Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques
Tout être organisé, doué de la faculté de sentir et de se moiivoir, se compose de deux ordres d'organes, les uns qui président à sa nutrition, les autres qui établissent ses rapports avec le monde extérieur. Absorber des éléments réparateurs, les modifier, les disséminer dans toutes les parties du corps, puis les assimiler à ces parties, et les reprendre plus tard pour les renouveler sans cesse, tel est le rôle confié aux premiers ; recueillir les impressions du dehors par mille canaux divers, percevoir ces impressions et réagir ensuite par d'autres canaux sur l'appareil locomoteur, tel est l'attribut essentiel des seconds. Les organes consacrés à la vie intérieure ou nutritive se succèdent comme les rouages d'une montre, de telle sorte que lorsque le premier anneau de cette chaîne entre en mouvement, celuici se communique de proche en proche à tous les autres ; les organes préposés à la vie extérieure ou animale rayonnent autour d'un centre qui les domine à la fois et parla position élevée qu'il occupe, et par l'importance de ses fonctions. Ce centre vers lequel converge tout sentiment, d'où part tout mouvement, d'où naissent toutes les impulsions de l'instinct, tous les actes de la volonté, tous les phénomènes de l'intelligence, ce centre qui envoie des rameaux à tous les organes et qui établit ainsi entre toutes les fonctions la plus parfaite harmonie, constitue l'appareil de l'innervation dans son état d'activité, et le système nerveux dans son état de repos.
Un axe émettant de chaque côté des branches qui se partagent en rameaux de plus en plus grêles pour aller se répandre dans tous les points de l'organisation , telle est, dans son expression la plus simple, la forme sous laquelle cet appareil se présente à nous. Des deux parties qui le composent, la première , ou sa partie centrale, est seule active; la seconde, ou sa partie périphérique , reste constamment passive, soit qu'elle transmette les impressions au centre élaborateur, soit qu'elle porte le principe de leurs mouvements aux muscles , où l'influence nerveuse a d'autres organes.
La partie centrale, grêle, cylindrique et semblable à une tige, se termine II. 1
à son extr(?mité supëi'ienre par un renflement ovoïde qui semble résulter (le son épanouissement, et qui en a été considéré, en effet, comme une sorte d'efflorescence.
La partie périphérique revêt la forme de cordons dont le diamètre s'accroît pour quelques uns à une petite distance de leur point de départ, par suite de l'accolement et de la fusion de plusieurs branches voisines, mais qu'on voit ensuite diminuer de volume et augmenter en nombre dans le trajet qu'ils parcourent pour arriver au terme de leur distribution.
Le volume de la masse centrale est d'autant plus grand et celui des radiations périphériques d'autant plus petit que l'on s'élève davantage dans la série animale ; par conséquent, la centralisation graduelle du système nerveux est le signe par lequel se manifeste son perfectionnement successif.
Pendant que la partie centrale devient de plus en plus prédominante , sa surface augmente graduellement d'étendue et se plisse sur elle-même k des profondeurs toujours proportionnelles à son accroissement. Ces replis ou circonvolutions dont on ne trouve aucun vestige sur le système nerveux des poissons, des reptiles et des oiseaux, se montrent au contraire dans la plupart des mammifères ; on les voit apparaître chez les rongeurs et les édentés, et acquérir des dimensions progressivement plus grandes en passant de ces animaux aux ruminants et aux carnassiers, de ceux-ci aux quadrumanes, et de ces derniers à l'homme, qui parle nombre et la hauteur de ses circonvolutions , c'est-à-dire par la vaste surface de sa masse nerveuse centrale plus encore que par le poids et le volume de celle-ci , se place à une grande distance au-dessus des animaux les plus rapprochés de lui par l'organisation de leur système nerveux.
Volume de plus en plus prépondérant de la masse nerveuse centrale, surface graduellement croissante de cette masse, tels sont donc les attributs que revêt l'appareil de l'innervation en parcourant la série de ses perfectionnements dans l'échelle animale. L'observation nous montre que ces deux éléments de la perfectibilité nerveuse, le volume et la surface, s'associent dans des proportions correspondantes, et que les lois qui règlent cette association sont aussi celles qui président à la répartition de l'intelligence dans les divers animaux : c'est sur la réunion de ces éléments portés à leur plus baut développement que repose la supériorité intellectuelle de l'homme sur tous les êtres qui l'entourent.
Considéré dans les mammifères, et plus spécialement dans l'espèce humaine, le système nerveux nous offre à étudier sa conformation extérieure et sa structure.