De la véracité des deux derniers livres des Rois
L'exactitude des livres des Rois par rapport aux événements politiques est universellement reconnue, et la découverte des inscriptions assyriennes, dans ces dernières années, l'a confirmée d'une manière éclatante. La seule partie de cette histoire sacrée qui soit attaquée par les ennemis de la foi est celle qui raconte la mission des prophètes, leurs prédictions et leurs miracles ; ils les traitent de mythes ou de légendes, mais sans autres motifs que la négation du surnaturel, oubliant ou ne voulant pas admettre que Dieu peut révéler à l'homme un avenir qui pour lui est sans voiles, et commander à la nature dont il est l'auteur (1).
476. — Des prétendues contradiction» des deux derniers livres des Rois.
On a essayé de contester leur véracité en y signalant des
I Par., XVIII, 15; II Par., xxxiv, 8 ; Is., xxxvi, 3, 22. Ces annales étaient aussi rédigées par les prophètes, I Par., xxix, 29 ; II Par., ix, 29 ; xxix, 23. (1) Le texte reçu des Septante offre des variantes qui le distinguent du texte hébreu et de notre Vulgate, laquelle reproduit fidèlement ce dernier. Elles consistent en transpositions, en omissions et en additions. 1° Les principales transpositions sont les suivantes ; IIJ Reg., ii, 36-46, est placé après III, 1; — III Reg., iv, 20-25, 2-6. 26, 21, sont reliés ensemble et précèdent III Reg., m, 2-28, mais ces passages sont répétés pour la plupart à la place qu'ils occupent dans l'original; — IH Reg , III, 1 : ix, 16, 17, sont unis ensemble et placés entre iv, 34, et V, 1; — 111 Reg., vu, 1-12, est placé après vu, 51 ; — III Reg., vin, 12-13, est placé après 53; — ix, 15, 22, après x, 22; — xr, 43 et xii, 1, 2, 3, est dispersé, xi, 43, 44; xii, 1-3; — xiv, 1-21, est au milieu de la longue addition faite au ch. xii; — xxil, 42-50 est placé après xvi, 28; — XX et xxi sont transposés; — IV Reg., m, 1-3, est après IV Reg.. i^ 18. — 2° Les omissions sont peut nombreuses : III Reg., vi, H-14 est entièrement omis, 37-3S à peine indiqué au commencement du ch. m ; — III Reg., xv, 6, manque, ainsi que les dates du règne d'Asa, XVI, 8 et 15, et çà et là quelques mots sans importance.— 3* Voici les principales additions : la fontaine de Salomon, dans le temple, III Reg., après II, 35, ou m, 1; — la chaussée ou ôuvaaTeufjLaTa du Liban, m, 46; — l'allusion au soleil dans la prière de Salomon à la dédicace du^ temple, viii, 12-13, Septante après 53 ; — un long passage sur Jéroboam intercalé xii, entre 24 et 25; — xv, 8; — xvi, 22; — xi, 29; — xvii, 1, etc.
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contradictions apparentes. — 1° Le ch. xi, 28, de III Reg., dit-on, est en opposition avec III Reg., ix, 22, parce que le premier passage suppose que les Israélites étaient assujettis aux corvées, tandis que le second dit formellement qu'ils en étaient exempts. — III Reg., ix, 22, dit que Salomon n'imposa à aucun Israélite les travaux des esclaves, mais non qu'il ne leur imposa aucune corvée ou charge publique;
III Reg., XI, 28, parle seulement des charges publiques. — 2° Une localité différente est indiquée pour l'expiation du meurtre de Naboth, III Reg., xxi, 19 et xxii, 37-38. Dans le premier passage, Élie dit à Achab : In loco hoc [à Jezraël], in quo linxerunt canes sanguïnem Naàoth^ lambent quoque sanguinem tuum. Dans le second, xxii, 37-38, l'historien raconte au contraire : Mortuus est autem rex (Achab) et perlatus est in Samarianiy sepelieruntque regem in Samaria et laverunt currum ejus in piscina Samariœ^ et linxerunt canes sanguinem ejus...yjuxtaverbum Domini quod locutus fuerat. Déplus,
IV Reg., IX, 25-26, nous lisons : Toile, projice eum [Joram] in agro Naboth, juxta verbum Domim. — Jéhu, qui prononce ces dernières paroles, rapporte la prophétie d'Élie sur la ruine de la maison d'Achab seulement quant au sens ; les menaces de Dieu avaient été tempérées par suite de la pénitence d'Achab, III Reg., XXI, 27-29; le Seigneur avait annoncé qu'il n'exécuterait toutes ses vengeances que contre le fils du coupable, Joram, ib., 29, et la prophétie ainsi restreinte fut exactement accomphe sur la personne de Joram, fils d'Achab, IV Reg., IX, 24.-26.
477. — Difficultés chronologiques des deux derniers livres des Rois.
Nous avons observé, n° 472, 3°, que l'auteur marque avec soin les données chronologiques ; cependant la conciliation des différentes dates qu'il fournit est extrêmement malaisée, et elle suscite même des difficultés qui n'ont pas été jusqu'ici ^définitivement résolues. Si l'on additionne le total des règnes des rois d'Israël d'une part, et des rois de Juda de l'autre, depuis la première année de Roboam , où commence le
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schisme des dix tribus, jusqu'à la sixième année d'Ézéchias, qui fut la dernière du royaume d'Israël, IV Reg., xviii, iO, on trouve pour les premiers 240 ans seulement et pour les seconds 261. Les deux listes sont ainsi en désaccord d'une vingtaine d'années. On a imaginé de nombreux systèmes pour les concilier ensemble, et on a généralement allongé celle des rois d'Israël en admettant, dans l'histoire desschismatiques, un ou deux interrègnes. La découverte d'un canon chronologique assyrien vient d'augmenter encore l'embarras des exéi^ètes, car pour le faire cadrer avec les chiffres des livres des Rois, il faudrait réduire ces derniers d'une quarantaine d'années. Ces divergences s'expKquent soit par des fautes de copistes dans la transcription des nombres, soit par des causes inconnues. Dans l'impossibilité où l'on est actuellement de résoudre le problème, voici le tableau de la chronologie le plus communément reçue (1) :
(1) s. Jérôme, répondant au prêtre Vitalîs, qui lui avait écrit au sujet de certaines difficultés de chiffres, lui disait : « In rébus obscuris, diversas ponimus opiniones... Relege omues et Veteris et Novi Testamenti libros, et tantam annorum reperies dissonantiam, et numerum inter Judam et Israël, id est inter regnum utrumque, confusum, ut bujuscemodi haerere quœstionibus, non tam studiosi quam otiosi hominis esse videatur. » Èp. lu, 5, t. xxii, col. 675-G76. Voici quelquesuns des systèmes imajïinés pour concilier les chiffres divergents de la chronologie des rois. En rectifiant le total par les synchronismes, oq a, pour les rois de Juda, 257 ans, et pour ceux d'Israël^ 238. Afin de combler la différence de 19 ans, on admet communément qu'il y a eu deux interrègnes ou périodes d'anarchie dans le royaume d'Israël : un premier interrègne de 11 ans entre Jéroboam II, la 27® année d'Ozias, et l'avènement de Zacharie, la 38» année d'Ozias, et un second interrègne de 8 ou 9 ans, entre la mort de Phacée, la 4^ année d'Achaz, et l'avènemeot d'Osée, la I2e année d'Achaz. Des critiques récents ont imaginé d'autres explications : Ewald admet une divergence de 21 ans et donne 53 ans à Jéroboam II, 29 à Phacée, au lieu de 41 et de 20; Thenius suppose, pour ces deux règnes, uue durée de 51 et de 30 ans (M3 pour ND et 7 pour D); J. von Gumpach, réduisant le total à 241 ans, attribue 29 ans à Phacée et conserve les 41 de Jéroboam II; Bunsen donne 61 ans à ce dernier sans rien changer à Phacée; Movera réduit à 233 ans la durée du royaume d'Israël et fait régner Joram avec Josaphat pendaut 4 ans, Ozias avec Amasias, 12 ans, Joatham avec Ozias, H ans, etc.
cnAP. iir.