LES CHANGEMENTS DE LIEU DU CORPS HUMAIN
Les changements de lieu d'un corps ne peuvent être exécutés que par une série de mouvements très-combinés. La volonté peut les modifier tellement que l'étude approfondie de ces mouvements est presque impossible ; aussi devrons-nous nous borner à l'étude des mouvements les plus importants, par exemple la marche et la course. Cette description toutefois exige une étude préalable des conditions d'équilibre du squelette dans la station debout.
La station debout, ainsi que nous l'avons déjà vu, est possible dès que la verticale, qui passe par le centre de gravité, tombe dans la base de sustentation et dès que les articulations qui supportent le poids du corps (articulations de la hanche, du genou
et du pied) sont assez tendues pour que les os, qui les constituent, ne puissent se mouvoir les uns sur les autres. Les différentes parties du squelette étant mobiles les unes sur les autres, le centre de gravité du corps n'est pas parfaitement fixe et se déplace un peu. Quand les bras tombent naturellement, le centre de gravité se trouve à la partie supérieure et antérieure du sacrum. La ligne verticale qui prolonge ce point, passe légèrement en arrière du centre de gravité de la tête, un peu au-devant des vertèbres cervicales et dorsales, croise environ la douzième vertèbre dorsale, descend un peu en arrière du centre de rotation de l'articulation de la hanche et passe de là dans l'espace qui sépare la partie postérieure de l'articulation du genou pour se terminer entre les deux pieds, environ au milieu de l'intervalle qui existe entre }a grosse tubérosité du calcanéum et la tète du premier métatarsien.
Dans la station verticale les articulations sont tendues, partiellement par la pesanteur des parties supérieures, et en partie par la tension des ligaments ; l'activité musculaire contribue aussi, à la tension des articulations et c'est à cette action musculaire que l'on doit attribuer la fatigue que l'on ressent dans la station debout.
Dans la station verticale les talons sont très-rapprochés tandis que la partie antérieure des pieds est dirigée en dehors, si latéralement les pieds subissent un plus grand écartement ; la base de sustentation augmente et le tronc peut subir de plus grandes inclinaisons à droite ou à gauche. Si l'un des pieds est porté plus en avant, le tronc pourra effectuer des mouvements plus étendus en avant et en arrière.
Nous avons vu p. 81 que la position à prendre varie suivant l'endroit où se place le fardeau que l'on porte; cette position a toujours pour but de ramener la ligne de gravité dans la base de sustentation.
Dans la station sur une seule jambe, donc sur un pied, la base de sustentation devient beaucoup plus petite; elle est à peine représentée par la place qu'occupe le pied sur le sol ; la ligne de gravité doit donc passer par ce pied, le corps s'incline du côté de la jambe qui touche le sol et cède son poids à cette seule jambe. L'équilibre de la station sur un pied est très-peu stable
et cette position est très-fatigante quand elle se prolonge pendant quelque temps. On s'en rend facilement compte puisque tout le poids du corps est supporté par cette jambe unique et que les muscles doivent se maintenir en contraction. Il va de soi que dans la station sur la plante des pieds la base de sustentation sera plus petite encore et que cette position est encore une fois plus difficile et plus fatigante.
La station sur les genoux, le reste du corps étant en position verticale, est une situation très-fatigante parce que les genoux deviennent douloureux sous la charge du corps. Dans cette position la ligne de gravité passe entre les fémurs et les genoux et tout le poids du corps repose presque exclusivement sur une base de sustentation qui est petite, arrondie et peu apte à cette situation. La fatigue se sent bien moins quand le bassin penche en arrière et qu'il se repose sur les talons; la ligne de gravité se déplace alors en arrière, et la base de sustentation se trouve considérablement augmentée; elle passe à la fois par les genoux et les pointes des pieds qui touchent le sol.
Lorsque X homme est assis et non appuyé par le dos, les cuisses et les jambes n'ont rien à supporter. Dans cette position l'équilibre est "très-facile parce que le centre de gravité se trouve très-bas et tout près de la base de sustentation qui est assez étendue, puisqu'elle mesure toute la partie du corps supportée par le siège.
La marche. Dans la marche, l'une des jambes porte le tronc en avant pendant que l'autre est dirigée en avant sans toucher le sol. Supposons que la jambe droite soit celle qui oscille et que la jambe gauche touche le sol. En raison de l'extension de la jambe droite , les orteils se trouvent placés au-devant de ceux de la jambe gauche, à une distance égale à la longueur du pas. Le tronc se penche en avant et tombe sur la jambe étendue qui gagne alors le sol. Tandis que la jambe droite oscille, le centre de gravité est porté du côté de la jambe gauche pendant que celle-ci repose sur le sol. Pour atteindre ce but, le pied se fléchit dans l'articulation et la cuisse tourne alors en dehors. On peut s'en convaincre par une expérience sur le squelette.
La jambe gauche, qui sert de soutien, s'étend sur le sol et le tronc se porte en avant. Aussitôt que le pied de la jambe gauche
a atteint le sol, une flexion s'opère dans les articulations du genou et du pied; le pied est levé du sol et la jambe s'étend pour recommencer les mouvements que la jambe droite venait de faire. La jambe, qui a été soulevée et qui oscille dans l'air se meut comme un pendule ; ce mouvement s'effectue facilement par la tète du fémur, qui est hermétiquement maintenue dans la cavité cotyloïde, et de telle sorte que le frottement y est presque nul. A mesure que le tronc se penche en avant, la jambe qui oscille fait un pas en avant sur le sol.
La course est une marche précipitée entrecoupée de sauts. Il y a toujours clans la course un moment où le corps est projeté en haut et flotte librement dans l'air, circonstance qui la distingue de la marche rapide dans laquelle le pied qui reste en arrière n'abandonne le sol qu'au moment où le pied qui est en avant l'a touché.
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