CHAPITRE PREMIER
D£ I.A BfENSU.VNCf: RELAXrVE AUX DRVOIUS UE REIilGlOV.
Nous Pavons dit en commençant, la bienséance préside aux plus nobles enseignemens de la morale, comme elle règle les plus vifs clans du plaisir. Nous allons donc avant tout la considérer sous le rapport religieux.
Du respect dans les temples.
Le sentiment religieux est l’immense, peutêtre Punique diflcrence qui se trouve entre Phomme et Panimal.Qu’elle vous absorbe avec profondeur, vous exalte avec délices, ou par malheur se dérobe à votre âme , celte mystérieuse et sublime inspiration doit toujours vous commander le respect. Ainsi , sans vous arrêter à telles ou telles différences de culte, ne visitez jamais un temple sans vous soumettre aux convenances religieuses. Gardez le silence, ou du moins ne parlez qu’à voix basse et rarement j découvrez-vous ; marchez d’un pas lent et grave -, arrêtez-vous en vous inclinant , si quelque cérémonie réunit une
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assemblée pieuse. Rappelez-vous que dans Je temple de& hommes honorent le Créateur de l’univers selon la loi catholique; que là des. hommes cherchent Ja consolation de leurs peines , le pardon de leurs erreurs.
Si vous visitez en curieux une église ou tout autre édifice semblable , tâchez de le faire hors le temps des oflices. Considérez silencieusement les tableaux , statues , etc. : surto,ut gardez-vous d’imiter les imbécilles vandales qui souillent de leur nom obscur , de leur nom de quelques instans , des monuntens îlestinés à traverser les siècles. N’oubliez pas comme eux , que la seule chose qu’ils doivent attendre est le sourire de incprls de tous les. amis éclairés des arts.
N’attendez point que les gardiens réclament auprès de vous la gralifîçalion duc à la complaisance qu’ils ont eue de vous guider; ofirez-la leur en les quittant , et en les remerciant. Acquittez aussi le prix des sièges sans, nulle discussion ; évitez même d’échanger des pièces d’or au d’argent , et pour cela soyez toujours pourvus de menue monnaie. Le respect du aux lenaples ordonne de s’abstenir de tout ce qui ressembla aux soins d’un négoce.
J’ai dû parler d’abord le laivgage de la tolérance , e d’une vénération religieuse générale , m^is tuaiiilenant je vais faire entendre celui de la foi et de la piété. Que la propreté et la modestie de vos vètemens , que votre tenue discrète, respectueuse j annoncent que vous seo.lcz ce que l’oit doit à la ijuaisae^
(lii Dieu. Iiicliueit-vous en y enlranl; prenez de l’eau béuilej allez ensuite par le plus court chemin , et sans précipitation , à la place que vous devez occuper; s’il se peut, n’en changez pas ; ne vous mettez point au passage ; ne transportez pas de chaises au loin : prenez-cu deux afin de n’avoir point à tourner et retourner votre siège selon que l’exigent les circonstances dans les cérémonies du culte (i). Si les oflices sont commencés , placez- vous en arrière, afin de ne point troubler les assistans par votre arrivée. Le même motif doit vous engager à ne pas sortir avant la fin , à moins de ^causes pressantes.
Êtes-vous accompagné d’une personne à qui vous devez des égards, devancez-la poyr lui présenter de l’eau bénite; préparez-lui deux chaises , placez-vous ensuite auprès d’elle, lîn sortant, frayez-lui le passage; portez son livre de prières, préseutez-lui de nouveau l’eau bénite , et retenez la porte pour la faire passer. Au reste , ces deux dernières politesses doivent être adressées indistinctement par les gens polis aux personnes qui se trouvent près d’eux , à l’entrée ou à la sortie de l’église. Les égards bienveillans envers le prochain sont un digne accompagnement de la prière.
(i) Il serait à désirer qu’oa iinilât partout l’usage adopté au Hâvre, à Dieppe et autres villes de Normandie. Au lieu de s'asseoir sur des chaises, on entre dans des bancs dont l’église est entièrement garnie. Aussi le service se fait-il avec cent fois plus de décence et de régularité.
Si un jour d’ajBluencc vous avez deux chaises, il est bien d’offrir l’une d’elles à ceux qui n’en ont pas ; un homme doit meme quitter la sienne en faveur d’une dame debout. Chacun sait qu’il est contraire à la sainteté du lieu de se promener dans une église comme dans une promenade publique ; d’y converser comme dans une maison particulière ; d’y jeter de côté et d’autre des regards de curiosité; d’avoir un maintien qui décèle la préoccupation ou l’ennui ; de se balancer sur son siège , d’agiter d’une manière fatigante celui de la personne placée devant soi ; d’amener des chiens , d’apporter des paquets , etc.
Pendant le sermon , il faut tâcher de ne faire aucun bruit , et saluer avec un profond respect chaque fois que le prédicateur prononce le nom sacré de Jésus-Christ.
Soit que l’on ac corde ou que l’on refuse une offrande aux quêteurs et quêteuses , il faut leur répondre, par un salut.
Il est complètement contraire aux convenances religieuses de se presser, de se fouler pour aller à l’oft’rande , pour prendre des cendres, approcher du confessionnal. En ce dernier cas surtout, vous devez attendre en silence votre tour, sans chercher à supplanter les personnes placées avant vous, toutefois si vous avez quelques motifs pressons , vous pouvez les faire valoir avec douceur et politesse. Les disputes qui s’élèvent trop fréquemment à cet egard sont à la fois une inconséquence et une impiété.
Lorsqu’on prend place à la sainle table , on doit quitter ses gants , son livre , son sac ou ses armes. 11 est bon que les dames se couvrent d’un voile à demi-relevé ; c’est l’annonce de la piété et de la pudeur.
§ II
De» converianc.es religieuses dans le monde, I
Si le principe fondamental de la bienséance consiste à ne blesser personne dans son amour- | propre , ses goûts , scs intérêts , à plus forte raison exige-t-il de respecter les croyances.
Se faire un jeu de la foi, ce sentiment puissant, intime, involontaire, devant lequel recule la loi; livrer au tourment de douter des cœurs naguère pieux et tranquilles; réveiller l’esprit de fanatisme et d’emportemeut religieux; se faire Considérer par les uns comme un imprudent, par les autres comme un infâme , par tous comme un ennemi de la politesse et de la tolérance , voici les tristes fruits des railleries contre les cultes, railleries presque toujours dictées par le désir de faire briller son esprit.
Ces résultats ont lieu sans aucune exception; les sarcasmes impies blessent constamment les gens sages, mais ils deviennent encore plus révoltans dans la bouche des femmes , espèce d’anges qui doivent sans cesse se montrer aimantes , pures, libres de passions; des femmes , que Bernardin de Saint-Pierre désigne
avec tant de sentiment et de justesse par le nom de sexe pieux.
Ce n’est point cependant qu’il faille pros- *crire les allusions légères et spirituelles, les comparaisons tirées des livres saints, et faites d’ailleurs dans un bon esprit. Ainsi vous pouvez demander à quelqu’un s’il a beaucoup de contrition de sa négligence à vous visiter, à vous écrire. Interrogé sur l’époque depuis laquelle vous avez cette habitude, vous pouvez répondre: De toute éternité, etc. Il est inutile, je croi?, de multiplier ces inductions , que nous sommes loin d’apporter pour exemples J il sufhra d’ajouter que le rigorisme seul peut les réprouver, et que l’occasion les rend quelquefois très piquantes.
Quant aux discussious religieuses, elles sont de toutes les discussions celles qui demandent le plus de réserve et de soin, parce que souvent à notre insu la conscience y devient l’auxiliaire de l’orgueil. Si donc vous ne savez vous posséder; si d’autre part vous ne vous sentez pas assez de force logique , assez de grâce, ou du moins assez de netteté d’élocution pour combattre avec succès , évitez les controverses ; évitez-les, de peur de compromettre aux yeux des faibles la religion que vous défendez, et de peur aussi de vous donner un ridicule ineffaçable. Mais d’ailleurs ,
3 uel que soit le besoin que vous éprouviez ’éluder les argumens de votre adversaire , quel que soit votre triomphe, et quoique vous pousse la pente de votre esprit, ne changez
jamais en plaisanteries u ne discussion se'ricuse; vous perdriez à l’instant tous vos avantages J et , déjà terrassé , votre anlagonisle se relèverait au bruit de celle réflexion si vraie: )) Les plaisanteries ne prouvent rien. »
Au reste, tout en manifestant à chaque occasion un sincère et profond respect pour la religion, gardez-vous sur toutes choses de faire proclamation de piété. Evitez d’eutretenir les gens de voire paroisse, de votre confesseur, de vos pratiques religieuses. Si vous ne vous distinguez pas de la foule, on vous prendra pour un hypocrite ou pour un petit esprit; Si vous vous recommandez au contraire par un mérite supérieur, on croira que vous vous plaisez orgueilleusement à faire sentir le contraste qui existe entre vos grands talons et votre humble foi. Entre nous , aura-l-on bien tort ?