DES FOSSES NASALES ET DE LA MEMBRANE PITUITAIRE
Les fosses nasales , que nous avons décrites avec les autres cavités osseuses de la face , sont recouvertes par une membrane muqueuse qu’on appelle pituitaire , olfactive , ou membrane de Schneider. Cette membrane couvre et masque tous les sillons , toutes les inégalités qu’on observe sur les os isolés des parties molles. Elle tapisse les fosses nasales dans toute leur étendue, et la partie interne du nez, depuis les narines jusqu’au pharynx, endroit pi.,3(i(i.r ,o où elle se continue avec celle de l’arrière-bouche, du voile du palais et de la trompe 'i-
d Eustachi , tandis qu’en avant elle semble naître insensiblement de la peau. Son trajet est fort compliqué.
Après avoir revêtu la paroi inférieure des fosses nasales, elle remonte en dehors dans Pi .qru:., méat inteneur, le tapisse , s’introduit dans le canal nasal , va se continuer avec la membrane muqueuse du sac et des conduits lacrymaux, et par leur moyen avec la conjonctive.
268 MANUEL
Au niveau de l’orifice Inférieur du canal nasal , elle forme un petit repli valvulaire , dont la forme varie suivant les individus.
La membrane pituitaire passe du méat inférieur sur le cornet correspondant qu’elle enveloppe, et auquel elle adhère un peu. Elle forme vers son bord inférieur une sorte de repli ou bourrelet , qui se perd insensiblement en arrière sur la paroi externe des fosses nasales.
Elle remonte au-dessus du cornet inférieur, pénètre dans le méat moyen, et le revêt. En haut et en avant de ce méat, elle s’introduit dans un canal évasé [infundibulum) par lequel elle passe dans les cellules antérieures de l’ethmoïde, et de là dans les sinus frontaux : elle revêt toutes ces cavités. Vers le milieu du méat moyen , elle s’engage dans une ouverture plus ou moins étroite qui conduit dans le sinus maxillaire ; elle tapisse ce sinus dans toute son étendue , en formaçt autour de son orifice un repli entre les deux feuillets duquel on trouve des follicules muqueux. La membrane olfactive convertit l’entrée du sinus maxillaire en un canal étroit , oblique d’avant en arrière , dont l’orifice est placé au-devant de l’ouverture osseuse. Elle abandonne le méat moyen pour s’étendre sur la surface convexe du cornet moyen, forme sur le bord inférieur de ce dernier un repli arrondi qui se termine en pointe à sa partie postérieure, et se perd sur la paroi externe des fosses nasales.
Arrivée dans le méat supérieur, elle s’introduit dans les cellules ethmoïdales postérieures, qu’elle revêt comme les antérieures; elle couvre le trou sphéno-palatin, qui lui transmet des vaisseaux et des nerfs. Elle remonte ensuite à la voûte des fosses nasales, où elle recouvre la face inférieure de la lame criblée de l’ethraoïde , bouche les trous olfactifs qui lui transmettent les nerfs du même nom. En arrière, elle revêt la face antérieure du corps du sphénoïde , s’enfonce dans les sinus sphénoïdaux , en formant à leur orifice un repli qui en rétrécit l’entrée. En avant, elle tapisse la face postérieure des os propi’es du nez, les cartilages et les fibro-cartilages de cet organe , et vient se continuer avec la peau , à l’entrée des narines, où elle est garnie de poils roides , plus ou moins nombreux.
La membrane pituitaire descend de la voûte des fosses nasales sur la cloison , et la tapisse sans former aucun pli, jusqu’à l’endroit d’où nous l’avons supposée partir.
Organisation de la membrane pituitaire. Semblable aux autres membranes muqueuses par sa sti’ucture considérée d’une manière générale, par le fluide visqueux qu’elle fournit , la membrane olfactive offre néanmoins des caractères spéciaux d’organisation, relatifs aux fonctions qu’elle remplit. Elle est plus épaisse que la plupart des autres membranes du même genre, et sa couleur rouge est plus foncée. Sa coloration varie dans les divers points de son étendue ; elle est bien plus intense sur les cornets et les parois des fosses nasales, que dans les sinus et les cellules ethmoïdales ; dans ces dernières cavités elle est fort mince et très-pâle.
Cette membrane est formée de deux feuillets distincts , dont l’un est muqueux , tandis que l’autre, de nature fibreuse, n’est évidemment que le périoste ou le périchondre des fosses nasales. Ces deux feuillets sont intimement unis, bien qu’on puisse facilement les distinguer, l’un par sa couleur rouge, son apparence molle , spongieuse , vasculaire ; l’autre par sa couleur blanche , sa texture dense , serrée , fibreuse.
Le feuillet muqueux est formé par un chorion assez épais et très-souple.
Lorsqu’on a injecté Ift membrane pituitaire et qu’on la plonge sous l’eau , on voit qu’elle
D’ANATOMIE DESCRIPTIVE
est hérissée de papilles nombreuses qui lui donnent un aspect tomenteux , et sont bien plus prononcées dans les fosses nasales que dans les sinus. La base de ces villosités paraît PI. i37,llg. i, de nature nerveuse. La membrane olfactive renferme dans son épaisseur des follicules mu- ’ queux très-petits , fort nombreux , et dont les orifices paraissent comme des piqûres d’épingle. Ces follicules sont plus prononcés sur les deux côtés de la cloison , sur les cornets moyens et inférieurs, dans le méat inférieur, aux environs de l’ouverture du sinus maxillaire , surtout vers le pharynx, que partout ailleurs. A la partie antérieure de la cloison , ils se réunissent souvent dans une grande lacune muqueuse.
La membrane pituitaire n’offre pas une structure uniforme dans toute son étendue. Auprès des narines elle est pâle , lisse , garnie de poils assez nombreux , noirs et roides , destinés à empêcher l’introduction des corps étrangers qui voltigent dans l’air : elle devient très-rouge, et comme fongueuse plus profondément. Dans les sinus elle est pâle, entièrement dépourvue de follicules, demi-transparente, et adhère peu aux surfaces osseuses.
La membrane pituitaire reçoit le nerf olfactif, qui est l’organe essentiel de l’olfaction, et qui s’épanouit dans son épaisseur. Elle renferme encore beaucoup d’autres fdets nerveux qui lui sont donnés par le nerf nasal interne de l’ophthalmique , par le rameau frontal du même tronc, par le ganglion sphéno-palatin , par le grand nerf palatin, par le nerfvidien et le rameau dentaire antérieur du nerf maxillaire supérieur.
Les artères de cette membrane sont très-nombreuses, et se divisent en un réseau capillaire qui la pénètre de toutes parts. Elles sont foui’nies par les branches sphéno-palatine , sous-orbitaire, alvéolaire supérieure, palatine, ptérygo-palatine de l’artère maxillaire interne; par les branches sus-orbitaire et ethmoïdales de l’ophthalmique ; par l’artère carotide interne ; par la labiale supérieure , et par les dorsales du nez.
Les veines des fosses nasales sont moins connues que les artères. Elles paraissent suivre pi. assez exactement le trajet de ces dernières.
Les vaisseaux lymphatiques de cette membrane sont à peine connus; on en a découvert quelques-uns qui accompagnent les vaisseaux sanguins , et se rendent dans les ganglions jugulaires.