DE LA LANGUE
La langue, qui est l'organe spécial du goût, occupe la plus grande partie de la cavité PI- i38. buccale, à la paroi inférieure de laquelle elle est fixée. Elle s'étend depuis l'os hyoïde jusque derrière les dents incisives. Circonscrite par l'arcade dentaire inférieure qui l'entoure, elle est remarquable par sa forme symétrique, sa texture essentiellement musculaire, la nature de la membrane qui l'enveloppe, et la grande quantité de nerfs et de vaisseaux qu'elle reçoit.
La langue a la forme d'une pyramide aplatie de bas en haut , dont la base serait dirigée pi. i3^,C" en arrière. 2.
Sa face supérieure est convexe d'avant en arrière, surtout vers son tiers postérieur. Elle offre : 1° un sillon médian qui la parcourt dans toute sa longueur, et la divise en deux moitiés égales ; 2° à l'extrémité postérieure de la ligne précédente , un trou nommé borgne [foramen cœcum) , sorte de cul-de-sac dans lequel viennent s'ouvrir plusieurs follicules rauqueux; 3° tout-à-fait en arrière, trois replis muqucux qui unissent sa base à l'épiglotte, et qu'on a désignés sous le nom de ligamens glosso -épiglotliqucs. Ces replis ont V\.xii,Ci«\\. une forme triangulaire; l'un est médian, les deux autres sont latéraux; 4° au-devant de ces replis membraneux, des follicules muqueux irrégulièrement disséminés; 5° des papilles nombreuses.
La face inférieure de la langue est libre dans son tiers antérieur. Au milieu , elle adhère à la partie postérieure de l'os maxillaire inférieur par un repli muqueux de forme triangulaire , nommé le Jilet ou le fi-ein de la langue. Derrière ce repli , la face inférieure de la PJ 1.J8. langue est fixée à l'os maxillaire et à l'hyoïde par les muscles génio-glosses et hyo-glosses. Ses parties latérales seules sont libres , et forment de chaque côté une sorte de cuî-de-sac avec la paroi inférieure de la bouche.
Les bords de la langue sont arrondis, épais en arrière, et s'amincissent en s'appro- pj jj„ ^. chant de la pointe; vers la face supérieure, ils offrent quelques stries verticales formées par des papilles.
La pointe de la langue est arrondie , et repose , dans l'état ordinaire , derrière les dents
incisives inférieures. Sa base , épaisse au niveau du voile du palais , aux piliers antérieurs duquel elle donne attache, s'amincit ensuite en descendant vers l'os hyoïde, et se termine en s'iusérant à cet os par un tissu cellulaire dense et par quelques fibres des muscles hyo-glosses et génio-glosses.
La langue est enveloppée par une membrane muqueuse qui se continue avec celle de la Pl. i38. bouche et du pharynx. Cette membrane offre une organisation particulière; ainsi : 1° elle est recouverte d'une couche épidermique très-épaisse; 2° elle est hérissée d'une foule de P!.i3j.fis. I, petites éminences auxquelles on a donné le nom de papilles, et qui sont de forme et de ^- nature différentes. Sœmmering distingue quatre espèces de papilles sur la membrane mu-
queuse de la langue; savoir : les coniques, les fungiformes, les conoïdes et les fdifoi'mes. La plupart des anatomistes n'en admettent que de trois espèces.
1" Les papilles lenticulaires ou coniques , dont le nqmbre varie de neuf jusqu'à quinze , sont placées sur deux lignes obliques qui forment , en se réunissant en arrière , vers le Pl. i34, fig. I, trou borgne, un V dont la base est dirigée en avant; elles sont plus ou moins saillantes, 2, 5,6. arrondies ou ovalaires à leur surface; semblables à un cône renversé, elles sont entourées d'un bourrelet muqueux dont elles sont séparées par un cul-de-sac circulaire, au fond duquel existent des cryptes muqueux. Ces papilles sont de vraies glandes mucipares qui reçoivent beaucoup de vaisseaux sanguins et de fdets des nerfs glosso-pharyngiens. Pl. ij4,fig. 1, 2° Les papilles fungiformes sont plus nombreuses que les précédentes; disséminées près des bords et vers la pointe de l'organe , elles sont molles , d'apparence spongieuse, et faciles à reconnaître par leur tète arrondie que supporte un pédicule étroit. Pi.i34, fig. I, 3° he?, papilles conoUles ou filiformes sont les plus nombreuses de toutes; elles occupent l'espace compris entre les papilles lenticulaires , les bords et la pointe de la langue ; elles ont en arrière un arrangement plus régulier qu'en avant; elles représentent autant de petits cônes très-fins et irès-allongés , dont le sommet est libre et la base implantée sur la langue. Les postérieures sont plus volumineuses et verticales ; les antérieures sont plus déliées et un peu inclinées; elles laissent souvent entre elles des espaces qui ont l'apparence de gerçures irrégulières. Les papilles des deux dernières espèces sont formées par un entre- Pi. 1 34, fig. 7, lacement des filets du nerf lingual et un lacis vasculaire très-fin , réunis par du tissu cellu- ^' ^' lairc. La membrane muqueuse de la langue est revêtue, ainsi que les papilles, par un
épidémie fort distinct. On trouve entre ces parties un liquide coagulable peu abondant.
Les autres parties qui entrent dans la composition de la langue sont : 1° les muscles stylo-glosses , hyo-glosses, génio-glosses et lingual.
Mon confrère, M. Gerdy , a fait dernièrement des recherches intéressantes sur l'organisation de la langue. Voici les faits principaux qu'il a fait connaître à ce sujet. Pl.i35 fir.5. 1° trouve au-dessous de la couche muqueuse une membrane propre , dense et comme cartilagineuse, qui donne beaucoup de solidité aux insertions des fibres musculaires sousjacentes ;
PL î 35. fig. I. 2° Un tissu jaune lingual recouvre la base de la langue et tapisse la membrane précédente qui , dans cet endroit , est molle et n'a point la structure cartilagineuse. Ce tissu adhère à l'hyoïde , à l'épiglolte , et à beaucoup de fibres musculaires : il est élastique , et contient un grand nombre de follicules muqueux dans son épaisseur ;
Pl.i35,fig. I. 3° Un muscle lingual superficiel recouvre toute la surface supérieure et les bords de la
langue. Il adhère fortement à la membrane , et s'attache en arrière au tissu jaune ; il est composé de fibres qui, de ce tissu, se portent en avant, les unes sur la face supérieure de la langue , en convergeant sur la ligne médiane , les autres dessus et dessous ses bords jusqu'à la pointe ;
4° Deux muscles linguaux profonds , sous forme de petits faisceaux allongés, sont placés PI i35, flg. de chaque côté sous les deux tiers postérieurs de la langue, entre les hyo-glosses et les génio-glosses ;
5° Des muscles linguaux Iransverses sont situés sous le lingual superficiel; ils traversent Pl. ijD.fiç;. 4toute la largeur de la langue, passent entre les fibres latérales du lingual superficiel , qu'ils croisent à angle droit à peu près , et s'attachent à la membrane de la langue sous les bords de cet organe. Ils sont divisés sur la ligne médiane par un raphé fibro-celluleux , et deviennent graduellement de plus en plus courbes vers la base de la langue ;
6" Des muscles linguaux verticaux s'étendent de la membrane de la surface supérieure Pl. ijS.ii^- 7, de la langue à la même membrane de la face inférieure, en traversant toute son épaisseur. ^' ^' Leurs fibres passent entre celles des linguaux transverses , qu'elles croisent à peu près comme les fils des toiles; ils se courbent, et deviennent de plus en plus obliques vers la base de l'organe;
7° Les muscles stylo-glosses se confondent, sous les bords de la langue , avec les fibres pi 135^ fij^..., latérales du lingual superficiel et du lingual profond , au-devant de l'hyo-glosse. De leur '• réunion s'élèvent quelques fibres qui se portent obliquement en haut et en avant, jusqu'à la membrane de la langue;
8° Les fibres postérieures des muscles hyo-glosses se confondent en partie avec celles du lingual superficiel sur les bords de la langue ;
9° Les fibres des muscles génio-glosses se portent en rayonnant de l'apophyse géni aux Pl. i35, tlj;. 5. trois quarts postérieurs de la langue, sur la ligne médiane , jusqu'à l'os hyoïde, au tissu jaune et à la membrane propre. Elles traversent de bas en haut les muscles linguaux transverses, le lingual superficiel, et se courbent légèrement en haut et en-dehors, dans l'épaisseur même de la langue ;
10° Les muscles glosso-slaphyllns , placés dans l'épaisseur des piliers antérieurs du voile du palais , se perdent sur les côtés de la langue , en se confondant avec les muscles lingual superficiel et stylo-glosse.
La langue reçoit : 1° la branche linguale du nerf maxillaire inférieur; 2° les nerfs glosso- pi, ,34^1^,4. pharyngien et grand hypoglosse : les filets de ces deux derniers appartiennent spécialement à ses muscles ou à ses follicules mucipares, et ceux du premier à la membrane muqueuse et aux papilles coniques en particulier; 3° les deux artères linguales et les veines pj j ^, correspondantes ; 4° des vaisseaux lymphatiques qui se rendent dans des ganglions placés sur le bord des muscles hyo-glosses ; 5° un tissu cellulaire graisseux qui occupe les intervalles des muscles , et parait disséminé entre leurs fibres charnues vers la face supérieure.
La langue est l'organe spécial du goût. Essentiellement musculaire, douée d'une extrême mobilité , elle concourt , avec les autres parties de la bouche, a la succion , a la mastication, à la déglutition, à l'expuition , à la prononciation , etc.
g III. Des organes de Volfaclion ou da nez et des fosses nasales.
l*> DU NEZ.
Le nez est une éminence de forme pyramidale, qui couvre et protège l'ouverture antérieure des fosses nasales. Placé sur la ligne médiane , il est borné en haut par le front, en bas par la lèvre supérieure , et sur les côtés par les orbites et les joues.
Ses faces latérales sont séparées de ces dernières par un sillon demi-circulaire , et se réunissent au milieu par un bord saillant , qu'on nomme le dos du nez. Ce bord se termine en bas par une extrémité arrondie , nommée le lobe. Au-dessous de celui-ci sont deux ouvertures, toujours béantes, séparées par une cloison qui se continue avec celle des fosses Pl. i36.fig.i. nasales, et qu'on appelle narines. Celles-ci sont bornées au-dehors par les ailes du nez.
Au-dessous de la cloison existe une gouttière superficielle, verticale, qui divise la lèvre supérieure en deux parties.
Le nez est ordinairement placé sur la ligne médiane; il n'est pas rare de le voir incliné à gauche ou à droite, mais surtout dans ce dernier sens.
Les variétés nombreuses de forme du nez peuvent être rapportées à trois espèces principales : 1° le nez aquilin, qui est allongé, pointu, et légèrement incliné en bas ; 2" le nez camard ou épaté , qui est large, comme écrasé, et dont les narines sont dirigées en avant; 3° le nez retroussé , dans lequel le lobe se relève fortement. On trouve , outre ces variétés de forme générale du nez , d'autres qui ne portent que sur quelques-unes de ses parties ; ainsi le dos du nez , ordinairement convexe et gibbeux, est, chez quelques individus, déprimé et concave ; les narines sont tantôt resserrées , étroites , et tantôt larges et dilatées; elles sont horizontales ou plus ou moins obliques. Ces variétés que présente le nez dans son volume , sa forme , les proportions dans lesquelles se trouvent entre elles ses différentes parties , ont une grande influence sur la physionomie des diff"érens individus.
Structure du nez. Outre les os propres du nez et les apophyses moulantes des os sus-maxillaires qui entrent dans la composition de cet organe, on trouve encore une couche dermoïde, des fibro-cartilages membraneux, un cartilage, des muscles, des vaisseaux et des nerfs.
Pl. i36,fig. I. 1° La peau qui couvre le nez est lisse, fine , dépourvue de poils , et assez adhérente aux parties sous-jacentes, surtout inférieurement. Elle renferme une grande quantité de follicules sébacés, dont les plus volumineux se trouvent vers la rainure des ailes du nez. Pl. 62. lig. I. 2° Les inuscles du nez sont les pyramidaux , les transverses , les élévateurs communs des PL 63, fig. 1, ^.jg^ lèvre supérieure , les abaisseurs des ailes du nez.
PI.i36.fig.2, 3° Le cartilage du nez est placé sur la ligne médiane, et divisé en trois portions, une moyenne et postérieure , nommée cartilage de la cloison , et deux latérales et antérieures , connues sous le nom de cartilages latéraux. Le cartilage de la cloison est une lame épaisse, de forme triangulaire, verticalement placée, qui se prolonge dans les fosses nasales. Ses deux faces sont latérales, rugueuses, comme chagrinées, et tapissées par la membrane piluitaire. Son bord supérieur est épais, inégal, et uni au bord inférieur de la lame verticale de l'ethmoïde. Son bord inférieur offre deux portions : l'une postérieure, oblique
3, 5, C, 7 Pl. i38,fi2.i
en bas et en avant , est reçue dans le bord correspondant du vomer ; l'autre antérieure , arrondie, libre, est placée entre les branches internes des fîbro-cartilages des narines.
Son bord antérieur est saillant , sous-cutané , plus épais en haut qu'en bas , et se réunit dans ce dernier sens avec le bord inférieur, sous un angle obtus. Par sa partie supérieure, ce bord fournit deux expansions latérales qui lui sont continues en haut, et s'en trouvent séparées en bas par une fente. Ces cartilages latéraux ont une forme triangulaire, ils se Pl. iSG.fig. ; portent obUquement sur les côtés du nez, au-dessous de ses os propres. Ils sont fixés à ^' ^' ces derniers , aux apophyses montantes des os sus-maxillaires et aux fibro-cartilages des narines, par des membranes fibro-celluleuses serrées. Recouverts en dehors par le muscle triangulaire du nez , ils sont revêtus en dedans par la membrane piluitaire.
4° Les Jibro^cartilagcs des narines représentent une ellipse tronquée en arrière. Ils sont pi.i36, C".: recourbés sur eux-mêmes , et formés de deux branches coudées à angle en avant. De ces 4» ^> 0branches, l'interne est contiguë à la cloison, horizontale, et ordinairement un peu inférieure à l'externe. Tapissée en dehors par la membrane pituitaire , elle répond en dedans et en arrière au cartilage de la cloison ; en dedans et en avant , à celle du côté opposé , dont elle est séparée par du tissu cellulaire. En arrière, elle se termine eu pointe. La branche externe , dirigée en haut et en arrière , plus krge , plus élevée que la précédente , est unie par une membrane fibro-celluleuse aux cartilages latéraux et à celui de l'aile du nez. Elle est recouverte en dehors par le muscle triangulaire , et en dedans par la membrane pituitaire.
b° Fibro-cartilages des ailes diincz. Leur grandeur et leur forme offrent beaucoup de Pl.i3C,l variétés. Situés à la partie postérieure des ailes, ils sont souvent partagés en plusieurs plaques irrégulières; ils sont recouverts par une membrane fibreuse , laquelle les fixe aux cartilages latéraux, à ceux des narines et au rebord concave de l'os maxillaire qui concourt à former l'ouverture antérieure des fosses nasales.
Ces fibro-cartilages ont pour usage de soutenir le nez , de déterminer sa forme; par leur souplesse et leur élasticité, ils tiennent les narines constamment ouvertes , et leur permettent des mouvemens de dilatation et de resserrement.
6° Les vaisseaux et les nerfs du nez seront décrits plus tard.