PIE-MÈRE
La pie-mère, enveloppe immédiate du centre nerveux, est une membrane essentiellement vasculaire et plexiforme, d'une étendue superficielle beaucoup plus considérable que celle du feuillet viscéral de l'arachnoïde. En admettant , pour un instant , que les circonvolutions du cerveau et du cervelet s'effacent à la manière des plis d'une vessie qu'on aurait insufflée, la vaste surface que présenterait l'axe cérébro-spinal par suite de ce déplissement général n'excéderait pas celle de la pie-mère qui continuerait à la recouvrir sur tous les points. La différence qu'on observe entre les dimensions des enveloppes séreuse et vasculaire de l'axe nerveux dépend de ce que la première passe comme un pont au-dessus de tous les sillons qu'elle rencontre, tandis que la seconde se déprime au niveau de chacun d'eux, se moule sur toutes les saillies, et reste, en un mot, constamment en contact avec la substance nerveuse, quelles que soient les saillies ou les anfractuosités qu'elle rencontre.
Par sa surface externe la pie-mère est unie au feuillet viscéral de l'arachnoïde à l'aide d'un tissu cellulaire dont la densité varie suivant les régions : sur le cerveau et le cervelet, ce tissu est aréolaire, très fin, d'une résistance presque nulle et facile à distendre par l'insufflation; autour delà moelle, autour de la protubérance, et dans l'espace sous-arachnoïdien antérieur, il est rougeàtre, filamenteux, dense et résistant.
Au niveau de l'origine des nerfs, cette membrane, devenue moins vasculaire et d'apparence cellulo-fibreuse, se prolonge sur leurs racines, puis sur les troncs nerveux et constitue leur névrilème. Poiu- constater que ces prolongements névrilématiques forment une dépendance de la piemère, il suffit de faire refluer de bas en haut par une pression convenable toute la substance médullaire contenue dans sa portion spinale et de l'insuffler ensuite. On constatera alors que toutes les racines des nerfs spinaux n'ont rien perdu de leur adhérence à la moelle, bien qu'il ne reste de celle-ci que son enveloppe immédiate.
Par sa surface interne la pie-mère répond à l'axe cérébro-spine"d auquel elle est unie soit par les rameaux artériels qui plongent dans l'épaisseur du centre nerveux, soit par les radicules veineuses qui naissent de ce dernier, soit aussi par quelques prolongements de nature celluleuse qui sont tantôt aréolaires comme ceux des diverses parties de l'encéphale, tantôt de forme
membraneuse comme ceux qui naissent de la face interne de l'enveloppe de la moelle. On ne saurait détacher la pie-mère du centre nerveux sans déchirer ces liens cellulo-vasculaires dont on voit flolter les débris lorsqu'on examine sa face interne sous l'eau.
Au niveau de la substance médullaire, chaque capillaire arraché de la surface nerveuse laisse à sa place un pertuis, et si ces pertuis sont très nombreux, la partie sur laquelle ils reposent simule une sorte de crible ou de pomme d'arrosoir,
La pie-mère, pénétrant entre les circonvolutions du cerveau et du cervelet, offre au niveau de toutes les anfractuosités du centre nerveux une duplicature dont les deux lames s'adossent l'une à l'autre.
Indépendamment de ces replis, elle en présente quelques autres qui naissent de la même manière, mais qui, se portant plus profondément et jusque dans l'intérieur des cavités ventriculaires, ont reçu une destination spéciale : tels sont la toile choroïdienne, les plexus choroïdes cérébraux, les plexus choroïdes cérébelleux, et enfin la membrane qui tapisse toutes les cavités ventriculaires. La description de ces divers prolongements appartient à l'histoire des ventricules de l'encéphale ; il sera seulement question ici des connexions de la membrane qui revêt ces cavités avec l'arachnoïde et la pie-mère.
Selon Winslow et Haller, dont l'opinion a été adoptée par M. Longet et M. Froment, la membrane ventrieulaire appartiendrait en totalité à la pie-mère; d'après Biehat, M. Cruveilhier et quelques autres anatomistes, elle devrait être rangée au contraire parmi les séreuses. De quel côté se trouve la vérité? En faveur de la première opinion on a invoqué les raisons suivantes :
1° Au niveau de l'orifice par lequel les ventricules communiquent avec l'extérieur de l'encéphale, le feuillet viscéral de l'arachnoïde ne se continue en aucune manière avec la séreuse dite ventrieulaire.
2° Au niveau du même orifice profondément situé dans l'espace sousarachnoïdien postérieur, la pie-mère se continue au contraire avec cette membrane.
3° Au niveau de la fente de Biehat il existe une continuité semblable et beaucoup plus étendue.
4° On constate la présence de quelques vaisseaux capillaires dans l'épaisseur de la membrane ventrieulaire.
5° Cette membrane communique sur plusieurs points avec la surface extérieure de l'encéphale, disposition qui achève de la distinguer des enveloppes séreuses dont la forme est celle d'un sac sans ouverture.
A ces raisons on peut répondre : que sur la plus grande partie de son étendue la membrane des ventricules est lisse, unie, transparente et formée par un tissu cellulaire condensé.
Que sur cette lame celluleuse, Purkinje et Valentin ont signalé un épithélium vibralile.
Que la présence d'une couche épithéliale sur une lame celluleuse caractérise essenliellemènt les séreuses ; que la membrane ventrieulaire offre par conséquent avec ces enveloiipes la plus grande analogie par sa structure, ses fonctions et ses maladies, et que deux tissus qui se ressemblent sous ce triple rapport doivent être considérés comme identiques.
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En tenant comiile des faits sur lesquels s'appuient les deux opinions, on arrive à reconnaître (Qu'elles ne sont pas incompatihles. L'observation ayant démontré en effet que la membrane- des ventricules se continue largement avec la pie-mère dont elle offre plusieurs des caractères, il est impossible de ne pas admettre qu'elle est une dé[)endance de cette enveloppe ; mais la présence d'une couche épitliéliale sur les parois ventriculaires étant aussi un fait acijuis à la science ; on ne peut méconnaître que la partie de la piemère qui vient s'appliquer sur ces parois se trouve notablement modiliée par la superposition de cette couche nouvelle, et qu'ainsi modifiée la piemère ventriculaire peut être considérée sinon comme idcnticiue, au moins comme très analogue aux membranes séreuses. Formée par un élément celluleus dans lequel on trouve à peine quelques vaisseaux, recouverte par un épithélium qui lui donne un aspect uni, sécrétant un liquide transparent, elle réunit véritablement tous les attributs essentiels de ces membranes.
Texture de la lyie-mère. Deux éléments composent cette enveloppe : un élément cellulaire et un élément vasculaire ; l'un et l'autre varient beaucoup, suivant les régions oîi on les observe.
Autour du cerveau et du cervelet l'élément celluleux est fin, aréolaire et distendu par la sérosité accumulée dans ses mailles. — Sur les pédoncules cérébraux et cérébelleux moyens, sur la protubérance annulaire et sur toute l'étendue de la moelle, il devient graduellement plus dense et prend un aspect fibreux dont les caractères sont très accusés sur les faces antérieure et postérieure de la moelle, et plus encore sur le ligament dentelé et le ligament coccygien; ces ligaments, ainsi que la pie-mère spinale, seront décrits avec la moelle épinière dont ils forment une dépendance.
L'élément vasculaire est formé par des rameaux artériels et veineux anastomosés entre eux ; à la périphérie de l'encéphale ces rameaux sont extrêmement multipliés et forment une véritable toile rétiforme dans laquelle le tissu cellulaire se trouve en si faible proportion qu'on ne peut le distinguer qu'après avoir distendu ses mailles par l'injection d'une certaine quantité d'air ; à la surface de la protubérance et de la moelle les rameaux artériels et veineux sont plus déliés et surtout beaucoup plus rares ; ici c'est l'élément celluleux condensé en membrane qui devient prédominant.— Les artères et les veines ne concourent pas dans une égale proportion à la formation de la pie-mère; les veines, plus volumineuses que les artères, sont aussi beaucoup plus multipliées. Suivant M. Ludovic Hirchterfeld, les premières seraient aux secondes dans le rapport de 6 à 1.
On a aussi admis comme éléments constitutifs de la pie-mère des vaisseaux lymphatiques et des nerfs.
Les lymphatiques ont été signalés par Jlascagniqui n'en a observé qu'un très petit nombre dont il n'a pu constater ni l'origine ni la terminaison. Ceux que Fohman et Arnold ont fait représenter dans leurs planches sont manifestement des infiltrations du mercure dans les mailles du tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; il suffit de répéter leurs recherches pour arriver sur ce point à une conviction complète.
Les nerfs de la pie-mère n'ont été mentionnés que par Lancisi qui les faisait naître du facial ; cette opinion ne repose sur aucun fait d'observation, ou plutôt elle réunit contre elle tous les faits bien observés.
GRANULATIONS MENINGIENNES.
Les granulations méningienncs, ou glandes de Pacchioni, sont des corpuscules disséminés entre les enveloppes du cerveau et dans leur épaisseur; on les observe surtout vers la partie supérieure et interne des hémispliêres cérébraux, ci l'extrémité antérieure et supérieure du cervelet, au voisinage de l'origine du sinus droit, et sur divers points très variables des régions supérieure et inférieure du cerveau chez les individus parvenus à un âge très avancé.
La plupart de ces granulations offrent les dimensions d'un grain de millet.
Leur forme est arrondie ; quelques unes sont aplaties et deviennent alors circulaires ou ovalaires.
Leur consistance est assez ferme pour résist-sr à la pression de la pulpe du doigt.
Leur nombre est indéterminé, et en raison directe de l'âge ; nulles chez le fœtus, à peine apparentes chez l'enfant, elles ne se manifestent dans tout leur développement que chez l'adulte, et se multiplient dans une proportion remarquable chez le vieillard. Pendant cette période de développement et de multiplication, on les voit se rapprocher et former des groupes dont le diamètre peut atteindre 3 à 4 millimètres, et parfois même dépasser notablement cette étendue ; les granulations qui composent ces groupes se superposent de dedans en dehors, de telle sorte que les premières nées occupent le tissu cellulaire sous-arachnoïdien ; ceUes qui leur succèdent soulèvent le feuillet viscéral de l'arachnoïde, l'appliquent au feuillet pariétal, puis perforent ces deux feuillets, s'insinuent entre les fibres de la dure-mère et arrivent les unes jusqu'au dedans du sinus longitudinal où elles ne sont plus recouvertes que par sa tunique interne, les autres sous les parois du crâne qu'elles attaquent à leur tour pour se creuser dans leur épaisseur une loge plus ou moins profonde.
Dans le sinus on les trouve surtout autour de l'embouchure des veines cérébrales dont elles ont été considérées comme des valvules rudimentaires ; mais leur disposition assez irréguiière n'offre réellement aucune analogie avec des replis jouant le rôle de soupapes.
Les excavations qu'elles se creusent sur la table interne des os simulent autant d'altérations 'partielles que les anciens avaient en effet décrites comme des caries. Elles correspondent principalement au bord supérieur du pariétal. Mais elles s'étendent souvent bien au delà. Breschet, qui avait fait une étude spéciale de l'influence ([u'exercent les granulations méningienncs sur les parois du crâne, avait constaté qu'elles attaquaient non seulement les pariétaux, mais les frontaux, l'occipital et même la portion pierreuse du temporal ; sur deux crânes qu'il avait recueillis pour cette étude et qui se trouvent actuellement dans mon laboi'atoire, tous ces os sont comme criblés sur leur face interne d'excavations à contours irréguliers et taillées à pic; sur tous deux la plupart des sutures ont disparu par les progrès de l'ossification, et témoignent par conséquent de l'âge avancé des individus auxquels ils ont appartenu.
La nature des granulations méningiennes est encore inconnue; leur apparition à une époque tardive, leur multiplicité croissante dans les der-
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nières années de la vie, et les adhérences qu'on observe très fréiiucmniont entre le cerveau et ses enveloppes au niveau des jioints qu'elles occupent, ont porté (pielques auteurs, particulièrement Meckei, rortal et Elandin, à penser qu'elles étaient le produit d'un état pathologique. 3Iais ces adhérences ne se voient guère que lorsque les granulations sont rassemblées en groupes plus ou moins volumineux; tant que celles-ci restent solitaires, les méninges n'adhèrent ni entre elles ni aux circonvolutions ; et il est difficile alors de les considérer comme le résultat d'une affection dont il n'a existé aucun symptôme pendant la vie et dont on ne trouve aucun vestige après la mort. D'ailleurs l'existence des granulations est constante ; leur siège est toujours le même ; leur forme, leur volume, leur apparence varient très peu ; par tous ces caractères elles se distinguent essentiellement des produits pathologiques dont la variété est au contraire un des caractères dominants.
Pacchioni, qui le premier a remarqué et décrit ces corpuscules, les a considérés comme des glandules dont les conduits excréteurs allaient s'ouvrir dans le sinus longitudinal supérieur ; de là le nom de glandes de Pacchioni sous lequel ils sont encore désignés par quelques anatomistes ; mais l'existence de ces conduits excréteurs est purement hypothétique.
Ruysch ne voyait dans les granulations méningiennes que des globules de nature graisseuse. Leur couleur jaunâtre et leur siège primitif dans le tissu cellulaire sous-arachnoïdien viennent à l'appui de cette opinion. Si l'on considère en outre que le tissu osseux se raréfie par les progrès de l'âge, que des molécules adipeuses prennent alors la place des molécules osseuses qui disparaissent, on sera conduit à admettre que les corpuscules de Pacchioni se développent sous l'influence de ce grand mouvement de décomposition qui s'empare de tous nos organes vers le déclin de la vie, et qu'elles constituent un des caractères ou plutôt un des résultats par lesquels se manifeste la dégénérescence sénile.