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G. FONCTIONS DU LARYNX

328 . La membrane muqueuse du larynx est extrêmement sensible, à cause du nombre considérable de nerfs qu’elle re-

(l) Suivant Magendie (Physiologie , t. I , p. 206) et Cloquet ( Traité d’anatomie, t. II, p. 622), le premier de ces nerfs est destiné en totalité, ou du moinspres que entièrement, aux muscles crico-thyroïdiens posté' rieur et latéraux, ainsi qu’au thyro-aryténoïdien. 11 résulterait de là que les divers muscles soit dilatateurs soit constricteurs delà glotte reçoivent tous leurs filets d’un de ces deux nerfs, et que la section ou la ligature complète d’un d’entre eux affaiblit la voix, dont la production ne peut plus avoir lieu après la destruction des deux. Rudolphi ( Physiologie , t. II, p. 375) fait observer que cette description est erronée, et qu’il faut s’en tenir à celle d’Anderscb et Sœmmerring, que l’auteur de ce Manuel a suivie aussi dans la névrolgie. En effet, le nerf laryngé supérieur s’anastomose, par quelques rameaux, avec le récurrent dans l’intérieur du larynx, les deux nerfs fournissent également des ramifications aux muscles constricteurs et dilatateurs de la glotte, et le récurrent en donne aussi au crico-thyroï- • dien. Andersch (Tract, de nervis hum. corp. aliquibus , p. I , Koenigsberg, 1797, p. 5o ) indique bien un cas dans lequel les deux nerfs ne s’anastomosaient point ensemble dans le larynx, mais il dit expressément que cette disposition n’est pas celle qu’on rencontre ordinairement. Quand il serait aussi vrai qu’il 11e l’est pas, ajoute Rudolphi, que les constricteurs et les dilatateurs de la glotte reçoivent des rameaux distincts de la paire vague , qu’en faudrait-il déduire ? un nerf détermine les dilatateurs et les constricteurs à se contracter ; peu importe donc quel est celui que ces muscles reçoivent. Mais le fait qu’un même muscle reçoit des rameaux du nerf supérieur et du nerf inférieur est fort important, puisque l’afflux peut se faire dans un sens quand une ligature ou une section l’empêche de s’opérer dans l’autre ; il l’est même d’autant jalus que le nerf pneumog-astrique s’anastomose en haut et en bas avec le grand sympathique, et en haut avec le glosso-pharyngien , l’accessoire et l’hypoglosse, de sorte que les nerfs internes du larynx proviennent bien certainement de plusieurs sources différentes.

(Note des traducteurs.)

DES 0I1G ANES DE LA VOIX

çoit , surtout dans la région de la glotte. Cette sensibilité dont elle est douée, s’oppose à ce que des corps étrangers puissent tomber dans la trachée-artère, où ils deviendraient infailliblement une cause de suffocation. Il est très remarquable qu’on rie l’observe si développée qu’à la partie supérieure des voies aériennes , et que la membrane muqueuse de la trachée-artère n’y participe point.

La vie du larynx se manifeste principalement par des mouvemens qui sont de deux sortes sous plusieurs rapports. En effet:

i° Ils s’étendent à l’appareil tout entier, ou se bornent à quelqu’une des parties qui entrent dans sa composition.

ï Ils s’exécutent dans plusieurs circonstances différentes, et ont des connexions avec plusieurs fonctions.

Le mouvement général du larynx fait que cet appareil varie dans ses rapports avec les parties voisines, suivant qu’il est tiré en haut, en bas, en avant ou en arrière. Les mouvemens partiels font varier les rapports mutuels des parties qui le constituent, et déterminent surtout des variations dans la forme et l’étendue de la glotte.

On observe les mouvemens généraux pendant la déglutition et pendant la phonation.

Durant la déglutition, le larynx est tiré eri avant et en haut, comme je l’ai expliqué précédemment, ce qui prévient la chute des alimens dans son intérieur.

A l’égard de la phonation, le larynx remonte dans les tons élevés, tant pour éloigner le cartilage thyroïde du cartilage cricoïde, rétrécir ainsi la glotte, et tendre en même temps ses ligamens , que pour alonger et rétrécir la trachée-artère. Dans les tons bas, au contraire, il s’abaisse pour produire des changemens inverses.

Les mouvemens particuliers sont en rapport avec la déglutition, la respiration et la production de la voix.

En effet, lorsqu’on avale, la glotte se rétrécit tellement par l’action de ses constricteurs, qu’en l’absence même de l’épiglotte, les substances alimentaires ne tombent pas nécessairement et constamment dans les voies aériennes.

Les mouvemens de la glotte qui coïncident avec la respira-

5oo anatomie spéciale.

tion sont sa dilatation pendant l’inspiration et son resserrement pendant l’expiration. Ces changemens ont lieu constamment, même lorsque la voix ne peut pas être produite , à cause d’une ouverture faite à la trachée-artère (1). Au reste, ils n’ont rien qui doivent surprendre, puisqu’ils coïncident avec des changemens analogues qui surviennent simultanément dans la trachée-artère, dont on ne peut considérer le larynx que comme la partie supérieure amplifiée et plus développée.

D’après les expériences de Legallois, l’occlusion de la glotte est la cause de la mort rapide par suffocation que la section du nerf pneumo-gastrique ou du rameau laryngé entraîne dans certaines circonstances , notamment dans la jeunesse , parce qu’on a toujours trouvé, en pareil cas, la glotte très rétrécie (2).

Le fait est exact, mais la manière dont on l’explique par la paralysie des muscles aryténoïdiens , ne l’est qu’en partie. Le rétrécissement, l’occlusion même de la glotte, effet de la paralysie des muscles auxquels se distribue le nerf récurrent, paraît tenir bien plutôt à la prédominance que les muscles dont les nerfs sont restés intacts acquièrent sur les autres, et par conséquent ne dépendre qu’en partie de la paralysie.

En effet, dans les animaux d’un certain âge, chez lesquels l’opération entraîne moins de danger, à cause de l’ampleur de la glotte, on trouve cette ouverture presque entièrement fermée après la section des deux nerfs récurrens, tandis qu’elle ne l’est que d’une manière fort imparfaite après la section des nerfs laryngés supérieurs et que le pouvoir de la former se trouve aboli après qu’on a coupé tous les nerfs du larynx (5).

Les mouvemens particuliers du larynx sont surtout remarquables pendant la production de la voix.

(>) Bichat, Anat. descript., 1802, t. Il, p. 4o5. — Legallois, Exp. sur le principe de ta vie, Paris, 1812, p. 198. — L. Mende, Ueber die Bewegung der Slimmriize beim Athemhoten, eine neue Entdechung; mit beygefiigten Bemerkungen uber den N utzen und die Verrichtung des Kehtdeckets, Gripswald, 1816.

(2) Legallois , p. 197.

(3) Magendie, Sur l’épiglotte, p. 4-

DES ORGANES DE JÛA VOIX

OOI

A chaque ton , la glotte se rétrécit, et d’autant plus que le ton est plus fort (i). Le rétrécissement a lieu surtout d’un côté à l’autre, quelquefois aussi d’avant en arrière, et souvent dans tous les sens à la fois.

2 283. Le larynx est l’organe de la voix. Cet usage est prouvé :

i° Par la perte de la voix, qui a lieu sans aucun trouble de la respiration, lorsque la trachée-artère offre une ouverture par laquelle l’air entre et sort dans l’inspiration et l’expiration.

2° Par la diminution ou la perte totale de la voix à la suite de la destruction de quelques parties du larynx, telles que les cordes vocales, ou après la section des cartilages aryténoïdes, du cartilage thyroïde, des nerfs laryngés.

3° Parles différences que la voix présente en raison de celles qui existent dans la disposition des parties du larynx.

L’endroit où la voix se forme est !a glotte, puisque la faculté de la produire n’existe plus après la section des ligamens crico-thyroïdiens , que l’ablation de la moitié supérieure des cartilages aryténoïdes et la section longitudinale du cartilage thyroïde déterminent le même effet, qu’on observe toujours le rétrécissement de la glotte pendant la production des cris, que la destruction des ligamens supérieurs n’exerce aucune influence sur la voix, et que ces ligamens sont d’ailleurs placés toujours à une trop grande distance l’un de l’autre, pour pouvoir produire un rétrécissement suffisant de la glotte (2).

' 2284. Il reste à déterminer de quelle manière la voix se

produit dans cet endroit. Les uns ont supposé qu’elle devait naissance aux vibrations de l’air, comme dans un instrument à vent (3). D’autres ont admis qu’elle est produite par les cor-

(1) Ferrein, (Mem. de Paris , 1741» p. 55g) a déjà combattu l’opinion , autrefois régnante, suivant laquelle on admettait que le contraire a lieu. Bichat a marché depuis dans la même voie ( Anat . descr ., t. II, p. 4oS).

(2) E. Grasinow a prétendu ( Russische Jalirbiicher, t. II, cah.I, p. ia5i45) que la voix se formait dans la trachée-artère. Burdach a réfuté cette opinion absurde ( Même recueil, p. i53-i6o).

(3) Fabrice d’Aquapendente , De laryngé, p. II, c. 1 v. Vocis opifcx, causa seu organum inquiritur. ■— C.-F.-S. Liscovius, Diss. sistens tlieorian‘ vocis, Léipsick, i8i4,p. 28-37.

des vocales, comme dans un instrument àcorde ( i). Plusieurs enfin ont combiné ensemble ces deux théories (2).

On allègue en faveur de la première :

1° L’analogie du tube aérien avec un instrument à vent, dans lequel la formation des divers sons n’est produite que par des modifications imprimées au diamètre de l’ouverture;

2° La comparaison avec les lèvres, où l’on rencontre les mêmes conditions;

5° Diverses expériences constatant,

a. Que la tension ou le relâchement des cordes vocales n’influe sur le caractère aigu ou grave du ton, qu’en ce qu’il en résulte une dilatation ou un rétrécissement de la glotte;

b. Que, quand l’une des cordes vocales est tendue et l’autre relâchée , il ne se produit pas deux tons différens, mais un seul son , dont la hauteur est proportionnée à la largeur de la glotte;

c. Que le ton ne change point lorsqu’on touche aux cordes vocales ;

d. Qu’il suflit du rétrécissement de la glotte pour faire monter le ton, et de sa dilatation pour le faire baisser, sans que la tension des cordes vocales change, et indépendamment de leur forme;

e. Que le ton est indépendant de ia force avec laquelle l’air sort du poumon;

f. Qu’il ne se produit pas de tons lorsque, la glotte étant

très dilatée, les cordes vocales sont très tendues, et l’air chassé du poumon avec force (5). •'

(1) Ferrein ; De ta formation de ta voix dans l’homme; dans Mém. de Paris, 1741, p. 545.

(2) Galien, De usu partium, t. VII, p. 10. — Gasserio, De laryngé, lib. 11, cap. xiv, De glottide. — Dodart, Mém. sur les causes de la voix de l’homme et de ses di fférens tons; dans Mém. de Paris , 1700, p. 3o8. — Id. Supplèmens aux mémoires sur la voix et sur les tons; même recueil, 1706, p. 169 et 5oo; 1707, p. 83. — Cependant Dodart attribue le plus grand rôle aux vibrations de l’air; il est donc difficile de concevoir comment des physiologistes modernes , même en négligeant Fabrice d’Aquapendente , ont pu prétendre que l’opinion de Ferrein était la seule admise, et présenter la théorie contraire comme nouvelle , d’autant plus que Ferrein combat expressément l’hypothèse de Dodart.

(3) Liscovius, loc. cit., p. 29-34.

Quant à la seconde théorie, on la suppose xlémontrée :

i° Par l’analogie des cordes vocales avec les cordes instrumentales (1) ;

2° Par des expériences qui ont montré que le degré d’ouverture du larynx était absolument sans influence sur le caractère haut ou bas du ton (2) , tandis que celui-ci s’élevait , au contraire, à mesure que les cordes vocales étaient repoussées en dehors et tenduesi par l’air sorti du poumon , qu’il s’abaissait lorsque les ligamens étaient comprimés , qu’il se modifiait de la même manière quand ces ligamens étaient fixés sur plusieurs points, qne des tons différens se produisaient lorsque le degré de tension des ligamens était différent , enfin que des phénomènes en tout semblables avaient lieu lors même qu’on détachait entièrement les ligamens du larynx, à l’exception de leurs deux extrémités (3).

D’après cela, ce ne serait pas la différence des tons, mais l’intensité de la voix qui dépendrait du degré d’ouverture de la glotte (4).

Très probablement, la troisième opinion est la plus exacte, quoiqu’il découle des expériences rapportées en premier lieu , que les vibrations des cordes vocales prennent moins de part à la production de la voix que celles de l’air qui traverse la glotte, et qu’elles ont lieu seulement d’une manière simultanée, sans être liés à la phonation par aucun rapport de causalité , d’autant plus que le larynx et la tracbée-artère vibrent d’une manière bien sensible lorsqu’on y souffle de l’air avec force , sans que pour cela il y ait production de la voix (5). Ajoutons encore que la hauteur de la voix de la femme s’accorde très bien avec l’étroitesse de sa glotte , mais non avec la plus grande mollesse des cordes vocales.

' 2285. Mais quoique la voix se forme dans le larynx, en

(1) Ferrein, p. 566, 56o.

(2) Ibid., p. 55g.

(3) Ferrein, loc. cil . — Portai, Exp. sur la voix; dans ses Mémoires , t. II, p. 3o8.

(4) Ferrein, p. 558.

(5) Liscovius, p. 34.

5o4 ANATOMIE SPECIALE.

particulier dans la glotte , cependant les parties situées audevant de cette ouverture , l’épiglotte, la cavité orale et les fosses nasales, participent aussi à sa formation.

Nul doute que l’épiglotte n’ait pour principale fonction de fermer l’entrée dn larynx pendant la déglutition, mais elle sert très probablement aussi à la production de la voix.

A la vérité, Haller lui a refusé, contre l’opinion de Tauvry (1) et de Santorini (2), toute espèce de participation au phénomène de la phonation, non pas parce qu’elle existe déjà avant que le fœtus soit doué de la voix (3), mais parce que cette dernière se forme dans le larynx même, par conséquent au-dessous de l’épiglotte, et parce que les oiseaux chantent, quoique privés de ce cartilage (4). Quelques expériences viennent à l’appui de sa manière de voir, en démontrant que la force de la voix ne change pas, quoique après avoir pratiqué une incision transversale entre le larynx et l’hyoïde, on tire l’épiglotte en dehors , et place ainsi la glotte immédiatement en face de la plaie extérieure; que l’ablation du sommet de ce cartilage n’influe pas sur la voix en général (5) et que son abaissement , son relèvement , son excision totale même, soient sans influence sur le caractère des sons (6). Mais ces faits démontrent seulement que l’épiglotte n’est pas absolument nécessaire à la phonation. D’ailleurs l’argument tiré des oiseaux ne prouve rien, puisque leur voix se forme dans un larynx inférieur, et que, chez eux, l’épiglotte peut fort bien être remplacée par la trachée-artère tout entière et par la glotte supérieure. Enfin plusieurs observations et expériences , faites avec beaucoup de soin , permettent de conjecturer que l’épiglotte, soit seule, soit surtout de concert avec le voile du palais, prend une part assez notable même

(1) Nov. aîiaf.jUIin, 1694., p-4o8.

(2) De laryngé, §. io.

(3) Mayer, toc. cit., p. i85, 186.

(4) Epiglottis equidem nihil faciat ad vocem, cum ea (vox) nala sil et perfecta quam primum aer ex gloltidis rima prodiit etabsque epigloltide/ aves suavissime canant'yEI. pliys. 1. ix, p. 1, §. V, p. 572).

(5) Bichat, Anat. descript t. II, p. 402, 4<j4-

(6) Liscovius, p. 34.

aux différences que la voix présente, sous le rapport de l’intensité, du ton et de la gradation (1) , puisque sa situation, sa direction et sa forme subissent des modifications qui sont en rapport avec celles qu’on remarque à cet égard dans la voix , et que rien n’autorise à admettre que ces phénomènes soient seulement les résultats d’autres changemens qui ont lieu dans le larynx , opinion que professait vraisemblablement Ferrein (2), puisque le nouvel organe vocal qu’il annonce ne peut guère être le voile du palais (5).

A l’égard des cavités orale et nasale, on peut remarquer que la force et l’éclat de la voix sont accrus par son retentissement dans ces deux cavités , ainsi qu’il est facile de s’en convaincre d’après le changement qu’elle subit lorsqu’on se bouche le nez, ou quand la membrane pituitaire est tuméfiée.

En outre, les diverses inflexions de la voix, qu’on désigne sous le nom de lettres (4), sont produites à la fois par le larynx et par les diverses parties de la cavité orale.

Les voyelles se forment principalement dans le canal compris entre la langue et le palais. Leurs différences dépendent presque entièrement de celles que les mouvemens de la langue impriment au diamètre de ce canal.

Au contraire l’épiglotte et les diverses parties de la bouche, notamment les lèvres et le voile du palais , influent beaucoup sur la production des consonnes.

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