TROISIEME PARTIE
De la Chronologie ou de V Histoire des Temps.
ARTICLE PREMIER
De la Chronologie en général.
L e but de cette science est de fixer la place que les événemens occupent dans le temps , comme la géographie marque sur notre globe les lieux où ils sont arrivés ; c’est à-peu-près la définition qu’en donne Newton : in tempore quoad ordinem successionis , in spatio quoad ordinem sitûs locantur universa.
Non-seulement la chronologie fixe le temps des événemens les plus mémorables , elle nous apprend aussi ceux qui, chez différens peuples , ont fourni des époques d’où ils ont commencé à compter les années.
Ainsi l’établissement des jeux olympiques sous Yphitus, étant devenu une époque célèbre pour les Grecs , et ces jeux se renouvelant tous les cinq ans, ils comptèrent depuis par olympiades.
De même la fondation de Rome devint chez les Romains une époque d’après laquelle ils comptèrent les années.
Les savans ont fait de vains efforts pour perfectionner la chronologie. Malgré les systèmes auxquels
ils ont eu recours pour cela, ils diffèrent encore sur les points les plus essentiels de l’histoire sacrée et profane , tels que les années écoulées depuis la création du monde, le séjour des Israélites en Égypte, la chronologie des Juges, celle des rois de Juda , d’Israël , le commencement de la captivité , celui des septante semaines de Daniel, la naissance, la mission et la mort du Messie , l’origine de l’empire des Chinois, les dynasties d’Égypte, l’époque du règne de Sésostris, le commencement et la fin de l’empire d’Assyrie , la chronologie des rois de Babylone , des princes mèdes , des successeurs d’Alexandre, etc.
Ceux qui reprochent aux chronologistes les variétés de leurs résultats , ne paraissent pas avoir senti l’impossibilité morale de la précision qu’ils exigent. S'ils avaient considéré la multitude prodigieuse de faits à combiner ; la différence de génie des peuples chez lesquels iis se sont passés; le peu d’exactitude des dates, inévitable dans les siècles où les événemens ne se transmettaient que par tradition; la manie de l’ancienneté, dont presque toutes les nations ont été infectées ; les mensonges des historiens , leurs erreurs involontaires ; la ressemblance des noms , qui a souvent diminué le nombre des personnages ; leur différence, qui les a multipliés plus souvent encore; les fables présentées comme des vérités; les vérités métamorphosées en fables ; la diversité des langues ; celle des mesures du temps , et une infinité d’autres circonstances qui concourent toutes à former des ténèbres : s’ils avaient, dis-je, considéré toutes ces choses, ils seraient surpris, non qu’il se soit trouvé des différences entre les systèmes chronologiques, mais qu’on ait pu jamais en inventer aucun.
Quel parti prendrons-nous sur l’ordre des événemens ? Regarderons-nous , avec quelques Anciens , le inonde comme éternel , et dirons-nous que la succession des êtres n’a point eu de commencement et ne doit point avoir de fin ? ou convenant, soit de la création , soit de la formation de la matière dans le temps , penserons-nous , avec quelques auteurs , que ces actes du Tout-Puissant sont d’une date si reculée, qu’il n’y a aucun fil, soit historique, soit traditionnel , qui puisse nous y conduire ? ou reconnaissant l’absurdité de ces systèmes, et nous attachant aux fastes de quelques peuples, préférerons-nous ceux des habitans de la Bétique, en Espagne , qui produisaient des annales de six mille ans ? ou compterons -nous, avec les Indiens, six mille quatre cent soixante-un ans depuis Bacchus jusqu’à Alexandre ? ou , plus jaloux encore d’ancienneté , suivrons - nous cette histoire chronologique de douze à quinze mille ans dont se vantaient les Égyptiens; et donnant, avec les mêmes peuples, dix-huit mille ans de plus à la durée des règnes des Dieux et des héros , vieillirons- nous le monde de trente mille ans ?
Assurerons-nous , avec les Chaldéens , qu’il y avait plus de quatre cent mille ans qu’ils observaient les astres, lorsque Alexandre passa en Asie? ou dironsnous, avec M. Gibert, qu’il n’y avait que 400,000 jours ? enfin choisirons-nous le texte hébreu, qui compte environ quatre mille ans depuis Adam jusqu’au Messie; ou le samaritain, qui donne plus d’étendue à cet intervalle ; ou les septante, qui font remonter la création jusqu’à six mille ans avant J. C. ?
Tous les systèmes sont plus ou moins soutenables, tous également soutenus et réciproquement com-
battus. Il n’est pas jusqu’à l’immortel Newton qui n’ait trouvé des contradicteurs , même dans sa patrie et parmi ses disciples. Si l’on prend les voix en faveur de l’un ou de l’autre texte, de l’hébreu ou des septante, ce dernier moyen, quelque simple et facile qu’il paraisse, n’est pas encore sans difficulté.
Les écrivains sacrés ne prétendirent jamais faire de nous ni des chronologistes , ni des géomètres, ni des astronomes; hors de leur mission ils ont pensé, ils ont parlé , comme on pensait et comme on parlait de leur temps, et dans leur pays. Ils étaient inspirés pour quelque chose de plus grand et plus intime au bonheur de l’homme. C’est ainsi que le commandement de Josué au soleil n’en est pas un pour nous de croire à l’immobilité de la terre; que le rapport du diamètre de la fontaine d’airain à sa circonférence ne nous interdit point la recherche d’une meilleure quadrature du cercle ; et que le texte hébreu, non plus que celui des septante, ni le samaritain , ne nous défendent pas d’exercer nos calculs et nos conjectures sur l’antiquité des temps.
S’il est prouvé que le monde est plus ancien de quelques milliers d’années que ne le font le texte hébreu et la vulgate , c’est nuire , et à l’Écrifure , et à toutes les vérités sur lesquelles cette question influe, que de s’obstiner à soutenir ces textes à cet égard.
La cour de Rome s’est bien moins déclarée contre l’antiquité du monde, que contre le mouvement de la terre ; cependant à la fin elle a été contrainte de nous laisser tourner avec cette planète , vu les absurdités énormes que l’astronomie physique fait voir dans le système de son immobilité.
Ce n’est pas dans un ouvrage comme celui-ci qu’on
peut démontrer ces propositions purement humaines et concilier au moins quatre-vingts systèmes chronologiques. Il suffit d’en choisir un, et de l’indiquer quand on écrit l’histoire ancienne , afin de ne causer
aucun embarras aux lecteurs.
ARTICLE II. • '•
De la Chronologie de Newton.
Les tables chronologique* les plus suivies, qui placent l’expédition des Argonautes 1470 ans avant J. C. , et le siège de Troie l’an 1400, feraient le inonde trop vieux de cinq cents ans, et le voyage des Argonautes n’aurait été entrepris que neuf cents ans avant J. C. Newton appuie ce nouveau système sur deux espèces de preuves.
Les Grecs comptaient, dit-il , cent vingt ans pour trois générations ; mais, les rois ne régnant pas aussi long-temps que les hommes vivent , il évalue chaque génération de roi à vingt ans.- D’après cette seule remarque, il fait voir qtie l’on a commis beaucoup d’erreurs dans les calculs chronologiques.
Fréret;,) au contraire, en parcourant l’histoire des temps connus , trouve que chaque génération de roi doit être évaluée entre trente et quarante ans.
Les autres preuves de Newton appartiennent à l’astronomie. On sait que les étoiles fixes, et par conséquent les points équinoxiaux , se meuvent avec la vitesse d’un degré en soixante-douze ans. Si donc l’on connaît la position de ces points, lors du départ des Argonautes pour la Colchide , en la comparant à celle où ils sont aujourd’hui, on saura le temps écoulé depuis ce voyage célèbre. Or, avant de partir, Chirou-le-Centaure, qui fut de cette cx-
pédition , forma les signes du zodiaque et les autres constellations ; détermina les quatre points cardinaux du ciel, et fixa le colure de l’équinoxe du printemps au quinzième degré du Bélier. Cette observation regardée comme certaine , le temps de l’éxpédition est connu , de même que celui du siège de Troie; et comme le célèbre Méton fixa, un an avant la guerre du Péloponèse, le solstice d’été au huitième degré du Cancer , l’époque de cette guerre est aussi déterminée ; événemens d’où dépend toute la chronologie ancienne. Mais peut-on compter sur des observations faites dans des temps si reculés ?. et cette incertitude ne fait-elle point perdre à cet ingénieux système une grande partie de sa solidité?
ARTICLE III
De la Chronologie chinoise.
Les (Eliino|s ont un tribunal composé des plus habiles lettrési où se déposent les mémoires de tout çe qui arrive dans l’empire. Ce tribunal est joint à celui d’astronomie ; en sorte que les faits historiques elles observations célestes marchant ensemble, on peut toujours vérifier la date: de ces observations , et déterminer avec exactitude le temps des événemens contemporains.
S’il y a un peuple dont Ja chronologie et l’histoire méritent quelque croyance, c’est celui chez qui le soin de conserver les faits historiques a été une affaire d’État, soumise à un tribunal où tout est pesé, épuré avec l’équité et le respect qui sont dus à la postérité. C’est le seul exemple qu’il y ait sur la terre, d’une pareille institution.
Le règne de Fohi , premier empereur de la Chine ,
2g?>2 ans avant J. C. , est la date d'une tradition certaine et non interrompue. Il n’y a point d’histoire ancienne plus suivie, plus détaillée, et qui reunisse également les caractères de la vérité.
Mais l’astronomie, qui avait été en honneur à la Chine depuis Fohi jnsques vers la /,80 e année avant J. C. , c’est-à-dire pendant a 5 oo ans, fut tout- à-fait négligée et se perdit enfin. L’empire fut divisé. Il se forma une infinité de petits états , dont les princes occupés à se faire la guerre , à envahir mutuellement leurs possessions , s’inquiétaient peu de la culture des lettres et des sciences. Depuis Confucius , qui mourut l’an 479 1 et 9 U ‘ rapporte les dernières éclipses qu’il avait vues lui-méme , jusques vers l’an ao 4 avant J. C. , il y eut dans les observatiôns une interruption totale. Il n’y avait plus de calculs , ni d’astronomes pour veiller sur ce qui se passait dans le ciel. Le tribunal des mathématiques était détruit. L’empereur Tsin-Chi-Hoang , qui réunit tous ces petits états divisés , et reconstruisit le grand empire de la Chine, croyant que l’épée suffisait pour conserver ce qui était acquis par l’épée, fit brûler l’an 246 tous les livres historiques, astronomiques, et particulièrement les livres appelés Y- Ring. On ne conserya que ceux qui traitaient de l’agriculture, de la médecine et de l’astrologie ; trois sciences qu’il regardait apparemment comme également nécessaires aux hommes. Quelques particuliers conservèrent des exemplaires des livres historiques. C’est par cea exemplaires qu’on a retrouvé, en grande partie , l’histoire des Chinois et leur chronologie. Mais s’il y avait des méthodes et des observations astronomiques, elles étaient déposées dans les registres
do tribunal des mathématiques ; elles disparurent avec lui (i).
Les premières observations chinoises paraissent coïncider avec les premières observations chaldéennes. On en peut conclure que les Chinois ne seraient qu’une colonie des Égyptiens, sortis, ainsi que tous les autres peuples, des plaines de Sennaar; et l’on n’en pourrait guère avoir de plus fortes preuves que cette identité d’époque dans leurs observations astronomiques les plus anciennes.
Il est sans exemple qu’un peuple soit parvenu tout-à-coup au point où les Chinois en sont aujourd’hui, sans passer par les temps d’ignorance et de barbarie qui précèdent toujours celui de la politesse et du savoir , à moins que la communication d’un peuple plus éloigné et plus instruit ne s’en soit mêlée. Il me semble donc que l’arrivée de Sésostris à la Chine avec cent mille Égyptiens , et le séjour de cinq à six ans qu’ils peuvent y avoir fait, ne résoudraient pas mal la question.
Ce que Sésostris put faire à la Chine , suivant Diodore de Sicile , Danaüs, roi d’Argos, et Égyptien de naissance, le fit, peu d’années après, dans la Grèce, dans le Péloponèse, et Cécrops dans l’Altique , chez les Athéniens, dont il fonda ou embellit la ville, dès-lors nommée Cecropia , et en instruisit les habitans. Mais le nom de Cécropia disparut bientôt pour faire place à celui d’Athènes. Ainsi le parallèle se soutient encore en ce point, que les
(i) Les conqnérans ont des pieds de fer, ils brisent en marchant , et la poussière qui s’élève à leur passage couvre tout ce qu’ils laissent en arrière; tout finit et tout recommence avec eux.
( Si )
Grecs, qui , à la vérité, perfectionnèrent considérablement les arts et les sciences des Égyptiens , n’en firent guères plus d’honneur à l’Égypte que les Chinois.
Je ne déciderai pas lequel des deux peuples a porté chez l’autre ses lois , son écriture et ses usages; mais l’histoire sacrée et profane , notre mythologie, et les Chinois eux-mêmes sembleraient déposer en faveur des Égyptiens. L’Égypte est infiniment plus proche que la Chine du berceau de la race humaine, et de tout ce que nous en connaissons d’après Moïse (i).
(1) Profondément instruit des mystères des prêtres Égyptiens , Moïse snt en profiter pour surmonter la pnissance des Mages, et délivrer ses compagnons. Âaron, son frère, et les chefs des Hébreux devinrent dépositaires de sa doctrine...
Le juste par excellence parât ensnite sur la scène du inonde. Dirigeant les fruits de sa hante sagesse vers la civilisation universelle et le bonheur des peuples , il déchira le voile qui leur cachait la vérité. Il prêcha l’amour de Dieu , l'amour de ses semblables, et l’égalité devant le père commun de tous les hommes. Consacrant enfin , par le sacrifice de son sang , les dogmes célestes qu’il avait transmis , il fixa ponr jamais, snr la terre, avec son évangile, la Religion écrite dans le livre de l’Éternité.
Jésus conféra l’initiation évangélique au fils de Zébédée , le disciple bien aimé. Cet Apôtre de l’amonr fraternel et de la charité ne quitta jamais l’Orient : sa doctrine , toujours pure , ne fut altérée par le mélauge d’aucune doctrine étrangère.
Pierre et les autres Apôtres portèrent les dogmes de J. C. chez les peuples lointains ; mais forcés , ponr propager la foi, de se prêter aux mœurs et aux usages de ces peuples, des nuances différentes sc glissèrent dans les divers évangiles
Hommes faits pour la morale , les Chinois sont enfans pour les sciences. Ce peuple est parvenu à l’âge de la raison , sans avoir passé par celui du génie; on en peut conclure que la nature le lui a refusé, ou que ses institutions le Ini ont enlevé. Les forces du corps s’anéantissent dans l’inaction , par les recherches du luxe et de la délicatesse : il est de même une sorte de mollesse pour l’aine, ses facultés se perdent dans le repos. Dès qu’on ne
comme dans la doctrine des nombreuses sectes chrétiennes.
Jusque vers l’an ni8, les mystères et l’ordre hiérarchique de l’initiation d'Égypte, transmis aux Juifs par Moïse, puis ensuite aux chrétiens, forent religieusement conservés par les successeurs de Jean l’Apôtre. Ces mystères et initiations , régénérés par le baptême évangélique , étaient un dépôt sacré que la simplicité des moeurs primitives et incorruptibles des frères d’Orient avait préservé de toute altération.
Les Chrétiens persécutés rendirent nne justice éclatante aux vertus et à l'ardente charité des compagnons de Hugues de Païens , en confiant à des mains aussi pures le trésor des connaissances acquises pendant tant de siècles, sanctifiées par la croix, le dogme et la morale de l’homme-dieu.
Hugues fut revêtu du ponvoir patriarchal et placé dans l’ordre légitime des successenrs de Jean l'Apôtre on l’Évangéliste.
Telle fut l'origine d'un Ordre que la plus horrible persécution ne put ensevelir sous la cendre de ses bûchers , et qui , depnis l’arrêt de mort du plus illustre de ses martyrs ( à qui soit honneur et gloire ) , fidèle dépositaire de la doctrine des chrétiens primitifs , a traversé cinq nouveaux siècles sous le magistère de vingt-trois grands-maîtres et S. P. , soumis aux décrets de la Providence comme anx puissances établies par l’Étemel pour le gouvernement des nations.
veut admettre que les pensées des anciens, l’imagination n’a plus d’ailes, le génie plus de ressort, et à ces dons du ciel succède une langueur , une inertie qui s’oppose à toute création. Les Chinois n’ont qu’une instruction constante. La génération nouvelle n’en sait pas plus que la dernière , les connaissances ne s’accroissent pas entre leurs mains , et le temps s’écoule inutilement pour eux. On ne peut donc pas dire que tous les hommes se ressemblent; car le peuple qui vit dans cette indolence et dans cette inertie, ne ressemble point à ceux qui ont produit Descartes et Neuwton.
ARTICLE IV
Des Époques les plus célèbres , et de la manière d’en compter les années.
L’époque de la création du monde, d’après les calculs de la Genèse , paraît dire à l'an q'io de la période julienne, 3984 ans avant J. C. ( Doct . lem . , tom. a, pag. 282, éd. de 1705); ce qui fait 3 q 83 snivant la méthode des astronomes. Mais il y a des Grecs, comme St. -Clément d’Alexandrie , qui comptent 5624 ans.
L’ère des olympiades commence à l’année 3938 de la période julienne, 776 avant l’ère chrétienne; ce qui fait 775 suivant la forme des tables astronomiques. Le cycle solaire était 18, le cycle lunaire 5 et l’indiction 8. Les Athéniens comptaient ces années de la nouvelle lune la plus voisine du solstice d’été , c’est-à-dire d’un des jours des mois de juin ou de juillet ; il y a sur cet. article quelques différences d’opinions parmi les chronologistes , mais il n’y en a point sur l’année de cette date. ( Pet . , liv. ix , chap. 4 o.)
La fondation de Rome, selon Varron, Cicéron, Pline, Tacite, Plutarque, Censorinus, Baronius, Petau , Riccioli, se rapporte au ai avril 3961 de la période julienne , 753 ans avant J. C. ( 752 suiv. les astronomes. ) Censorius et la plupart des savans , les empereurs même dans les jeux séculaires, ont adopté cette manière de compter, qui forme les années varroniennes de la fondation de Rome , quoique cette ville ait été fondée deux ans plus tard , selon les fragmens des fastes du Capitole de Verrins Flaccus. Voyez Fastorum anni Romani reliquiœ , Fuggini, 1779. L’année 753 avant J. C. avait i3 de cycle solaire, 9 de cycle lunaire, et 1 d’indiction (Riccioli, Jstron. reform. , i665, p. 16 ;■ Chron. refor m. , 1669, p. 1 i5o).
L’ère de Nabonassar , célèbre par les calculs d’Hipparque et de Ptolémée , est celle de la fondation du royaume de Babylone , ou de la quatrième et dernière monarchie de l’empire des Assyriens, Nabonassar s’étant emparé pour lors de la ville de Babylone. Cette ère commence à l’an 3967 de la période julienne, 747 avant J. C. (746 suivant les astronomes ). Le commencement du mois thoth tombe au 26 février à midi , au méridien d’Alexandrie, ou une heure cinquante minutes vingt-deux secondes avant midi, au méridien de Paris. Cette année- là le cycle solaire était 19,1e cycle lunaire i5, le cycle d’indiction 7. De cette époque se comptent les années égyptiennes de 365 jours (i);et après
(1) Il y avait autour du tombeau d’ Osymandias , roi de Tlrèbes ou d’Hélinpolis , qui vivait plus de 1600 ans avant J. C. , un cercle d'or de 365 coudées ( chacune de 20 pouc. t) J on voyait un jour de l’année à chaque coudée , avec le lever
i^6o années complètes , la 1461* se retrouve commencer au 26 février.
La mort d'Alexandre arriva le 19 juillet l’an 4390 de la période julienne , 324 ans avant J. C. ( ou 3 a 3 suiv. les astron. ), et la septième anne'e de la période calippique. Ptolémée dit qu’il y a 424 ans de la première année de Nabonassar jusqu’à la mort d’Alexandre, et 294 jusqu’à la première année du règne d’Auguste.
L’ère des Séleucides tombe à l’an 4402 de la période julienne, 3i2 ans avant J. C. , ( 3 n suiv. les astronomes. )
L’ère chrétienne, ou la première année de J. C., est la 47 i 4 e de la période julienne. Cette année on avait 10 de cycle solaire , 2 de cycle lunaire, 4 d’indiction romaine; c’est la 46 e à compter depuis la réformation du calendrier par Jules-César; elle concourt depuis le premier janvier jusqu’au 21 avril, avec l’année de Rome 753, et ensuite avec l’année 754. Avant la nouvelle lune la plus proche du solstice d’été , elle concourt avec la 4 e année de la 194 e olympiade, et le reste de l’année est dans la première de la ig 5 e olympiade. Jusqu’au 23 août , à midi, elle concourut avec l’année 748 de Nabonassar, et avec l’année 3 a 4 de la mort d’Alexandre; mais dans le reste de cette année-là , on compta 749 et 325 ( ast. refortn. , tab. xxir.)
et le coucher des étoiles qui répondaient à chaque jour. Newton croit que c’était en mémoire de l’établissement de l’année de 365 jours. Ce cercle fut enlevé sous le règne de Cambyse, roi de Perse , lors de U conquête de l’Égypte j 5a4 ans avant J. C.
La naissance effective de J. C. tombe à la fin de l’année deux avant l’ère chrétienne, ou 4711 e de la période julienne, suivant Baronius et Scaliger , et même deux ans plutôt , suivant quelques auteurs. Le P. Alexandre , dans sa grande Histoire ecclésiastique, la fixe à la fin de l’année 4 avant l’ère vulgaire. ( Dissert. /, t. ni , p. 65 et 66 . )
L’époque des Turcs, appelée hégire , commence à la fuite de Mahomet quand il sortit de la Mecque; elle tombe au vendredi 16 juillet 62a , ou 5335 de la période julienne. Il y a une autre secte d’Arabes qui place le commencement de l’hégire au jeudi i 5 juillet.
Les années arabes sont de 354 jours 8 heures 48 minutes, et les années civiles sont des années de 354 , et ensuite de 355 jours; ainsi douze années juliennes font 12 ans i 3 o jours 14 heures 24 minutes. Ils partagent leurs années en cycles de 3 o ans, dans lesquels ils font dix-neuf années communes de 354 jours, et onze de 355 ; savoir : les années 2, 5 , 7, 10, i 3 , 16, 18, 21, 24, 26, 29 de chaque cycle. ( Petau , p. 410. ) Leur cycle a commencé en i 8 i 5 le 3 décembre , avecl’année ia 3 i de l’hégire.
On trouve des Tables détaillées de la correspondance des années arabes avec les années juliennes , dans le P. Petau (/iô. vu , c. 22) , dans Riccioli, dans le Livre d 'Ulug-Beg , intitulé ; Epochœ celehriores , que Gravius publia à Londres, en i 65 o, et dans le catalogue d’étoiles d’Ulug-Beg, qui fut publié avec des commentaires, par Thomas Hyde, à Oxford, en i 665 .
On petit voir la comparaison détaillée des Ca-
lendriers et des époques usités chez les Romains, * les Égyptiens, les Arabes, les Perses, les Syriens, et les Hébreux , dans le commentaire sur le premier chapitre d’Alfragan , ajouté par Cristinan à l’édition de i5go, in -8°; dans Riccioli ( Chron . reform .); dans Petau , etc.
C’est ici que je terminerai ce que j’avais à dire du Calendrier et de la chronologie ; j’ai été trop concis pour ceux que la curiosité porte spécialement à l’étude de l’histoire, mais trop long pour ceux qui ne cherchent dans ce Livre que la véritable mesure du temps. Je reprends donc la filiation des instrumens propres à cette mesure, qui nous conduira ensuite à quelques notions astronomiques sur la distinction du temps vrai, du temps moyen, du temps sidéral, et à la démonstration des causes de l’équation du temps, etc, . '