DES PLANTES VIVACES
Les plantes vivaces sont celles qui fleurissent et fructifient plusieurs fois. Leur durée est indéfinie en ce sens qu'elle dépend essentiellement des circonstances , des maladies, et autres causes de dépérissement; enfin , de
(1) Plusieurs autres espèces d* onagres sont cultivées. Onagre sous-ligneux ( OE. fruticosa ) , à tiges de dix-nuit pouces, et (leurs grandes et terminales. Il se multiplie par la séparation des
touffes.
Onagre a quatre ailes {OP.. tetraptera); en juillet et août, fleurs grandes, roses, ne s* épanouissant que le soir. Quoique vivaee en serre* on peut la cultiver en pleine terre comme vivace.
Onagre de Romangiof/( OE. romangiovii ) ; annuelle ; tige trèsnasse ; en juillet et août , fleurs grandes, d'un blanc rosé, nombreuse*, rosée.
la loi commune aux végétaux , comme à tous les corps doués de la vie , qui ont un terme fixé d'existence qu'iU ne peuvent dc'passcr : mais il n'est pas borné à une ou deux année , une ou deux fructifications au plus , comme dans les espèces constamment annuelles ou bisannuelles.
D'après la définition que nous venons de donner des plantes vivaecs , on devrait s'attendre à y trouver compris tous les arbres et arbustes, enfin , la plus grande partie des végétaux ; maïs l'usage a beaucoup restreint l'étendue do ce mot , et généralement on n'entend par plantes vivaces que celles à tiges herbacées, qui prolongent leur existence quelques années : en outre les plantes à bulbes et ognons , celles à feuilles charnues , du moins , d'après l'exception la plus généralement adoptée , n'y sont pas renfermées ; c est dans ce sens que nous limiterons la valeur du mot vivace , parce qu'il nous fournit une classification des plantes fondée également sur leur nature , et la différence de leur culture.
Ainsi, les plantes de cette section sont celles qui, n'étant pas ligneuses , n'ayant ni les racines ni les feuilles charnues, fructifient plusieurs fois ; les unes ne conservant chaque année que leurs racines , les autres ayant également leurs tiges et leurs racines vivaces et persistantes. Elles offrent donc toute latitude à la culture , soit pour leur multiplication , soit pour la conservation des variétés; et on p«ut avoir une idée de la puissance de la culture pour modifier et changer les végétaux , en voyant ce qu'elle a fait du genre œillet. 11 est vrai qu'il est peu de plantes dont le type primitif ait fourni tant de variétés, et des variétés aussi distinctes; mais ce genre donne la mesure de ce qu'on peut attendre des soins constans et prolongés , et de l'action des causes extérieures , pour modifier et multiplier les espèces végétales. L'avantage de multiplier les plantes vivaces de toute façon assure la conservation des variétés produites, et ne fait pas redouter chaque année leur disparition pour jamais , comme lorsque la multiplication se fait par le moyen dos graines.
Le semis des plantes vivaces, de même que de toutes les autres, se fait tantôt en place, isolément ou par touffe , tantôt en rayons, tantôt en sorte de pépinière , ou sur couche , #ous châssis , sous cloche.
VIVACES. 169 Quant aux voies de multiplication artificielles , la plus simple , la plus prompte , la plus facile , est celle par éclat ou séparation déracines ; clic peut se pratiquer pour un grand nombre de plantes vivaecs, surtout pour celles oui forment touffe. Celte opération se fait ordinairement à l'automne , lors du labour d'hiver; on enlève aux pieds trop chargés , ou destinés à cet usage, tes racines bien
I garnies de brindilles qui paraissent moins essentielles à eur conservation. Souvent même il suffit de partager le pied en plusieurs fragmens , qui deviennent autant de pieds distincts ; on plante ensuite les fragmens au lieu même où Ton veut avoir la plante. Quelquefois cette opération se fait au printemps, et cette époque est préférable dansées sols humides, et pour les racines un peu charnues et qui pourrissent facilement , la séparation des racines donnant plus d accès à l'humidité , et par suite à la pourriture , enfin , quelquefois on hc fait cette opération qu'en deux fois.
Les moyens de multiplication par les rejets, drageons , etc. f se lient au précédent , nous ne devons pas nous y arrêter.
Celui par marcottes demande plus d'attention ; il est assez général pour les plantes vivaces9 surtout celles dont les tiges ne sont pas trop molles. On l'exécute par les quatre procédés indiqués dans les notions préliminaires suivant les espèces; mais on se sert principalement du marcottage par buttes et par courbure , le plus simple et le plus facile. Cependant , pour quelques espèces rebelles , encore en assez grand nombre , et spécialement pour les œillets, qu'on ne multiplie guère que par ce moyen , on doit employer le marcottage avec incision.
La multiplication des plantes vivaces par boutures est également assez générale ; leur reprise est prompte et souvent aussi fait gagner beaucoup de temps gour la production des fleurs. Les procédés employés se bornent à-peu-près aux boutures par racines et par rameaux sans préparation, 11 est essentiel de remarquer que jamais il ne faut tronquer le bourgeon terminal des plantes herbacées que Ton multiplie par le moyen des boutures , et qu'on doit aussi leur laisser la plus grande partie de leurs feuilles. Celte différence avec les végétaux ligneux pro-
vient de deux causes , la différence de contexture des lîges et l'époque où l'opération de la bouture doit être faîte, cclle-iâ n'est que la conséquence de la première. Les boutures de végétaux ligneux doivent être Faites , en ge'néral , avant le développement de la sève ; pour les plantes herbacées au contraire, c'est au moment où l'action de cette sève est la plus forte que les chances de réussite sont plus. grandes : la raison en est facile à saisir; ces dernières ayant le tissu de leurs organes beaucoup moins serré, et les liquides y étant bien plus abondans , leur déperdition, leur écoulement est plus facile, plus prompt ; Je dépérissement de la bouture serait donc presque inévitable si Ton ne saisissait le moment où les racines peuvent être produites pour ainsi dire instantanément; de plus , leur mise en terre long-temps d'avance pour attendrir le tissu et faciliter la production des racines n'est pas nécessaire pour ces végétaux, qui sont déjà très-mous Cl très-gorgés de liquides ; d'où Ton voit encore qu'une assez grande humidité n'est pas aussi essentielle pour leur réussite.
Mais d'autres conditions sont bien importantes pour la reprise des boutures , comme pour la conservation et le développement des jeunes plants de marcottes : la première est de les placer dans une terre légère , très-douce , et en même temps abondante en sucs nourriciers. La seconde est de les entretenir dans une humidité moyenne , mais constante , et dans une douce chaleur; aussi est-on presque toujours obligé de les mettre sur couche , sous chAssis, en pots , ou au moins à bonne exposition ; souvent même ces soins ne suffisent pas, et on doit encore y ajouter les cloches f les paillassons et autres abris qui ont le double avantage de conserver la chaleur et l'humidité f et d'intercepter les rayons du soleil; l'ombre est en, effet une condition de première importance , la présence du soleil, activant trop la transpiration des plantes , et causant une trop grande déperdition des sucs séveux qui auraient pu s'utiliser pour la production des racines*
Nous ne parlerons pas du procédé de la greffe pour la multiplication des plantes vivaces :1e seul applicable est celui de M. Tschudy ; mais il n'est guère pratiqué, et fort difficile. Nous renvoyons, pour le connaître , au* «otions générale?.
VIVACFS. i;t
Les plantes vivaces, par cette qualité même , sont précieuses et doivent être recherchées pour l'ornement des jardins. En effet , l'emploi des autres force , pour ainsi dire , à récommencer chaque année sou jardin ; à chaque instant de nouveaux travaux réclament Ils bras des jardiniers : semer, planter, couper, arracher, récolter les graines, arroser plus abondamment, sont des devoirs qui se répèlent sans cesse. Les plantes vivaecs, au contraire f une lois en place, y fournissent leurs produits , y procurent la jouissance de leur aspect pendant plusieurs années. Leur entretien est aussi plus tacite : il se borne à-peu-près à deux ou trois labours et à quelques sarclages. A peine quelques espèces , pendant toute la durée de leur existence , quelques autres , pendant leur jeunesse , exigent-elles des arrosemens; le plus généralement on les abandonne aux soins de la nature.
Ces plantes sont donc les plus répandues dans les jardins de quelque étendue et surtout dans les jardins passagers; ce sont elles aussi qui forment la base , et , pour ainsi dire , la charpente des fleurs des plaies-bandes , massifs , corbeilles , etc. On les y dispose de dislance en distance , plaçant les plus élevées au ceuire , et les autres , par dégradation insensible , jusqu'à la bordure composée des plus basses, en ayant soin de mélanger les espèces différentes par leurs fleurs, leurs feuillages , leurs couleurs : pour le rang à leur donner, on doit encore examiner si elles forment touffe , ou ne fournissent qu'une tige isolée. Enfin , il ne faut pas les placer trop près les unes des autres ; plusieurs , s1 étalant beaucoup , se mêleraient désagréablement et feraient fouillis. On doit laisser entre elles des intervalles, que Ton garnit, suivant l'époque et l'espace , de plantes annuelles et bulbeuses.
Les plantes vivaces dignes d'attention sont extrêmement nombreuses; cependant celles qui méritent davantage d'être cultivées , pour leur beauté et la simplicité de leur culture , sont les primevères , les violettes , les corn ai aria , les juliennes , les astragales, les ancolies, les aconits , les pivoines , les épilopes , les fraxinelles r les lychnis , les anthemys , les œillets, les véroniques, les polemoines , les phlox 7 les millepertuis, ksastères,