PARALLÈLE ENTRE LES OS DES DIVERSES REGIONS DU CORPS
81 5. De même que tous les organes, les os de la moitié droite et de la moitié gauchedu corps sont ceux qui se ressemblent le plus; l'analogie est même si grande entre eux, dans cette direction , qu'elle équivaut presque à une ressemblance parfaite, puisqu'on n'observe que des différences trop légères pour mériter qu'on s'y arrête.
Vient ensuite la direction longitudinale , suivant laquelle on trouve d'abord une correspondance entre les os de la moitié supérieure du tronc et ceux de la moitié inférieure.
La région moyenne du tronc, celle qui est formée par les vertèbres dorsales, les côtes et les pièces du sternum, se partage elle-même en deux moitiés, l'une supérieure et l'autre inférieure, car les côles diminuent beaucoup de longueur, tant au-dessus qu'au-dessous de la région précordiale , et l'on peut comparer la pièce supérieure et la pièce inférieure du sternum l'une à l'autre, en raison des bords échancrés qui les terminent.
Les vertèbres lombaires et les vertèbres cervicales se correspondent sous ce point de vue, que ni les unes ni les autres ne portent de côtes. Le nombre plus grand des cervicales est compensé parle volume plus considérable des lombaires.
La tête correspond au sacrum et aux pièces du coccyx.
Mais il règne surtout une analogie frappante entre les os des membres supérieurs et ceux des membres inférieurs. Celle analogie s'exprime :
i° Dans le nombre des sections de ces membres. En elput
r"4 AN ATOitilE SPECIALE.
chaque extrémité e8t partagée en quatre sections ou régions.
2° Dans la forme et le nombre des os qui servent de base à chacune de ces régions.
A l'omoplate et à la clavicule du membre supérieur, correspond l'os coxal de l'intérieur. Il est vrai que les deux extrémités diffèrent l'une de l'autre , en ce que la supérieure renferme deux os , tandis qu'on n'en trouve qu'un seul dans l'inférieure; mais cette différence est sans importance, et d'ailleurs , elle n'existe point durant les premiers temps de la vie. L'os coxal doit naissance à la soudure de trois pièces principales; la postérieure, qui est la plus grande et la plus large, et qu'on nomme ilion, correspond à l'omoplate ; l'antérieure, qui est étroite , et qu'on appelle pubis, représente, par son corps , l'apophyse coracoïde, et par sa branche horizontale, la partie externe de la clavicule; l'inférieure , qui est épaisse , et qui porte le nom d'ischion, correspond, par son corps et sa branche descendante, à Pacromion , par sa branche ascendante, à la partie antérieure de la clavicule. La crête iliaque est l'analogue de la base de l'omoplate; l'apophyse coracoïde et le pubis, l'acromion et l'ischion se développent par des points d'ossification particuliers.
On ne trouve qu'un seul os dans le bras et dans la cuisse. Ces deux os se correspondent parfaitement sous le rapport de la forme et le mode de développement. Tous deux ont une tête arrondie, et les lubérosités de l'humérus représentent les trochanters du fémur. A l'extrémité inférieure, on voit une surface en poulie, formant une articulation ginglymoïdale.
L'avanl-bras et la jambe renferment de même chacun deux os, qui ont beaucoup d'analogie ensemble. L'extrémité supérieure du cubitus se termine par une poulie, comme celle du tibia. Ces deux membres offrent un os qui s'articule, par ginglyme, avec celui de la seconde section. Il est vrai que l'extrémité supérieure du cubitus s'élève bien davantage que celle du tibia, mais elle doit en partie naissance à une pièce osseuse particulière , qui correspond parfaitement à la rotule. Celle dernière doit être considérée comme une apophyse du tibia, qui ne se soude jamais au corps de l'os , et il arrive
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quelquefois à l'olécrfine de rester, comme elle, distinct et séparé du cubitus pendant toute la vie (i).
L'extrémité inférieure du cubitus diffère de celle du tibia par su petitesse; mais celle du radius ressemble beaucoup à l'extrémité inférieure du péroné, ce qu'on doit considérer comme une véritable compensation, puisque, dans le mouvement de pronation, l'extrémité supérieure du radius vient se placer au-dessous de l'extrémité supérieure du cubitus. En effet, si l'on réunit ensemble la moitié inférieure du cubitus et la moitié inférieure du radius, on obtient un os qui ressemble beaucoup à ce que serait le tibia si la rotule s'était soudée avec lui. Ce rapprochement est rendu plus évident encore par une autre circonstance, c'est que les os qui viennent après letibia correspondent à l'extrémité antérieure du radius. D'ailleurs l'anatomie comparée parle en sa faveur. Chez la plupart des quadrupèdes, la pronation est l'état normal de l'extrémité antérieure, de sorte que l'extrémité inférieure du radius s'y trouve toujours placée au côté interne; chez d'autres, le cubitus ne s'étend pas jusqu'au carpe ; et de même que, par cette raison, son extrémité inférieure ne s'articule immédiatement avec aucun os du carpe, chez l'homme, de même aussi le tibia se soude au péroné chez la plupart des quadrupèdes, et il n'y a que le premier de ces os qui descende jusqu:au tarse. Les extrémités supérieure et inférieure du tibia présentent , sur leur face tournée vers le péroné , une facette encroûtée de cartilage, au moyen de laquelle les deux os s'articulent l'un avec l'autre , absolument de même que le cubitus en offre une sur sa face correspondante au radius.
De cette manière , l'analogie devient beaucoup plus sensible entre l'avant-bras et la jambe. Cependant, le cubitus et le tibia, d'une part, le radius et le péroné , de l'autre, se rapprochent encore l'un de l'autre sous ce point de vue , que c'est l'extrémité supérieure des deux premiers qui a le plus de volume, tandis que c'est l'inférieure dans les deux autres. Les deux os
(1) DclachcncI, Obs. anal. mcd. , Bâle 1706, § 28. — Rosenmulkr, de oss. variet., Léipsick , 1804 , p. 6a.
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portent à leur extrémité inférieure , et sur celles de leurs faces qui sont opposées, des éminences arrondies, constituant les apophyses styloïdes et les malléoles. Le radius est plus court que le cubitus , comme aussi le péroné l'est davantage que le tibia, surtout si l'on rattache la rotule à ce dernier.
Les os de la main et du pied présentent une analogie encore plus frappante.
Ceux qui se correspondent le moins sont les os du carpe et du tarse , qui diffèrent déjà sous le point de vue de la grandeur, puisque les premiers sont cinq fois moins volumineux que les autres, et qui sont d'ailleurs presque tous disposés dans un ordre différent. Cependant on peut aussi découvrir entre eux plusieurs point d'analogie. La rangée postérieure du carpe correspond au calcanéum, à l'astragale et au scaphoïde. La partie antérieure du scaphoïde de la main ressemble parfaitement au scaphoïde du pied. Ces os sont situés à côté et non au-dessus les uns des autres, et on en compte davantage à la main qu'au pied, parce que les usages de la main exigeaient qu'elle fût plus mobile, tandis que ceux du pied demandaient plus de solidité. Voilà pourquoi plusieurs os de la rangée postérieure s'articulent avec l'extrémité carpienne des os de l'avant-bras et avec les os de la rangée antérieure.
Le nombre des os de la rangée antérieure qui s'articulent immédiatement avec ceux du métacarpe et du métatarse, est le même. Ce qu'il y a surtout de remarquable , c'est que les deux membres des deux derniers os de la section moyenne, c'est-à-dire du métacarpeet du métatarse, sont supportés par un seul os, tandis que chacun des trois autres s'articule avec deux.
La disposition des surfaces articulaire^ par lesquelles les os de la rangée antérieure correspondent soit les uns avec les autres, soit avec ceux du métacarpe et du métatarse, se ressemble beaucoup. Ainsi Je trapèze et le premier cunéiforme présentent en devant une petite facette, par laquelle ils s'articulent avec le second métacarpien et le second métatarsien. Le second os du métacarpe, à son côté cubital, et le second métatarsien, à son côlépéronier, offrent une surface articulaire partagée en deux moitiés, dont l'antérieure s'articule avec le métacarpien ou métatarsien suivant, et la postérieure avec le
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troisième cunéiforme au pied et le grand os au carpe. Le troisième, le quatrième et le cinquième os du métacarpe et du métatarse ne s'articulent qu'avec les os correspondans du carpe par leur face postérieure, et il est rare qu'ils s'articulent aussi latéralement les uns avec les autres.
Les os du métacarpe et du métatarse se ressemblent beaucoup sous le point de vue du nombre, de la forme, du mode de développement et des connexions. Dans les deux régions, le premier de ces os offre des proportions analogues , quoique non entièrement semblables, relativement aux autres, car il est plus épais quteux. Le second est le plus long , à la main comme au pied. Le tubercule qui augmente tant le volume du cinquième métatarsien, existe au moins en rudiment dans le cinquième métacarpien. Le premier métacarpien et le premier métatarsien ne ressemblent point aux autres dans leur mode de développement, et ils en diffèrent tous deux de. la même manière à cet égard.
Les phalanges des doigts et des orteils sont également construites sur le même plan, et quelque grandes que soient les différences qu'où remarque entre elles, on ne peut cependant les considérer que comme de simples modifications d'un même type fondamental.
Les différences qui existent entre les os des membres supérieurs et ceux des membres inférieurs, dépendent de la diversité des fonctions que ces appendices sont appelés à remplir. On peut les rapporter i° à la plas grande solidité dont les membres pelviens avaient besoin pour soutenir le tronc et la tête , et à la plus grande mobilité dont il était nécessaire que les pectoraux fussent doués pour multiplier les rapports de l'organisme avec les objets extérieurs ; 1° à la masse plus considérable des extrémités inférieures.
Voilà pourquoi les os des îles sont unis entre eux et avec le sacrum par une masse fibro-carlilagineuse qui ne leur permet aucun mouvement, et pourquoi les pièces antérieures et postérieures de l'os innominé se soudent, de chaque côté, en une seule, tandis que l'omoplate reste distinct delà clavicule. Voilà aussi pourquoi l'omoplate ne lient à la colonne vertébrale que par des muscles, et pourquoi la clavicule n'est
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unie en devant à celle du côté opposé > au sternum et à la première côte, que par des ligamens synoviaux et fibreux assez lâches. Voilà enfin pourquoi le bord interne des os du bassin est fort large , et celui de l'omoplate très mince.
La cavité cotyloïde est très profonde , la cavité glénoïde de l'omoplate, qui y correspond, est plane au contraire, de sorte que l'articulation scapulo-humérale n'est assurée que par les apophyses voisines et par des ligamens extérieurs.
Il résulte de là que la tête du fémur surpasse de beaucoup celle de l'humérus en volume. On n'aperçoit point, sur cette dernière, un enfoncement destiné à recevoir le ligament rond qui affermit l'articulation coxo-fémorale , au dedans de la capsule.
Le corps de l'humérus est tordu, celui du fémur est presque droit, et seulement arqué dans un sens.
Le col n'existe pour ainsi dire pas à l'humérus . et les tubérosités sont peu marquées. Les trochanters du fémur sont extrêmement développés , et le col, qui a beaucoup de longueur, s'écarte du corps pour pousser la tête dans la cavité cotyloïde.
Les différences qu'on observe à l'extrémité inférieure des deux os, et dans la disposition des articulations du coude et du genou, produisent précisément le même effet.
Aux membres supérieurs, les surfaces articulaires sont surmontées , de chaque côté , par des condyles volumineux, qui n'existent pas aux membres inférieurs. Ici il n'y a qu'une articulation ginglymoïdale, des enfoncemens considérables entre les deux condyles du fémur, et des aspérités entre ceux du tibia. Là on trouve, indépendamment d'une articulation ginglymoïdale plus plane, une tête arrondie pour l'articulation rotatoire avec le radius.
A l'extrémité inférieure, il n'y a qu'un seul os, le tibia, qui soit en rapport avec le fémur; le péroné ne s'articule qu'avec le tibia, dont il fait en quelque sorte partie. Au membre supérieur, les deux os de Pavant-bras s'articulent avec l'humérus, et de telle sorte que le radius peut exécuter des mouvements extrêmement libres.
Les os de l'avant-bras , qui sont unis en haut et en bas par
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des liens peu serrés, et qui ont à peu près la même grosseur peuvent se déplacer, l'un par rapport à i'autre , de plusieurs manières différentes, et ces changemens permettent à la main d'exécuter des mouvemens fort importons. Les os de la jambe sont unis très solidement ensemble, tant à leur partie supérieure qu'à leur partie inférieure. Cette circonstance, jointe à ce que le péroné, étant proportionnellement peu développé , doit être considéré simplement comme une partie du tibia , fait que les deux os sont presque immobiles l'un sur l'autre, et que les mouvemens du pied se réduisent à la flexion et à l'extension.
L'articulation du pied est bien plus serrée que celle de la main, soit parce que les malléoles descendent fort bas, soit à cause de la forme des surfaces articulaires des os de la jambe et de l'astragale, circonstance qui fait que ces os ne s'articulent qu'avec un seul des os du tarse.
Les os du tarse sont attachés les uns aux autres par des liens très solides. On ne trouve pas parmi eux d'os pisiforme qui soit retenu seulement par des liens peu serrés, ou, pour parler plus exactement, cet os s'est converti en un sésamoïde , qui existe dans le tendon du muscle long péronier.
Leur masse surpasse dix fois celle des os du carpe.
Les os qui sont placés les uns à côté des autres au carpe, se trouvent disposés les uns au-devant des autres dans le tarse.
Les métatarsiens sont plus gros , plus étroits et comprimés, tandis que les métacarpiens sont plus larges, concaves, mieux disposés pour saisir et retenir les objets.
Le métatarsien du premier orteil est surtout beaucoup plus fort et plus épais que le métacarpien du pouce, et il ne peut pas s'éloigner des autres, comme ce dernier.
Les mêmes différences régnent entre les phalanges, qu'entre les os du métacarpe et du métatarse; seulement celles des orteils, les premiers exceptés , sont bien plus courtes et plus imparfaitement développées.
Les phalanges des orteils sont les seuls os qui ne participent pas à la seconde des différences générales que j'ai signalées entre les deux membres, puisqu'elles sont plus petites que celles des doigts correspondans.
r>80 ANATOMIE SPÉCIALE.
816. Les ressemblances entre la moitié antérieure du corps et la postérieure, sont ici, comme dans les autres systèmes, les moins saillantes de toutes. Cependant j'ai déjà fait voir qu'il y a correspondance entre le sternum et la colonne vertébrale, le frontal et la portion écailleuse de l'occipital, l'arc des vertèbres et leur corps.