‹ Manuel d'anatomie descriptive et de préparations anatomiques (volume 2)Chapitre 15 sur 133 · POIDS ET VOLUME DU CERVEAU · texte numérisé non relu

POIDS ET VOLUME DU CERVEAU

Ce qui fixe de prime aliorcl l'attention dans l'étude du cerveau, c'est son développement énorme comparativement à celui des autres parties du système nerveux. Chez quelques animaux, le cervelet, l'isthme de l'encéphale et la moelle épinière sont plus développés que chez l'homme ; mais il n'en est aucun où les hémisphères cérébraux arrivent à d'aussi grandes dimensions.

Le poids absolu du cerveau isolé du cervelet et de la protubérance par une coupe faite sur les pédoncules cérébraux, varie, suivant 31. Cruvei- Ihier, de t,000 à 1,500 grammes, ce qui donne pour la pesanteur moyenne de cet organe 1,250 grammes. — Chez 29 hommes adultes dont il a pesé le cerveau en se plaçant dans les mêmes conditions, 31. Parchappe a trouve pour terme moyen 1, 155 grammes, chiffre un peu inférieur au précédent.

M. Longet, désirant connaître le poids de la partie du cerveau qui est plus spécialement consacrée aux phénomènes de l'intelligence, a séparé sur 22 encéphales d'hommes adultes les hémisphères du corps calleux, du corps strié et des couches optiques, et les a pesés après les avoir dépouillés de leurs membranes; leur poids s'est élevé en moyenne à 1,050 grammes. En comparant ce poids partiel au poids total, on voit que les hémisphères, siège spécial de l'intelligence, constituent environ les 9/10"^* de la masse cérébrale ; les pédoncules cérébraux, les couches optiques, le corps strié et le corps calleux pris ensemble forment l'autre dixième.

Par le poids absolu de son cerveau, l'homme est supérieur à l'immense majorité des animaux ; trois vertébrés seulement paraissent l'emporter sur lui sous ce rapport : le dauphin, lorsqu'il est arrivé à son complet développement, l'éléphant, et la baleine dont l'encéphale a été évalué pour le premier à 1,800 grammes, et pour les deux autres à 1,500 ou 1,600. En déduisant de cette évaluation le poids du cervelet et celui de la protubérance annulaire qui, réunis, forment environ le sixième de la masse encéphalique, on voit que le cerveau du dauphin, qui est le plus lourd et le plus volumineux de tous, pèserait seulement 1,500 grammes, et ceux de l'éléphant et de la baleine 1,300. La différence est donc assez faible; et si l'on compare le poids et le volume du cerveau au poids et au volume du corps, elle se déplace pour devenir favorable à l'homme dont l'encéphale représente la 36^ partie de son poids total, tandis qu'il n'en compose que la 100« partie chez le dauphin, la 500* chez l'éléphant, et une proportion bien autrement minime chez la baleine. Chez le bœuf et le cheval le poids du cerveau ne s'élève qu'à 600 grammes environ.

Le poids et le volume du cerveau varient, dans la série animale, selon les classes et les proportions du corps, et dans l'espèce humaine, selon les races, le sexe, l'âge, les individus et l'état de santé ou de maladie.

1" Le poids et le volume du cerveau sont-ils dans un rapport déterminé avec le poids et le volume du corps dans la série animale?

De nombreuses évaluations ont été faites pour ari'iver à la détermination exacte de ce rapport. 31alheureusement elles n'ont pas été réalisées dans des conditions semblables. Parmi les auteurs de ces tables de comparaison il n'en est aucun qui ait tenu compte de l'âge ; or le volume du cerveau

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d'une part, et celui du corps de l'autre, subissent des modifications relatives considérables aux différentes époques de leurs évolutions, et ces modifications s'opèrent en sens inverse. Toutefois, en prenant la moyenne de tous les résultats obtenus , les vices attachés à cette manicre de procéder disparaissent en partie ; c'est ce qu'a fait M. Leuret, qui a ainsi constaté ([ue le poids de l'encéphale est au poids du corps :

Dans les poissons : : 1 ! 5668

Dans les repliles !! 1 : 1^"21

Dans les oiseaux :: 1 : 212

Dans les raymmifcrcs ;; 1 : 186

il est donc démontré que l'encéphale, et par conséquent le cerveau , qui en forme la plus grande partie, deviennent de plus en plus considérables à mesure que l'on s'élève dans la série animale ; mais cette conclusion, vraie lorsqu'on l'applique aux différentes classes de l'embranchement des vertébrés , cesse de l'être dès qu'on veut l'appliquer dans chaque classe aux ordres, aux genres et aux espèces qui les composent.

Chez l'homme, quelques auteurs, et particulièrement M. Parchappe, ont admis que le poids et le volume du cerveau varient avec la stature; les faits semblent plutôt favorables à l'opinion de Bichat, qui regardait la masse cérébrale comme complètement indépendante de la taille.

2° Le 'poids et le volume du cerveau varient-Us dans les différentes races?

L'influence des races sur le développement de la masse cérébrale a fixé l'attention d'un grand nombre d'observateurs, mais d'une manière indirecte ; car les seules notions que nous possédons à cet égard se trouvent disséminées dans les ouvrages qui ont pour but l'étude comparative du crâne dans les vertébrés et chez les divers peuples. Le fait général qui ressort de ces notions serait, d'après la plupart des auteurs, celui de la décroissance successive du volume du cerveau depuis le type caucasique, qui tiendrait le premier rang dans l'échelle des races humaines, jusqu'au type éthiopien, qui en formerait le dernier échelon ; or on sait combien il est difficile de juger de la capacité du crâne par sa conformation extérieure. Si la vérité de cette proposition n'était pas surabondamment démontrée, il suffirait pour l'établir d'opposer l'un à l'autre les résultats diamétralement opposés où sont arrivés sur ce point deux' anatomistes également remarquables par l'exactitude de leurs travaux, Sœmmerring et Tiedmann.

Sœmmerring s'exprime ainsi : « J'ai mesuré plusieurs crânes de nègres et presque tous mes crânes d'européens dans le but de comparer leur capacité respective; j'ai trouvé : 1° qu'une ligne conduite de la racine du nez, le long de la suture sagittale jusqu'au bord du trou ovale, était plus courte chez le nègre, la face ayant la même longueur ; 2° que la circonférence prise en passant au-dessus des sourcils et des os temporaux était moindre aussi; 3° qu'aucun des diamètres transverses n'égalait les diamètres correspondants des têtes européennes. » Ainsi, d'après cet auteur, tous les diamètres du crâne étant plus petits chez le nègre, la capacité de cette cavité serait un peu moins considérable chez lui et son cerveau se réduirait dans les mêmes proportions.

Tiedmann n'a pas procédé par mensuration ; après avoir pesé la tête

dont il se proposait de déterminer la capacité, il la remplissait de millet et la pesait de nouveau. Ce mode d'évaluation appliqué à 4 l individus de la race éthiopienne et à 71 crânes de la race caucasique, l'a conduit à admettre que la cavité qui renferme le cerveau du nègre n'a pas moins de capacité que celle affectée an cerveau de l'Européen.

M. le professera" Bérard est arrivé à une conclusion semblable en constatant sur plusieurs crânes de nègres qui avaient été mis à sa disposition et dont l'authenticité lui était bien démontrée, d'une part un diamètre vertical de 14 centiniètres d'étendue, de l'autre un élargissement considérable de toute la partie postérieure et inférieure de la boîte crânienne. Le rétrécissement que tous ces crânes présentaient dans les sens antéro-postérieur et transversal se trouvait compensé par l'élargissement en hauteur et en largeur de leur partie postérieure.

On peut conclure de toutes les considérations qui précèdent : 1" Que la capacité du crâne et le volume de l'encéphale ne diffèrent pas sensiblement dans les différentes races; 2° que la boîte crânienne est d'autant plus spacieuse en haut et en avant qu'on se rapproche davantage de la race caucasique, et d'autant plus spacieuse au contraire en bas et en arrière, qu'on se rapproche plus de la race éthiopienne ; d'où il suit que dans la première les hémisphères cérébraux, siège spécial de l'intelligence, sont proportionnellement plus développés que le cervelet et l'isthme de l'encéphale, tandis que dans la seconde ce sont ces deux parties qui offrent un développement plus considérable.

30 Le volume du cerveau est-il le même dans les deux sexes?

On admet assez généralement depuis Aristote, que le poids et le volinne du cerveau sont un peu moindres chez la femme que chez l'homme. Considéré d'une manière absolue, le poids de cet organe serait en effet moins considérable dans le sexe féminin, d'après les recherches de M. Parchappe, qui a constaté par la pondération de 18 encéphales de femmes saines et adultes une pesanteur moyenne de 1,2 10 grammes pour la totalité de l'encéphale, de 1,0 5 5 pour le cerveau, et de 147 pour le cervelet. Nous avons vu un peu plus haut que le poids moyen du cerveau s'élève chez l'homme, d'après le même auteur, à 1,155 grammes. Ainsi il existerait sous ce rapport une différence entre les sexes, et cette différence, favorable au sexe masculin, serait d'un onzième environ.

Considéré relativement aux dimensions du corps, le cerveau a paru yilus volumineux chez la fennne que chez l'homme, à quelques auteurs, et particulièrement à Meckel. M. Parchappe a émis un avis opposé : « L'encéphale, dit-il, absolument plus petit chez la femme, n'est pas sensiblement plus grand proportionnellement à la masse du corps, et ainsi il ne compense pas son infériorité absolue par une supériorité relative. »

4° Quelles sont les variations qu'éprouve le volume du cerveau aux différents âges ?

Ces variations sont considérables. Pendant la vie intra-utérine et les premières années de l'enfance, le cerveau offre sur tous les autres organes une prédominance qui diminue de plus en plus à mesure que ceux-ci approchent de leur complet développement. Son volume cesserait de croître de dix-huit à vingt ans, selon M, Sims. Suivant U, Parchappe, il n'arrive-

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rait à son niaximum d'accroissement qu'entre trente et quarante ans. J'incline vers cette dernière opinion, bien qu'il soit difficile de l'asseoir sur une démonstration rigoureuse, d'une part parce que les modiOcations de volume que le cerveau éprouve à celte époque de la vie constituent des différences si minimes qu'elles se dérobent presque entièrement à nos moyens de comparaison, de l'autre parce que ces différences varient avec la constitution, les mœurs, la profession, etc., conditions qui ne sont pas susceptibles d'analyse et qui devraient entrer cependant comme éléments dans la solution du problème. Quoi qu'il en soit, parvenu à ses plus grandes dimensions, le volume du cerveau reste assez longtemps stationnaire, et lorsqu'il participe au mouvement de décomposition qui s'empare de tous nos organes, c'est d'une manière toujours moins prononcée et plus tardive ; alors, devenant comme ceux-ci le siège d'une atropbie sénilc, il cesse de remplir aussi exactement la boîte du crâne; les anfractuosités qui sillonnent sa surface sont plus spacieuses ; le liquide céphalo-rachidien destiné à remplir ces sillons et tous les espaces vides se montre plus abondant : c'est pourquoi la surface du cerveau chez les vieillards est plus pâle, plus lavée en quelque sorte ; de là aussi l'aspect beaucoup plus uni de la face interne du crâne à cet âge . les impressions digitales dont elle était semée se comblant peu à peu à mesure que les circonvolutions auxquelles elles correspondent cessent de les remplir.

En résumé, le volume de la masse cérébrale comparé à celui de la masse corporelle est plus grand aux deux termes extrêmes de la vie, mais particulièrement au début de celle-ci, et plus petit aux époques moyennes de l'existence. Le volume absolu, plus petit au contraire chez l'enfant et le vieillard, arrive à ses plus grandes dimensions chez l'adulte quelques années après le complet développement du corps.

5° Le volume du cerveau varie-t-il suivant les individus, et ces variations sont-elles en rajjport avec le degré de l'intelligence?

Les dimensions du cerveau ont paru assez souvent en rapport avec l'énergie des facultés intellectuelles; quelques faits saillants tendent à démontrer ce rapport admis par un grand nombre de physiologistes et nié par d'autres. Baldinger assure que le cerveau de Cromwell pesait 6 livres et 1 /4, poids qui équivaut à 2k, 231 ; le Journal de lohrënologie d'Edimbourg nous apprend que celui de Byron pesait environ 2^,2 38 ; le poids de la masse encéphalique s'élevait chez Cuvier à lk,829, et chez Dupuytren à lk,436. Les évaluations relatives aux deux premières célébrités sont certainement entachées d'erreur ou d'exagération. Il n'en est pas de même de celles qui concernent les deux dernières ; mais de ces faits exceptionnels auxquels il serait facile d'en joindre quelques autres, on ne saui'ait tirer une conclusion générale ; à peine pourrait-on les accepter comme des probabilités en faveur de l'opinion qui voudrait mesurer chez l'homme la puissance intellectuelle au volume de la masse cérébrale.

Pour arriver sur ce sujet à des notions plus satisfaisantes, le moyen le plus direct et le plus sûr consistait à peser comparativement un nombre égal de cerveaux provenant d'idiots et d'hommes plus ou moins intelligents ; c'est ce qu'a fait M. Lélut qui a tiré de ce parallèle les conclusions suivantes :

1° L'encéphale est en général plus pesant et plus volumineux chez les hommes intelligents que chez les autres.

2° Celle proporlioiî plus grande de poids ou de volume est en général plus mavcmée dans les lobes cérébraux que dans le cervelet.

Ces deux propositions, ainsi que le reconnaît le même observateur, admcUcnt beaucoup d'exceptions. Elles nous montrent néanmoins que le cerveau est soumis dans l'accomplissement des phénomènes intellectuels à cette loi générale qui proportionne partout l'énergie de la fonction au développement de l'organe. Si parfois les bémispbères cérébraux paraissent se soustraire à l'empire de celle loi, rappelons-nous que leur développement PC mesure non seulement à l'étendue de leur diamètre, mais aussi et surtout à l'étendue de leur surface ; or cette dernière n'est pas toujours en rapport avec le volume, et nous ne possédons aucun moyen extérieur pour l'évaluer ; par conséquent, lorsqu'à la seule inspection du crâne nous cherchons à déterminer le degré de l'intelligence, nous nous plaçons dans les conditions d'un calculateur qui veut résoudre avec une seule donnée un problème qui en comporte plusieurs ; car, indépendamment du volunie et de la surface, il faut aussi tenir compte, ainsi ([ue Galien le voulait, de la nature intime de l'élément nerveux qui sans doute restera toujours pour nous à l'état de myslcre.

G° Le cerveau eprouvc-t-il des variations de volume correspondantes à celles du corps dans les divers états de santé et de maladie?

Ces variations ont été généralement niées ; l'immense majorité des analomistes admet avec Hallor (ju'entre tous les organes le cerveau est le seul qui ne maigrit pas. Assurément l'encéphale n'éprouve pas de ces grandes et rapides modifications de volume que nous présentent quelques uns des tissus de l'économie; mais ses dimensions se modifient certainement lorsque le corps passe d'un développement musculaire considérable et d'un embonpoint prononcé à l'émaciation tpie produisent d'ordinaire les maladies chroniques. M. Foville, <iui s'est attaché à défendre cette oi>inion, en a bien fait ressortir toule l'exactitude en opposant les [ihénomènes ipie présentent les cerveaux d'individus robustes morts de maladie aiguë aux cerveaux de ceux qui succombent dans un état de marasme : dans le premier cas, les circonvolutions du cerveau, les lamelles du cervelet, les divers pédoncules , la protubérance annulaire et la moelle elle-même, offrent un volume et une rondeur de forme tout à fait caractéristiques pour un œil exercé ; dans le second, les circonvolutions cérébrales et cérél)elleuses, amoindries, sont séparées par des intervalles plus considérables dans lesquels circule une sérosité abondante; la protubérance, les pédoncules, la moelle participent au mcme amoindrissement ; leurs sillons sont plus spacieux.

Après avoir mentionné ces différences, M. Foville a voulu en connaître le point de départ ; celui-ci lui a paru résider dans l'élément graisseux de l'axe cérébro-spinal, élément qui subirait toutes les variations de l'embonpoint général ; en témoignage de son opinion il invoque les deux faits suivants :

1° Lorsqu'on suspend au milieu d'un vase rempli d'alcool l'encéphale et la moelle épinière d'un homme robuste et gras, mort d'accident, et dans un autre vase de la même capacité l'encéphale et la moelle d'un homme mort dans le marasme , en deux ou trois jours toute la surface de l'axe cérébro-spinal du premier sujet se couvre d'aiguilles de graisse cristallisée

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après leur exlraclioii île la nuUiérc nerveuse ; rien de scuiblabic n'a lieu dans l'autre vase.

2° En plaçant dans l'eau un cerveau de mar?ouin qu'il disséipiait au Jardin des plantes avec M. de Blainville, il le vit flotter à la surface du liquide, et il dut naturellement penser que cette diminution dans la pesanteur spécifique de la substance nerveuse tenait à la surabondance de l'élément graisseux qui entre dans sa composition, et qui existe en si grande quantité dans tous les cétacés.

Sous l'influence d'un état de pléthore longtemps prolongé et d'une prédis; osition toute locale, le cerveau peut devenir le siège d'une hypertrophie. Les caractères de cette hypertrophie consistent, d'après Laënnec, en une fermeté très grande de la substance cérébrale, un aplatissement marqué des circonvolutions du cerveau, et une vacuité complète ou presque complète des ventricules de cet organe.

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