USAGES DES PARTIES QUI ENTRENT DANS LA COMPOSITION DES ARTICULATIONS
Les parties qui maintiennent les os en rapport au niveau de leurs articulations , et qui facilitent leurs mouvemens , sont , comme nous venons de le voir, des cartilages , des fibrocartilages , des ligamens , des capsules synoviales : chacune de ces parties ont des usages spéciaux que je vais faire rapidement connaître.
1° Les cartilages qui encroûtent les extrémités articulaires des os, étant doués d'une grande élasticité , font en quelque sorte office de coussins , qui décomposent les mouvemens ou les chocs qui sont transmis aux différentes pièces osseuses du squelette ; en adoucissant ces mouvemens, ils préviennent les fractures, qui sans eux en seraient bien plus souvent le résultat : par leur surface libre , qui est très-lisse , ils facilitent les mouvemens des os, et rendent presque nuls les frottemens qui ont lieu entre les surfaces articulaires. Les cartilages des prolongemens des côtes donnent plus de mobilité et une grande élasticité aux arcs qu'ils représentent avec ces os. Ils contribuent à l'expiration, par cette même élasticité, en revenant sur eux-mêmes lorsqu'ils ont été légèrement tordus par l'action des muscles inspirateurs.
2° Les Jibro-cartilages remplissent à peu près les mêmes usages que les cartilages d'incrustation relativement à la décomposition des chocs que peuvent recevoir les articulations. Dans quelques cas ils agrandissent l'étendue ou la profondeur de certaines cavités , et par cela même ajoutent à la solidité de l'articulation , comme on le voit pour les ligamens glénoïdien et cotyloïdien , qui sont de véritables fibro-cartilages. Dans d'autres cas ils bornent les mouvemens des articulations , qu'ils affermissent en même temps , comme le fibro-cartilage de l'articulation sterno-claviculaire , celui de l'articulation radio-carpienne inférieure. Le fibro-cartilage de l'articulation temporo -maxillaire donne une très-grande mobilité à la mâchoire inférieure , et permet à son condyle de passer facilement sous la branche transverse de l'apophyse zygomatique.
3° Les ligamens , par leur grande force de résistance jointe à une extrême souplesse, sont les moyens les plus puissans qui maintiennent en rapport les surfaces osseuses et
s'opposent à leur séparation. Tantôt , comme dans les articulations orbiculaires , ils représentent des poches fibreuses qui permettent des mouvemens dans tous les sens , et sont toujours plus épaisses et plus résistantes là où il y a de plus grands efforts à soatenir , comme on l'observe dans les capsules fibreuses des articulations coxo-fémorale et scapulohumérale ; tantôt , placés sur les parties latérales des articulations , ils permettent seulement des mouvemens en deux sens opposés , comme dans les articulations ginglymoïdales. Dans ce dernier cas, presque toujours leurs insertions aux os se font en arrière ou en avant de l'axe transversal de l'articulation , de sorte qu'ils bornent les mouvemens d'extension , comme on le voit pour les li^amens latéraux des articulations fémoro-tibiale , cubito-humérale , phalangiennes , etc. Bien que peu extensibles , les ligamens , lorsqu'ils ont été distendus, concourent, par leur rétractilité de tissu, a rétablir les articulations dans la situation qu'elles prennent naturellement pendant le repos , et , sous ce point de vue , par leur résistance à la distension , ils agissent comme antagonistes des muscles qui les ont distendus : ainsi dans les mouvemens de la colonne vertébrale , l'es ligamens antérieurs et postérieurs de cette tige osseuse tendent alternativement à la remettre dans sa direction naturelle , quand elle a été portée dans la flexion ou dans l'extension par l'action des muscles. Nous avons déjà examiné le mode d'action des fibres, des cartilages inter -vertébraux lors de ces mouvemens. L'action élastique des ligamens jaunes povir redresser la colonne vertébrale est des plus évidentes , si par une coupe verticale on sépare en même temps ces ligamens et les lames des vertèbres auxquelles ils s'implantent, et si l'on vient à exercer des mouvemens de traction en sens inverse aux extrémités de l'espèce de bande ou de chapelet que représentent ces parties ainsi détachées. Certains ligamens bornent les mouvemens de rotation des os; tels sont les ligamens odontoïdiens pour les mouvemens de l'articulation occipito-axoïdienne. Les ligamens qui affermissent les articulations du bassin peuvent se relâcher dans certaines circonstances , et permettre l'ampliation de cette cavité , comme on l'observe chez les femmes vers la fin de la gestation.
4° Les membranes synoviales n'ont point rapport à la solidité des articulations. Elles forment des espèces de poches qui retiennent entre les surfaces osseuses la synovie qu'elles sécrètent. Ce dernier liquide , par sa viscosité , adhère facilement aux feuillets très-minces de ces membranes synoviales qui revêtent les cartilages d'incrustation , et agit à peu près comme les corps onctueux que l'on met entre les rouages des machines , pour adoucir leurs frottemens et faciliter leurs mouvemens.