DU LARYNX CONSIDÉRÉ EN GÉNÉRAL
PI. ia3.fig. i.
PI I22.iig.2.
PI. rj. J, fig. i .
Considéré dans son ensemble , le larynx a la forme d’un cône renversé , dont le sommet tronqué est dirigé en bas vers la trachée artère , avec laquelle il communique , et dont la base regarde en haut, vers la langue. On distingue au larynx deux surfaces, l’une externe et l’autre interne, et deux extrémités, l’une supérieure et l'autre inférieure.
1° Surface extérieure du larynx. Elle offre en avant , et de haut en bas , la membrane thyro-hyoïdienne , qui suspend le larynx à l’os hyoïde ; l’angle saillant du cartilage thyroïde; les deux surfaces obliques situées sur ses côtés et la ligne saillante qui les traverse obliquement en arrière; une surface triangulaire que couvre le M. constricteur inférieur du pharynx; les petites cornes du cartilage thyroïde et leurs articulations avec le cartilage cricoïde ; la membrane crieo-thyroïdienne ; les deux M. crico-thyroïdiens et une partie du cartilage cricoïde.
En arrière , la surface extérieure du larynx est manifestement aplatie , pour s’accommoder à la forme de la région cervicale de la colonne vertébrale , avec laquelle elle se trouve en rapport. Elle offre successivement de haut en bas, le M. aryténoïdien ; la ligne médiane et postérieure du cartilage cricoïde; les deux M. crico-aryténoïdiens postérieurs; un espace triangulaire , vide , placé de chaque côté entre les cartilages thyroïde et cricoïde, borné en dehors par le bord postérieur du premier de ces deux cartilages, et tapissé par la membrane muqueuse du pharynx.
2° Surface intérieure du larynx. Elle est revêtue dans toute son étendue par une membrane muqueuse. En bas elle est formée par le cartilage cricoïde, offre comme lui une forme annulaire, et ne peut changer de dimensions ; vers le milieu, elle présente de
chaque côté les cordes vocales ou les ligamens inferieurs de la glotte , lesquels sont formés par les ligamens thyro-aryténoïdiens , recouverts parla membrane muqueuse. Au-dessus des cordes vocales on trouve deux cavités allongées , plus ou moins profondes , étendues des cartilages aryténoïdes à l’angle rentrant du thyroïde; on les appelle les sinus ou les ventricules du larynx . Ces ventricules sont bornés, en haut, par un repli de la membrane
muqueuse, qui est parallèle aux cordes vocales, et qu’on a nommé le ligament supérieur de la glotte.
L intervalle qui existe entre les ligamens supérieur et inférieur d’un côté et ceux du côté opposé, areçu le nom d e glotte. Cette ouverture est horizontale, oblongue, ou plutôt a la forme d’un triangle allongé dont les angles seraient obtus. Elle a dix à onze lignes d’étendue d’avant en arrière chez l’homme adulte. En arrière , elle est formée par l’écartement qui reste entre la base des deux cartilages aryténoïdes, et présente deux ou trois bgnes de diamètre; mais en avant elle se rétrécit de plus en plus, par le rapprochement des ligamens qui la circonscrivent : elle a des dimensions variables , suivant les individus et les mouvemens qu’exécutent les uns sur les autres les cartilages du larynx. Au-dessus des ventricules la cavité du larynx offre , de chaque côté , une surface triangulaire un peu concave , qui vient se terminer à l’ouverture supérieure de l’organe , et que forme la membrane muqueuse en se portant des cartilages aryténoïdes à l’épiglotte.
o° Exticmité supérieure du larynx. Elle est beaucoup plus large que l’inférieure. Elle est formée en avant et de chaque côté par le bord supérieur du cartilage thyroïde. Derrière ce cartilage on trouve une membrane fibro-celluleuse , qui se porte au-dessous de la membrane muqueuse, depuis la partie inférieure du corps de l’os hyoïde jusqu’à la face antérieure de l’épiglotte. Cette membrane, plus épaisse au milieu que latéralement, ferme en haut 1 espace triangulaire dans lequel est placée la glande épiglottique. Plus en arrière on voit épiglotte unie en avant à la base de la langue par les trois replis muqueux indiques, et en arriéré aux cartilages aryténoïdes par deux autres replis obliques et trianguhures qu on nomme aryténo-épiglottiques. Derrière et au-dessous de l’épiglotte , au-dessus de la glotte, entre les deux replis muqueux aryténo-épiglottiques , se trouve l’ouverture supérieure du larynx, laquelle est coupée obliquement de haut en bas et d’avant en arrière. Cette ouverture a la forme d’un triangle disposé en sens inverse de celui de la glotte c’est à-dire que sa base répond en avant à l’épiglotte, tandis que son sommet vient finir en arriéré entre les. deux cartilages aryténoïdes. Cette ouverture peut être complètement bouchee par l’abaissement de l’épiglotte, qui forme au-dessus une sorte d’opercule destiné pendant la déglutition , à prévenir le passage des substances alimentaires clans les voies aériennes. L’obliquité de l’ouverture supérieure du larynx fait que la cavité de cet or-ane a bien plus d’étendue verticale en avant qu’en arrière. &
i'J Extrémité inférieure du larynx. Bien plus rétrécie que la précédente, elle représente un cercle formé par la circonférence inférieure du cartilage cricoïde; une membrane fibreuse l’unit au premier anneau de la trachée artère.
Membrane muqueuse du larynx. Le larynx est revêtu , à l’intérieur, par une membrane muqueuse qui vient de la bouche , et n’est qu’un prolongement de celle qui est commune aux organes de la respiration et de la digestion. Elle part de la base de la lan-ue se porte en arrière sur la face antérieure de l’épiglotte , forme , en passant de l’un sur î’autre
PI. 122, (îg. 4.
PI. 123, fig. 4.
PI. J 23.11g. 4, Pf 124, lig. 1 •
248 MANUEL
les replis indiqués , se réfléchit sur le bord libre du fibro-cartilage épiglottique , et vient tapisser la cavité du larynx. Parvenue à la base de l’épiglotte , elle descend dans l’intérieur du larynx , tandis que de chaque côté elle se porte en arrière jusqu’aux cartilages aryténoïdes, en formant les replis aryteno-epiglottiques. Sur les bords delouvertuie supérieure du larynx , elle se continue en arrière avec la membrane du pharynx. Parvenue dans la cavité du larynx , elle forme d’abord de chaque côté , vers la base des cartilages aryténoïdes , un repli horizontal , dirigé obliquement en avant jusqu à 1 angta rentrant du cartilage thyroïde ; c’est le ligament supérieur de la glotte. Plus bas elle revêt la cavité de chaque ventricule , forme au-dessous un nouveau repli qui embrasse le ligament thyro-aryténoïdien , se prolonge de là dans toute 1 étendue du larynx, tapisse le cartilage cricoïde , la membrane crico-thyroïclienne , et s introduit enfin dans la trachee artère. Cette membrane est d’une couleur rose pâle. Elle est assez dense, et percée par les orifices des follicules muqueux qui se trouvent dans son épaisseur et par les conduits qui viennent des glandes épiglottique et arytenoïdiennes. Elle jouit d une vive sensibilité, et se trouve affectée douloureusement dès qu’un corps etranger autre que 1 air se trouve mis en contact avec elle.
Le larynx reçoit ses artères des branches thyroïdiennes supérieures et inférieures. Ses veines vont s’ouvrir dans les troncs çorrespondans. Ses vaisseaux lymphatiques aboutissent aux ganglions jugulaires inférieurs. Ses nerfs viennent des pneumo- gastriques et des ganglions cervicaux supérieurs.
DIFFÉRENCES PRINCIPALES QUE PRESENTE LE LARYNX SUIVANT LES AGES ET LES SEXES.
Le larynx offre de grandes différences, suivant les âges et les sexes, dans son volume, sa forme et la conformation particulière des diverses parties qui entrent dans sa composition. C’est principalement à ces variétés d’organisation qu'il faut rapporter les différences si remarquables que présente le timbre de la voix chez les divers individus : la voix argentine des enfans ; la voix douce et mélodieuse des femmes; la voix forte, sonore et en quelque sorte caverneuse que rend le larynx chez les hommes adultes et les vieillards.
Le larynx de l’homme adulte est très-large et fort volumineux. Chez la femme il est plus rétréci, plus court proportionnellement, et n’offre guère que les deux tiers ou la moitié du volume de celui de l’homme. Cette disproportion, comme le remarque Bichat , est indépendante de la stature : une grande femme et un petit homme la présentent comme un homme de haute stature et une petite femme. La forme du larynx est moins différente que son volume dans les deux sexes: voici les’ principales observations qu’on peut faire à cet égard : 1° les diverses pièces cartilagineuses du larynx sont plus petites, plus minces, plus flexibles, et leurs articulations sont plus mobiles chez la femme que chez l’homme; 2° les deux lames du cartilage thyroïde sont plus obliques et moins écartées proportionnellement dans l’homme que dans la femme; aussi forment-elles chez le premier , en sc réunissant en avant, une saillie plus considérable au-dessous des tégumens et un angle beaucoup plus aigu , tandis que chez la seconde cet angle est fort arrondi. L’échancrure du bord supérieur du cartilage thyroïde est peu profonde et arrondie chez la femme ; elle se prolonge davantage en bas chez l’homme, et se termine par un angle aigu. Le cartilage
cricoïde est aussi un peu plus étroit en avant chez la femme que chez l’homme ; 3° en arrière , le larynx de la femme est plus large proportionnellement que celui de l’homme , ce qui tient à l’écartement plus considérable qu’offrent chez elle les deux moitiés du cartilage thyroïde; aussi les espaces triangulaires qui séparent ce cartilage de la cavité du larynx sont-ils plus larges chez la femme que chez l’homme; 4° l’extrémité supérieure du larynx est surmontée par un os hyoïde bien plus épais et plus large chez l’homme que chez la femme. L epiglotte est également chez lui plus large , plus épaisse et plus saillante. La glotte offre a peu près la même forme dans les deux sexes ; seulement chez la femme ses dimensions sont bien moindres que chez l’homme. Chez ce dernier, les cordes vocales sont plus épaisses et plus longues, les cartilages aryténoïdes plus longs, plus élevés, et par conséquent les ventricules sont situés plus profondément et plus éloignés de l’ouverture supérieure que dans la femme ; 5° l’extrémité inférieure du larynx ne diffère dans les deux sexes que par les dimensions plus grandes qu’elle offre chez l’homme.
Les différences du larynx suivant les âges sont fort prononcées. Cet organe chez le lœtus offre à peu près le même volume, les mêmes formes dans l’un et l’autre sexe. Il est alors beaucoup moins développé proportionnellement, dans le fœtus mâle surtout, qu’il ne le sera par la suite; aussi, quand on examine l’os hyoïde du fœtus , relativement au arynx, on voit qu’il s’avance au-delà de cet organe, tandis que chez l’adulte c’est le arynx qui devient plus saillant que lui. Le cartilage thyroïde est très-court et fort arrondi en avant, chez l’enfant, à peu près comme chez la femme. Le cartilage cricoïde et les autres parties ne présentent pas de différences notables , à l’exception du volume , qui est
A l’époque de la puberté, le larynx éprouve un accroissement considérable de volume; ses cartilages s agrandissent, deviennent plus épais ; sa cavité plus spacieuse; ses ventricu es plus grands; les muscles, les vaisseaux et toutes les autres parties qui entrent dans la composition de cet organe, subissent de semblables changemens , jusqu’à ce qu’il soit arrive a son entier développement. En même temps que ces changemens s'effectuent , la voix change de caractère ; elle mue , comme on le dit : de faible, aiguë qu’elle était chez enfant , elle devient chez l’homme forte, sonore et grave. Les phénomènes de la mue de la voix sont bien moins prononcés chez la femme , parce que chez elle le larynx n’éprouve pas à la puberté des changemens aussi considérables que chez l’homme. Chez le vieillard , les cartilages se pénétrent de plus en plus de phosphate calcaire, et finissent par devenir entièrement osseux. Le fibro-cartilage épiglottique n’éprouve jamais cette ossification, et reste souple jusqu’à l’extrême vieillesse. La voix change chez le vieillard : elle devient faible, cassee, tremblante et plus ou moins rauque, ce qui tient évidemment aux vibrations qu éprouvent les cartilages ossifiés , à la rigidité de leurs articulations et à l’affaiblissement des muscles qui les meuvent. Quand on a retranché les testicules, la voix de I homme ne prend pas ce caractère de force et de gravité qui la distingue ; elle devient aiguë , flûtée , et en quelque sorte intermédiaire entre celle de la femme et de l’enfant; ces
phénomènes, qu’on observe chez les eunuques, dépendent du défaut de développement du larynx. 1 1
Je viens d’exposer la disposition des différentes parties qui entrent dans l’organisation du larynx, et les modifications qu’elles présentent suivant les sexes et aux différentes
époques de la vie. Le larynx est l’organe de la voix , son qui se forme au moment où l’air expiré traverse la cavité de cet organe , lorsque les muscles intrinsèques de la glotte sont dans un état de contraction. La trachée artère n’est qu’un porte-vent, qui fournit l’air au larynx , et c’est dans cet organe que le son vocal est produit. Ce son se forme a 1 ouverture de la glotte, aux deux ligamens appelés corde s vocales inférieures. On peut en effet détruire toutes les autres parties du larynx sans que la voix soit anéantie , et elle ne 1 est en entier que par la lésion de celle-la. Voici ce qui est generalement reconnu sur le mécanisme de la phonation ou de la production de la voix. L’air de l’expiration est poussé dans le larynx avec plus ou moins de force, sous l'influence de la volonté , par l’appareil musculaire du thorax; les muscles propres du larynx, contractés également sous l’influence de la volonté , donnent aux rebords de la glotte et aux cordes vocales inférieures assez de tension pour briser cet air, qui en reçoit les vibrations desquelles resuite le son. Le thoi ax et ses muscles représentent le soufflet des jeux d’orgue; la trachée, le porte - vent, et la glotte et ses bords, l’anche qui communique les vibrations à l’air. Le son, ainsi produit dans le larynx, passe par la bouche et les fosses nasales, qu on a nommées le tu^au musical de l’appareil de la phonation , et qui le modifient h leur tour de mille manières différentes. La plupart des physiologistes admettent que le larynx est un instrument à vent et à anche , et non un instrument à cordes, comme l’avait avancé Ferrein dans un mémoire lu à l’académie des sciences en 1741. Ils ne diffèrent guère entre eux que pour ce qui tient au ton et au timbre de la voix : nous ne pouvons , pour 1 étude de cette intéressante partie de la physiologie , que renvoyer aux travaux de Galien , Fabrice d Aquapendente , de Dodart, Ferrein, Bichat, et aux recherches de MM. Cuvier, Dutrochet, Magendie et Biot.