B. MODE DE DÉVELOPPEMENT
489. Ces trois vertèbres diffèrent aussi beaucoup des autres parleur mode de développement.
L'atlas se développe ordinairement de la même manière que les autres vertèbres , sous le rapport du nombre des points d'ossification, mais il ne leur ressemble point à l'égard du temps où ces noyaux osseux paraissent. Dans la seconde et la septième vertèbre cervicale, le nombre des points d'ossification n'est pas le même.
Dans les autres vertèbres, le corps existe déjà long-temps avant l'époque de la maturité du foetus. Au contraire, dans l'atlas, il est très rare, d'après mes recherches, qu'on l'observe avant le sixième mois de la vie extra-utérine. Sur trente squelettes d'enfans à terme et un peu plus âgés, un seul m'a offert, dans le cartilage de l'arc antérieur , un noyau osseux arrondi , de deux lignes en diamètre. A l'âge même de deux et trois ans , il arrive souvent que les deux masses latérales sont unies seulement par une bandelette cartilagineuse qui contient un ou plusieurs noyaux osseux , de forme irrégulière , et placés les uns à côté des autres. Ordinairement il règne une sorte de symétrie entre la partie droite et la partie gauche du corps, sous ce point de vue que, quoique l'ossification ait souvent fait plus de progrès d'un côté que de l'autre , elle ne s'y étend cependant pas au-delà de la ligne médiane ; mais , dans quelques cas rares, lors même que la masse cartilagineuse a disparu tout entière , on trouve le corps formé de deux moitiés très inégales, ce qui tient sans doute à ce que, de deux ou plusieurs nojraux osseux qu'ordinairement on rencontre de chaque côté , l'interne s'est soudé plus tôt avec celui du côté opposé qu'avec celui qufse trouve en dehors, du même côté que lui. Dans le même temps , on aperçoit quelquefois un os arrondi et considérable entre les extrémités postérieures des deux moitiés latérales. Cet os se soude avec les moitiés d'arc bien avant l'antérieur , qui en est encore totalement sé-
paré, quoique d'ailleurs par une simple couche fort mince (Je cartilage , long-temps encore après que les diverses parties des autres vertèbres se sont réunies en une seule pièce.
Je n'ai jamais vu , quoique Bichat regarde cette disposition comme la plus commune, que l'atlas se fût développé par cinq points d'ossification , dont un pour l'arc antérieur, deux pour l'arc postérieur, et deux pour les masses latérales.
La seconde vertèbre cervicale se développe , à part les petites apophyses, par cinq points d'ossification au moins, et non par quatre, comme on le dit généralement ; car l'apophyse odontoïde est formée dans le principe de deux noyaux osseux symétriques et adossés. Ces noyaux sont ordinairement visibles jusqu'à la finduseptième et même au milieu du huitième mois de la vie utérine ; ils sont d'abord tous deux réunis , et bien plus petits que le germe du corps, mais ils le surpassent de beaucoup en volume chez le foetus à terme , époque à laquelle ils sont depuis long-temps soudés ensemble. Très probablement , outre ces deux noyaux, il en existe constamment deux autres encore, qui n'appartiennent pas à toutes les autres vertèbres: je veux parler d'un gros germe osseux arrondi , situé en devant , entre les noyaux du corps et de l'apophyse odontoïde et l'extrémité antérieure de la partie latérale, et qui est beaucoup plus étroit d'avant en arrière que le corps. Je l'ai presque toujours rencontré chez les enfans au-dessous d'un an, et même jusqu'à la troisième année, quoique rapetissé, et visible seulement d'un côté (i).
Parmi les divers noyaux osseux , les premiers qui se montrent sont ceux des parties latérales; on aperçoit ensuite ceux du corps , puis ceux de l'apophyse odontoïde ; les derniers à paraître sont les germes intermédiaires , qui ne se développent qu'après la naissance.
Les moitiés d'arc se soudent ensemble plus tard dans l'axis et l'atlas que dans les autres vertèbres. Parmi toutes ces dernières l'atlas est celle dans laquelle il leur arrive le plus souvent de
(i) Nesbitt (Ostcogenic , p. 66,) parle aussi de ces noyaux osseux comme se trouvant dans le fœtus à terme , où je n'ai cependant pas encore pu les rencontrer.
ne pas seréunir sur laligne médiane. Dans la seconde vertèbre, on voit d'abord les deux noyaux de l'apopbyse odontoïde se confondre en un seul, puis les parties latérales se souder par leurs extrémités postérieures. Les os intermédiaires, développés les derniers , s'unissent ensuite avec le corps et les parties latérales ; le corps se soude à ces dernières ; enfin l'apophyse odontoïde se réunit aussi avec elles , de sorte que le dernier vestige de la séparation des divers noyaux osseux est un sillon transversal à la face antérieure , entre le corps et l'apophyse odontoïde.
La septième vertèbre cervicale se développe par cinq points d'ossification. Indépendamment des trois ordinaires, la circonférence antérieure du trou vertébral est déjà formée en grande partie, dans le fœtus de sept mois , par un noyau osseux particulier et oblong, qui s'étend depuis les parties latérales du corps jusqu'à la racine postérieure de l'apophyse transverse. La racine antérieure se développe donc à part, tandis que, dans les autres vertèbres du cou , elle n'est qu'un prolongement, un renversement en dehors de l'extrémité antérieure et interne de l'apophyse transverse. Mes observations m'ont prouvé que cette disposition, dans laquelle Hunauld (i) ne voyait qu'une simple variété , doit être considérée comme l'état normal , ainsi que l'ont fait Sue (2) et Nesbitt (3), quoiqu'il n'en soit pas fait mention dans les traités d'ostéologie. La soudure ne s'opère qu'après l'âge de deux ans. Cette particularité achève de démontrer qu'il serait plus à propos de regarder la dernière vertèbre cervicale comme la première dorsale; car le petit os en question est bien évidemment un rudiment de côte, qui ne correspond qu'au col des côtes , mais qui le représente d'une manière parfaite , et qui diffère des autres côtes en ce qu'il ne s'unit pas au sternum par le moyen d'un cartilage , et se soude régulièrement avec la vertèbre à laquelle il est uni (4) ; mais
(1) Mém. de l'ac. des se. , ij4o, p. 537.
(2) Mém. prés, à l'ac. de Paris , t. II , p. 572.
(3) Osteogcnie , p. 66.
(4) Cette particularité qu'offre la septième vertèbre cervicale est importante sous deux rapports : d'abord elle établit entre le squelette des
CARACTÈRES PARTICULIERS DE QUELQUES VBAIES VERTEBRES. 585
il lui arrive souvent de rester distinct pendant toute la vie, et de s'alonger en manière de côte (1). La septième vertèbre du cou rapproche aussi davantageles cervicales des dorsales qu'elles n'ont semblé l'être jusqu'à ce jour , puisque la racine antérieure de leur apophyse transverse correspond incontestablement à une côte , quoiqu'elle ne se développe pas par un point particulier d'ossification.
Le passage des vertèbres dorsales aux cervicales paraîtrait encore moins brusque si , comme je me crois autorisé à le déduire de quelques faits, la sixième vertèbre du cou se formait aussi par la réunion de cinq germes osseux. Chez un enfant qui mourut neuf mois après sa naissance, j'ai trouvé un petit os arrondi , de chaque côté, le long du corps, dans l'endroit correspondant à l'extrémité antérieure et interne de la racine antérieure ; j'ai même reconnu encore des traces de cet os chez un autre enfant de deux ans. Seulement il est beaucoup plus petit qu'à la septième vertèbre, et il n'y a qu'une simple lame cartilagineuse étendue depuis lui jusqu'à l'extrémité externe de la racine postérieure, au-devant du trou vertébral. D'ailleurs, si j'en juge d'après le dernier exemple, il ne se soude jamais jusqu'à la racine postérieure, mais l'extrémité interne de la partie latérale se glisse en devant et en dehors , entre elle et lui.
La seconde , la sixième et la septième vertèbres cervicales se ressemblent donc beaucoup sous le rapport de leur mode de développement, de sorte qu'on est fondé à considérer ce noyau intermédiaire arrondi comme un rudiment de côte, à la vérité fort imparfait. On doit aussi en rapprocher les petits germes osseux latéraux du corps de l'axis. Il est donc assez remar-
mammifères et celui des autres animaux vertébrés , une analogie plus grande que celle qu'on admettait jusqu'ici , car on n'avait pas encore trouvé, chez les mammifères, les analogues des côtes supérieures des oiseaux et des reptiles. En second lieu , elle fournit un nouvel argument à l'appui de la loi que les formations qui sont transitoires chez les animaux supérieurs deviennent permanentes chez ceux des classes inférieures.
(>) Meckel, Handbuch dcr pathologischen Analomio , t. II. — Dcutschcs Àrchiv fiir dio'Physioloçic , t. I , cab. 4 > "g- 6.
quable qu'on les rencontre précisément dans les vertèbres cervicales supérieures et dans Les inférieures; ici, parce que les côtes leur do ivent naissance ; là , parce que les parties articulaires de l'os occipital et les apophyses styloïdes des temporaux sont les résultats de leur développement et de leur ampliation.
ARTICLE V
DES FAUSSES VEB.TEBRES.