‹ Manuel d'anatomie descriptive du corps humain [electronic resource] (volume 2)Chapitre 21 sur 217 · DEVELOPPEMENT DES DENTS · texte numérisé non relu

DEVELOPPEMENT DES DENTS

Les dents ne se forment pas dans un moule cartilagineux comme les autres os ; elles sont précédées par le développement d’organes auxquels on a donné le nom de germes.

D’ANATOMIE DESCRIPTIVE

Ces germes , dès qu’on les aperçoit, n’ont que le volume d’une petite tête d’épingle , et sont placés dans deux gouttières larges et profondes que présentent les bords alvéolaires des mâchoires : les cloisons des alvéoles n’existent pas encore. Les germes grossissent de plus en plus, et offrent au centre une substance molle, giisc-rougeàtre : c’est \a pulpe. Celleci est plus volumineuse proportionnellement qu’elle ne le sera quand l’ossification sera achevée, et sa surface est hérissée par un tissu tomenteux. A l’extérieur de la pulpe on trouve une membrane épaisse, comme fibreuse. On observe entre ces deux parties une membrane plus mince qui tapisse d’abord la face interne du feuillet fibreux, et se réfléchit sur la pulpe qu’elle enveloppe immédiatement. On trouve dans la cavité de la membrane interne du follicule une humeur séreuse assez abondante. Cette membrane se continue avec le tissu des gencives , par un canal étroit qu’elle pi’éscnte en haut.

Les vaisseaux et les nerfs pénètrent par la base de la pulpe ; le pédicule vasculaire et nerveux est unique pour les dents incisives et canines , mais dans les dents multicuspiclées , il est formé d’autant de faisceaux qu’il y a de racines. 11 ne tarde pas à sc développer à la surface de la membrane séreuse et sur le sommet de la pulpe , un premier point d’ossification qui ressemble à une petite écaille osseuse ; il n’y a qu’un point pour les incisives et les canines; deux points distincts pour les petites molaires, et quatre ou cinq pour les grosses molaires , suivant le nombre des tubercules de leur couronne. .Selon IM. Delabarre , les dents incisives elles-mêmes se développent par trois points , lesquels commencent ^hacun à Tun des petits tubercules qui garnissent leurs bords libres , à l’instant où elles sortent des alvéoles. 11 est bien évident que le point d’ossification existe dans la cavité de la membrane interne du follicule. L’ossification des dents est-elle due à une production organique, ou bien n’est-elle qu’une gorte d’exsudation calcaire analogue à celle qui forme les enveloppes des crustacés? Cette question n’est point e’ncore résolue, et divise les anatomistes les plus célèbres.

L’ivoire se forme le premier; l’émail ne commence que plus tard à être déposé à la surface de la couronne. 11 a d’abord l’apparence de granulations distinctes, lesquelles se réunissent ensuite en une couche rugueuse , friable , qui peu à peu devient lisse et acquiert une extrême dureté. La dent, après la formation de Témail , continue à croître en dedans par la production de nouvelles couches osseuses ; sa cavité s’allonge et se rétrécit en même temps que ses parois prennent plus d’épaisseur ; la racine se forme peu à peu en embrassant le pédicule de la pulpe, qui s’y trouve bientôt renfermé comme dans une sorte de tuyau. S’il y a plusieurs racines à la dent , la couronne de celle-ci se rétrécit insensiblement à l’endroit du collet dans deux , trois ou quatre sens principaux , suivant qu’il doit y avoir deux , trois ou quatre racines : c’est aux endroits qui séparent ces étranglemens que se forme la base de chaque racine, qui croissent ensuite chacune séparément.

Mécanisme de Vjiriiption des dents. A mesure que la dent se développe sur son noyau pulpeux par l’addition de nouvelles couches qui se forment à sa face interne, elle s’allonge , et le sommet de sa couronne s’éloigne du fond de l’alvéole pour se rapprocher de plus en plus de la gencive. Bientôt son sommet presse contre le feuillet externe- du follicule, qui est très-vasculaire. Ce feuillet et la gencive, a laquelle il adhère, sont détruits par la pression de la dent; il se fait une absorption qui perce le follicule et permet à la dent de sortir.

PI li. fig. 4-

PI. i4. fig. I,

PI. i4. fig. 1.

PI. l'i. (ig. 1.

PI. 12. fig. 10,

PI ;2. fig. 10, 11, 12.

MANUEL

Quand la couronne n’a qu’une seule pointe il ne se fait qu’une ouverture , et la dent sort en l’agraudissant ; quand la dent est multicuspidée , il se forme autont d’ouvertures qu’elle a de tubercules , et il reste entre ses pointes une portion de gencive qui finit par être détruite. M. Delabarre a démontré que le follicule membraneux de la dent, qu’il nomme avec Bunon la matrice dentaire , se continue manifestement par son extrémité supérieure avec un canal étroit , lequel vient s’ouvrir sur la gencive. 11 appelle ce canal iter dentis. Il *■ pensG^qu’à mesure que la dent s’élève elle dilate ce canal , qui s’ouvre peu à peu pour la

laisser passer, et se raccourcit à mesure qu’elle sort des alvéoles. Suivant cet anatomiste, la matrice dentaire finit par disparaître presque entièrement , en se confondant avec la geiïcive autour du collet de la' dent. Ce mode de sortie des dents , facile à démontrer pour l’I 10 les dents incisives et canines de la seconde dentition , l’est beaucoup moins pour les dents molaires. Lorsque la dent est sortie de la gencive, la mendu'ane externe du follicule, qui a cessé de recouvrir sa couronne , continue d’envelopper la racine qu’elle unit aux parois de l’alvéole , en formant ce qu’on appelle le périoste alvéolo-dentairc . On peut réellement considérer ce périoste comme un prolongement de la gencive , avec laquelle il se continue au niveau du collet de la dent.

La sortie des dents a lieu à deux époques principales; la première éruption fait sortir les dents de lait; on la nomme première dentition; la seconde éruption, ou la seconde dentition, remplace les dents précédentes par celles qui doivent persister jusqu’à la vieillesse.

Première dentition. Les germes de la première dentition existent déjà sur les foetus de deux mois de conception : ils commencent à s’ossifier vers quatre mois et demi , ou vers le milieu de la gestation. Les premières dents qui s’ossifient sont les incisives inférieures, puis les supéi’ieures , ensuite les canines et les molaires , absolument dans l’ordre de leur éruption. A l’époque de la naissance , les dents sont entièrement renfermées dans les al- Pl. 12 fig. 5. véoles, et recouvertes par les gencives; il est fort rare qu’à cette époque une ou deux dents soient déjà sorties ; ce n’est ordinairement que du sixième au neuvième mois que l’éruption commence. Les incisives moyennes sortent les premières , d’abord à la nità. choire inférieure , puis à la supérieure; quelques semaines après on voit paraître les incisives latérales inférieures et supérieures ; quelques mois plus tard paraît la canine d’en bas , puis celle d’en haut. Néanmoins il est très-commun que la canine ne sorte qu’après la première molaire, ou que ces deux dents paraissent ensemble. Enfin vers deux ans et PI. 14. fig. 8. demi ou trois ans sort la seconde molaire; la première dentition est achevée, et l’enfant présente vingt dents. Quand ces dents sortent, leur ossification est fort avancée, leur racine est presque achevée.

2° Seconde dentition. La seconde dentition fait sortir des mâchoires les trente-deux dents persistantes. Sur ce nombre il y en a vingt qu’on nomme dents de remplacement , parce qu’elles remplacent celles de lait, qui tombent; les douze autres sont i\ouvelles. Les dents de la seconde dentition ont déjà leurs germes visibles sur les fœtus de trois x)u quatre mois de conception. Ces germes sont placés derrière les follicules delà première dentition , pour les dents de remplacement , et plus en arrière , dans l’épaisseur des mâchoires , pour les autres. Les germes des deux dentitions sont renfermés dans la même excavation des mâchoires , avant la formation des alvéoles et de leurs cloisons. Lorsque les cloisons des alvéoles , d’abord membraneuses , viennent à s’ossifier , alors il se forme des cellules osseuses

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distinctes pour chaque ordre de follicules , lesquels se trouvent ainsi contenus dans des cavités séparées. Les vaisseaux dentaires alimentent également les deux ordres de follicules. A la mâchoire inférieure, l’artère dentaire se divise en trois branches ; une, très-voisine du bord inférieur de l’os , paraît en être le vaisseau nourricier ; les autres se rendent aux follicules de la première et de la deuxième dentition.

Nous avons, vu que les germes de la première dentition adhéraient aux gencives par leur partie supérieure. Les germes de la seconde dentition y tiennent également , au moyen d’un prolongement plein ou canaliculé qui n’est que Viler denlis , ou l’appendice de la membrane du follicule. Ce canal , pour se porter à la gencive , passe par une petite ouverture qu’on rencontre à l’os maxillaire , derrière chaque dent de lait , sur la partie postérieure du bord alvéolaire. Ces petits trous sont très-visibles au niveau des dents incisives et canines. A mesure que les dents de la seconde dentition prennent de l’accroissement, les dents de lait vacillent et finissent par se détacher et tomber spontanément. Si on les arrache dès .qu’elles vacillent , elles ont encore une grande partie de leurs racines ; si on les laisse tomber , elles en sont presque entièrement privées. Quand on examine avec attention ces phénomènes , voici ce qu’on observe. Les dents de la seconde dentition sont placées audessous et derrière les alvéoles de celles de la première ; elles poussent dans la direction de V iter denlis , et en même temps elles pressent sur la paroi postérieure des alvéoles des dents de lait ; cette pression détermine d’abord Tamincissement , puis la perforation de la cloison osseuse ; les dents permanentes s’introduisent peu à peu dans les alvéoles des dents de lait par cette ouverture , et bientôt déterminent l’atrophie de leurs vaisseaux , et l’absorption de leurs racines. La destruction par absorption des cloisons alvéolaires et des racines des dents de lait , a beaucoup d’analogie avec celles que produisent sur les autres os certaines tumeurs , telles que des foiigus , des anévrysmes.

Vers la sixième année , la première grosse molaire paraît la première des dents permanentes à la partie la plus reculée des mâchoires ; toutes les dents de lait commencent en même temps àf vaciller et tombent, en général , à sept ou huit ans, dans l’ordre de leur éruption ; les incisives et les canines sont successivement remplacées , à la mâchoire inférieure et à la supéi:ieure , par des dents semblables à elles ; les deux molaires de lait tombent , et sont l’emplacées par les deux petitgs molaires. Vers l’âge de dix ou douze ans , il pousse une seconde molaire de chaque côté, derrièi'e la première; ce n’est qu’à dix-huit ou vingt ans que sort la troisième grosse molaire ou dent de sagesse, et que la seconde dentition est achevée.

Lorsque la première dentition s’opère , les arcades alvéolaires sont peu développées , aussi les dents de lait sont d’abord serrées ; mais les mâchoires continuent de croître , et vers l’époque de la seconde dentition , comme elles se sont déjà beaucoup élargies , les dents de lait se trouvent écartées les unes des autres. Les os maxillaires ont donc acquis plus de hauteur et de largeur ; cependant comme les dents incisives permanentes sont très-larges, elles forcent ordinairement la canine de pousser sur un plan qui est antérieur au leur ; plus tard les mâchoires continuant de croître, et les deux petites molaires étant moins grosses que les deux molaires de lait qu’elles remplacent , il se fait de l’espace , et les dents se rangent d’une manière régulière sur les arcades alvéolaires.

A mesure que les dents poussent , les mâchoires s’écartent l’une de l’autre , et la face acquiert de plus grandes dimensions dans le sens vertical. Les branches de l’os maxillaire Texte. 7

PI. 12. n«. b 5. °

PI i3. fig. I 2, 3.

PI. >4, fig. 8.

PI. i4. fig. 5, G, :•

PI. i4. fig, 5, 6.

PI. i'\. fig. f).

Pi

.5. fig.

MANUEL

PI. 13. fig. I. se redressent , leur angle devient plus saillant , et la tubérosité maxillaire s’affaisse après la sortie de la dent de sagesse. Lorsque toutes les dents sont sorties , les deux arcades qu’elles forment par leur réunion ont une figure parabolique : la supérieure est un peu plus évasée que l’inférieure qu’elle embrasse lorsque les mâchoires sont rapprochées. Le bord libre des arcades dentaires est ondulé; il est simple dans sa partie antérieure que forment les dents incisives et canines ; en arrière il présente deux lèvres à raison de la largeur plus PI. 12 /ig. 2, grande des dents molaires, et de la disposition de leurs tubercules. De ces lèvres l’externe est plus tranchante que l’interne à la mâchoire supérieure ; le contraire s’observe à la mâchoire inférieure.

Par les progrès de l’âge , les dents s’usent par le .«ommet de leur couronne ; l’émail qui le recouvre est détruit, la couronne s’aplatit, et la substance éburnée est mise à nu. A mesure que les dents s’usent , elles ne se réparent pas par leur racine ; les vaisseaux et les nerfs dentaires finissent par s’atrophier, et l’ouverture du canal dentaire par s’oblitérer. Les dents deviennent alors des corps étrangers pour les alvéoles ejui les renferment ; les parois de ces cavités se contractent , se rétrécissent insensiblement sur les racines des dents , et les expulsent peu a peu. Les dents du vieillard , poussées hors des alvéoles , quoiqu’elles soient usées , semblent s’allonger; leur collet s’éloigne des alvéoles et se déchausse, la gencive restant adhérente au bord alvéolaire. Enfin ces os deviennent vacillans , se détachent et PI. li.fig. 12. tombent; les alvéoles s’oblitèrent tout-à-fait, et les mâchoires prennent la forme indiquée.

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