier. Voir tout le passage et les citations de Le Balteux, Dargaud, Lamartine, Plantier, etc., dans les Trésors de l'élO' quence, Lille, Lefort, 3e édit., 1846, t. i, p. 33-37; Lamartine, Recueil' lements, XXII, Le tombeau de David.

(2) Cf. l'éloge que fait de David l'Ecclésiastique, XLVii, 8-10.

2i6 cn\r. m. — lES psaumes. [654]

poèmes didactiques. Asaph était un des principaux musiciens de David (I). Tous les Psaumes qui portent son nom ne sont pas de lui, mais de l'un de ses descendants ou bien d'un autre Psalmiste qui s'appelait comme lui.

3" Onze des plus beaux psaumes (2) sont attribués aux enfants de Goré. L'auteur n'est pas désigné individuellement, excepté dans le Ps. lxxxvii, œuvre d'Héman TEzrahite.

4° Le Ps. Lxxxviii a pour auteur Éthan l'Ezrahite, un des chantres de David, comme Héman, I Par., vi, 44; xv, 19.

5° Divers autres auteurs ont également composé des Psaumes (3). Cf. n° 654.

• 654. — Date de la composition des Psaumes et de leur réunion en collection.

1° Le plus ancien des Psaumes, leixxxix", est de Moïse; les plus récents sont du temps d'Esdras. La plupart, ayant David pour auteur, n° 653, 1°, datent du xi° siècle avant notre ère. Quelques-uns de ceux qui portent le nom d'AsapIi et des enfants de Goré, à plus forte raison les anonymes, sont d'époque incertaine. Les Ps. i, ii, x, selon Thébreu, quoique n'ayant pas de titre, sont de David. Les Ps. lxxiv et lxxv sont du temps de l'invasion de Sennachérib; xci-xcix, de l'intervalle qui s'écoula entre Salomon et la captivité; ils ont la plupart un caractère historique très marqué ; cvi a été composé après le retour de la captivité; cx-cxv, vers la même époque, cxvi et cxvii, pour la fête de la dédicace du second Temple. La plus grande partie des psaumes graduels, cxix-Gxxxiu, sont postérieurs à la captivité. Les Ps. GXLVi-CL ont été probablement composés pour la fête île la restauration des murs de Jérusalem, du temps de Néhémie. Rien ne prouve qu'aucun de nos Psaumes ait été

{{) SurAsapb,voir I Par., vi, 31, 39; xv, 17, 19;xvi, 5,37; Il Par., XXIX, 30; II Esd., xii, 46. Sur ses descendants, voir II Par., xx, 14.

(2) Ps. xLi avec xlii-xlviii; lxxxiii, lxxxiv, lxxxvi, lxxxvii.

(3) I Par., VI, 33; xv, 19; xxv, 1, 6. — Quarante-neuf psaumes sont anonymes dans l'hébreu, i; ii; x; xxxiii; xliii ; lxvi; lxvii; lxxi; xci-c; cii; civ-cvii; cxi-cxxi; cxxiii; cxxvi; cxxiii-cxxx; cxxxii; cxxxiv-cxxxYii ; cxlvi-cl. Sur leur date, voir n» 654.

composé après celte date et qu'il en existe du temps des Machabées (1).

2° Le premier des cinq livres des Psaumes, qui est exclusivement davidique, a été probablement formé par le saint roi lui-même. Le second , en partie davidique, en partie lévitique, a été compilé, d'après plusieurs critiques, du temps d'Ézéchias. Nous ne pouvons dire à quelle époque ont été faites les collections des chants renfermés dans les livres III et IV, mais c'est certainement avant Esdras. C'est Esdras lui-même qui a vraisemblablement recueilli les Psaumes réunis dans le livre V (2).

635. — Sujet ordinaire des Psaumes : Dieu et l'homme en face de Dieu.

i° Dieu et l'homme, voilà le sujet des Psaumes : Dieu dans sa grandeur, sa bonté, sa miséricorde, ses bienfaits, sa justice; l'homme dans sa faiblesse, sa petitesse, sa misère, ses infidélités et le besoin qu'il a du secours de son Créateur.

2° Le premier mouvementdu Psalmiste le portetoujours vers Dieu. Voce mea ad Dominum clamavi, voce mea ad Dewn, Ps. Lxxvi, i. Non seulement Dieu occupe la plus large place dans ces chants; mais sur cent cinquante qui composent la collection, il n'y en a que dix-sept où il ne soit pas nommé dès le premier verset (3). L'union habituelle et la plus intime

(1) Ou a prétendu reconnaître, dans les derniers livres des psaumes, des chants de l'époque des Macbabées ; mais on ne peut donner de cette assertion aucune preuve sérieuse. L'auteur des Paralipomène?, I Par., XVI, 18-36; II Par., vi, 41, et Ps. cxxxi, 8-10, connaissait déjà les quatre premiers livres des Psaumes, et probablement aussi le cinquième. Ehrt, Abfassungszeitund Abschluss des Psalters, Leipzig., 1869; Himpel, Ueber angebhche makkabaische Psalmen, Theologische Quartal- Schrift, de Tubingue, 1870, p. 403-473. Rudiuger, au xvi^ siècle, Libri Psalmorum parophrasis laiina, Goerlitz, 1580, fut le premier qui plaça quelques psaumes au temps des Macbabées. Avant lui, Calvin avait supposé que les Ps. xliv, lxxiv et Lxxix étaient peut-être du temps des Macbabées. Himpel, loc. cit., p. 404.

(2) Cf. no 653, note 3. On peut voir dans M. Mabire, Les Psaumes iradints sur le texte hébreu, p. 331-333, une Tabie des Psaumes selon l'ordre du temps où ils ont été composés et des faits qui en ont été Voccasion.

(3) Ps. i; II ; XXXI ; xxxvi; xxxviii; xliv; xlviii; li ; lyii; lxxvii; LxxxYi; cxiii; cxv; cxx; cxxviii; cxxxii et cxxxvi.

248 CHAP. ni. — LES PSAUMES. [655]

avec Dieu, tel est le caractère le plus saillant des Psaumes. 3° Après Dieu , c'est de l'homme surtout qu'il est question dans la poésie lyrique des Hébreux, non pas de Tindividu en particulier, mais de l'homme en général. David ne parle pas seulement en son nom; il parle au nom de l'iiumanité entière, et lorsque l'univers chrétien chante les vers du poète hébreu , comme exprimant ses propres sentiments et ses propres pensées, il ne fait que s'approprier ce qui a été fait pour lui. Quoique l'auteur ait souvent composé ses cantiques à l'occasion d'événements particuliers, il n'en a pas moins franchi les bornes étroites de l'horizon de la Palestine : jusque dans les psaumes les plus personnels, il a parlé au nom de tous. Quand il célèbre sa victoire sur Goliath , Ps. cxLiii, il ne dit point à Dieu :

Que suis-je, ô Jéhovah, pour que tu penses à moi? Mais, s'élevant bien au-dessus de sa personnalité, il s'écrie :

0 Jéhovah 1 qu'est-ce que l'homme pour que tu pensBs à hii, Le fils de l'homme, pour que tu t'occupes de lui? L'homme, qui est semblable à un souffle, Dont les jours sont comme l'ombre qui passe. fjr. 3-4.

4° Cette largeur de conception et de vues est d'autant plus frappante, que la langue dont il se sert est plus rebelle aux généralisations. Les idées générales et abstraites semblent ne pas exister pour la langue hébraïque, mais le génie du Psalmiste sait lui donner ce qui lui manque; il oppose sans cesse dans ses chants la petitesse et la misère de l'homme à la grandeur et à la perfection de Dieu :

Quand je regarde ton ciel, l'œuvre de tes doigts,

La lune et les étoiles que tu as faites.

Qu'est-ce que l'homme pour que tu te souviennes de lui.

Le fils de l'homme, pour que tu prennes soin de lui?

Ces admirables vers, que nous lisons dans le Psaume viii, l'un des poèmes les plus achevés et les plus parfaits qui existent dans aucune littérature ancienne ou moderne, nous les retrouvons sous une autre forme dans plusieurs autres passages de nos chants sacrés, où la créature est mise

[G5o] ART. I. — LNTRODCCTION AU LIVRE DES PSAUMES. 210

également conlraste avec son Créateur, Ps. ix, 20; en x,48.

5° Mais le Psalmiste ne se contente pas de parler ainsi de l'homme en général, il étend plus loin ses généralisations. Quand il demande à Dieu de juger et de punir ses ennemis, sa pensée, d'un vol hardi, enveloppe dans sa prière tous les peuples qui font la guerre à Jéhovah. Il veut se venger des Philistins, et il réclame d'Élohim l'abaissement, non pas seulement des habitants de Geth, mais de tous les Gentils (i) :

Échapperont-ils [au châtiment] de leurs crimes?

Dans ta colère, terrasse les Gentils, ô Élohim. Ps. LV, 8.

Dans les chants de David, le juste et le pécheur, le bon et le méchant, le grand et le petit, le riche et le pauvre deviennent ainsi des caractères généraux, et c'est de la sorte qu'il développe et agrandit le champ de la poésie gnomique, qui devait prendre un si grand élan sous son fils Salomon.

6° Un autre caractère des Psaumes, très important à noter, c'est que l'homme qui est placé en face de Dieu dans ces chants sacrés est très souvent le Dieu-Homme, le Messie, représentant de l'humanité auprès de son Père; leur auteur parle presque toujours au nom de Jésus-Christ , ou au moins en termes qu'on peut lui appliquer. Wiener, résumant la pensée de tous les Pères, dit très bien à ce sujet : « Davidem ila animo futura intuitum esse, ut ipsi tanquam suis verbis licuerit ipsius Christi verba, sensum cogitalionesque eloqui, ut Christi nomine locutus esse dicipossit, ut non caeLerorum instar de Christo sed Christi verba fecisse videatur, ut non indicaverit, sed gesserit personam, ut conditionem filii Dei non enarraverit, sed suo animo impressam et inhéerentem vividissimis coloribus depinxerit... Abraham, quin tamen Deum vere viderit, gaudet cominercio, Moses propius accedit ad conspectum, David admitlitur in communionem affectuum(i). » Dieu, en faisant du Psalmiste l'interprète des

(1) Voir aussi Ps. vu, 9; Lviii, 6 et 12.

(2) Wiener, De propheiica Psalmorum indole, 1840. — « Tribus modis Psalmi loquuutur de personaDominiJesu Christi proiustructione fide-

250 CHAP. in. — • LES PSA.UMES. [656]

sentiments de l'iiumanité, l'a fait par là-même Finterprète des sentiments de son Fils, qui est le second Adam, l'homme par excellence; c'est ainsi que le cri de David s'est trouvé tout à la fois le cri par excellence du Messie et de la nature humaine.

* 656. — ClassiScation des Psaumes.

Il est impossible de classer rigoureusement les Psaumes dans un ordre logique. Les diverses collections faites, comme nous l'avons vu, à des époques diverses, les ont rangés simplement les uns à la suite des autres; la multiplicité des sujets traités souvent dans le même chant ne permet pas de les disposer exactement par matières. La table que nous allons donner tient compte seulement de l'idée principale de chaque psaume (1).

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