HEINS
a. Nombre et situation.
2343- Les reins [renes) (2) sont la partie la plus essentielle de l’appareil urinaire. Dans l’état normal, il y en a deux, un de chaque côté, tout-A-fait distincts l’un de l’autre, entre
(1) G. Bendt, De fabricâ et usu viscerum uropoeticorum, Leyde, i~44- — iJ. Fantoni, De renibus et primum de succenturiatis, de urcteribus et vesicâ, Turin, 1745. — A. Richerand, Mémoire sur l’appareil urinaire; dans Mém. de la soc. mèd. d’cmul., vol. IV, p. 5o3.
(2) B. Eustachi, De renibus libellas , Venise, 1 543. — J» Loesel, Scruti nium renum, Kœnigsberg, 1642. — M. Malpighi, De renibus , in ex. de viscerum structuré. — L. Bellini, De structura renum, Florence, 1665. — Bertin, Mémoire pour servir à l’histoire des reins; dans Mémoires de Paris ,
lesquels il n’existe aucune communication de substance , et qui ne sont réunis ensemble, de manière à ne former qu’un seul et unique système , que par l’intermédiaire de la vessie. Ils sont situés dans la région lombaire, sur les deux côtés de la colonne vertébrale, derrière le péritoine. Un tissu cellulaire très lâche , et ordinairement chargé d’une grande quantité de graisse, les unit aux parties voisines.
b. Configuration.
a544- Us ont la forme d’un haricot. Leurs faces antérieure et postérieure sont lisses. Leur bord externe est convexe. L’interne l’est également à sa partie supérieure et à sa partie inférieure , mais il offre , dans son milieu , un enfoncement considérable , qu’on désigne sous le nom de scissure du rein ( hilus renalis). En cet endroit le rein se trouve partagé, dans l’étendue d’un demi- pouce â peu près, en deux moitiés, l’une antérieure, l’autre postérieure , entre lesquelles passent les vaisseaux sanguins et le conduit excréteur. La disposition des vaisseaux sanguins y est telle , que le tronc veineux est placé en devant, et suivi par celui de l’artère, derrière laquelle vient enfm le commencement de l’uretère.
Les branches de la veine et de l’artère rénales s’entrecroisent.
Quand les trois vaisseaux sont parvenus à la scissure du rein, ils se partagent, tout auprès du bord interne de la glande , en trois branches principales , qui ne tardent pas à se ramifier elles-mêmes. Les vaisseaux sanguins se divisent ensuite en deux séries, l’une antérieure, l’autre postérieure, qui reçoivent entre elles les branches du bassinet.
*745, p. 108. — A. Ferrein, Sur la structure des viscères nommés glanduleux t et particulièrement sur celle des reins et du foie; dans Mém. de Paris , *749) p. 709. — J. -F. Droysen ,De renibus et capsulis renalibus, Gœttingue, 1752. — A. Schumlanski, De structura renum, Strasbourg, 1788. — C. G. Eysenhardt, De structura renum observationes microscopicce, Berlin, 1818.
A.-Iï.-C. Westrumb, Comment, phys. de phttmomenis quee ad vias sic dictas lotii clandestinas demonstrandas referentur , Gœttingue, 1819. — Mappes, Quelques considérations sur la structure du rein et du foie; dans Journ. compl. des sc. méd., t. XII, p. 22a.
DE I/AP1’ABEIL DRINAIRE. 553
Tous ces vaisseaux ne sont unis ensemble dans la scissure rénale que par un tissu cellulaire très lâche et par de la graisse.
Trois principalement entrent et sortent par la partie supérieure de la scissure rénale, dont le bassinet occupe la partie inférieure.
c. Volume et poids.
2345. Le volume proportionnel des reins n’est pas toujours le même. En général ces organes sont d’autant plus gros que l’embryon se rapproche davantage du moment de sa formation; cependant ils offrent, même sous ce point de vue, des différences individuelles qui sont indépendantes de l’âge, et qui paraissent être en rapport avec le volume et l’énergie d’autres organes excréteurs.
Généralement parlant , les deux reins sont égaux en volume; cependant ils présentent tous deux des variations extrêmement fréquentes, sur lesquelles le côté du corps n’exerce aucune influence. Les anciens prétendaient que le rein droit est toujours plus gros que celui du côté gauche; cette assertion est absolument fausse.
Ils ont ordinairement, chez l’adulte, à peu près quatre pouces de long sur deux de large. Leur épaisseur est d’un pouce à leur partie interne : ils sont plus minces en dehors.
Chacun d’eux pèse entre trois et quatre onces.
d. Consistance et couleur.
2346. Les reins ont une consistance bien supérieure à celle des autres glandes. Ils sont plus fermes , plus solides et moins faciles à déchirer que ces dernières.
Leur couleur est en général rougeâtre.
e. Structure.
2347. Us sont entourés par un tissu cellulaire très lâche, presque toujours chargé d’une graisse abondante , et qu’on nomme membrane ou capsule adipeuse du rein ( mcmbrana , s. capsula renum adiposa ).
Au-dessous de cette masse celluleuse , on trouve une membrane blanchâtre, rugueuse sur ses deux faces, qui n’a pas une texture sensiblement fibreuse, mais qui est très solide, et qui se rapproche des membranes fibreuses. Cette capsule enveloppe le rein tout entier; elle offre seulement une ouverture correspondante à la scissure, pour le passage des vaisseaux sanguins et du canal excréteur, et elle adhère intimement à la substance de l’organe dans toute son étendue.
f. Texture.
a348. Les reins sont composés de deux substances , qui diffèrent beaucoup l’une de l’autre relativement à la couleur, à la situation, à la consistance et à la texture. Ce sont la substance corticale ou glanduleuse ( substantia corticalis , s. glandulosa ) , et la substance médullaire , tubuleuse ou fibreuse ( substantia medullaris } s. tubulosa, s. fibrosa).
a349- La substance corticale entoure la médullaire dans la plus grande partie de son étendue et dans tous les sens. Non seulement elle forme entièrement la face externe du rein, mais encore elle s’étend jusqu’à la face interne de cet organe, par plusieurs prolongemens arqués, entre lesquels la substance tubuleuse est déposée. Elle forme par conséquent une collection de cavités unies par une base commune , et dont les culs-de-sac sont tournés en dehors.
Ainsi la substance corticale forme la partie extérieure et colorée du rein.
Son épaisseur s’élève à deux ou trois lignes environ.
Sa couleur est plus rouge que celle de la substance médullaire, et sa consistance bien moins considérable.
Elle est composée principalement de vaisseaux sanguins et de corpuscules glanduliformes , qui sont les origines des conduits urinifères.
C’est en elle que s’effectue la sécrétion de l’urine.
335o. La substance médullaire , renfermée dans la précédente, se compose d’un amas de corps arrondis, coniques ou pyramidaux ( pyramides malpighianœ ), qui ont la base tournée en dehors, et dont le sommet émoussé regarde en dedans. Si
de l’appareit. urinaire.
l’on excepte sa partie la plus interne, qui n’a que quelques lignes de hauteur et de largeur , et qui constitue ce qu’on nomme les papilles rénales [papilles renales ), elle est entièrement enveloppée par la substance médullaire.
Elle s’ouvre, en cet endroit, dans le commencement de l’uretère ou le bassinet.
Le sommet des papilles rénales est ordinairement , mais non toujours, garni d’un enfoncement plus ou moins considérable, et il offre un nombre plus ou moins grand d’ouvertures arrondies qui, quoique petites, sont cependant perceptibles à l’œil nu. Les papilles pourvues d’une dépression ne présentent d’ouvertures que dans cette fossette, tandis que, dans celles qui se terminent simplement en pointe, les ouvertures sont disposées aussi autour du sommet.
L’extrémité libre des papilles est revêtue d’une enveloppe grossière, qui se continue avec la membrane interne du bassinet.
Le nombre de ces papilles varie depuis sept jusqu’à vingt. Elles sont distribuées sur trois séries, une moyenne, une antérieure et une postérieure , qui se dirigent toutes de haut en bas. Celles de la série interne sont tournées en dedans , vers la ligne médiane du corps; celles de l’antérieure se dirigent en arrière, et celles de la postérieure en avant, c’està-dire en sens inverse des précédentes. Les supérieures se portent en bas dans toutes les directions.
Quelquefois des papilles qui sont tout-à-fait distinctes à leur base se réunissent et se confondent ensemble à leur sommet.
La substance médullaire est moins rouge et beaucoup plus dure que la corticale.
Elle est composée de vaisseaux sanguins, mais principalement de conduits urinifères droits, avec lesquels communiquent les ouvertures des papilles.
Elle est le siège de l’excrétion de l’urine, car, lorsqu’on la comprime, ce liquide s’échappe des conduits excréteurs qui la constituent presque entièrement , par les ouvertures dont les papilles sont garnies.
235i. Il résulte de cette description que les reins sont com
posés de plusieurs segmens, au nombre de quinze environ , qu’on peut appeler lobules ( lobuli renales, s. renculi), dont chacun est formé à son tour de substance médullaire et de substance corticale, et dont les enveloppes corticales se continuent toutes les unes avec les autres.
2352. La macération, l’injection et le microscope fournissent les données suivantes relativement à la structure intime des reins.
2353. La surface de la substance corticale n’est point lisse, mais paraît formée par une multitude de petits espaces irrégulièrement arrondis, quadrangulaires , pentagones ou hexagones, serrés les uns contre les autres, qui n’ont pas toutà-fait une demi-ligne de diamètre. Ces espaces sont bornés par de petits vaisseaux qui envoient des ramifications dans leur intérieur ; ils ont par conséquent une couleur plus claire que celle de leurs bords , qui sont formés par ces vaisseaux.
En outre, ou trouve partout , dans la substance corticale, des corpuscules arrondis, visibles à l’œil nu, qui les distingue sous la forme de très petits points. Ces corpuscules tiennent aux ramifications les plus déliées des vaisseaux sanguins, en particulier des artères, avec lesquelles ils représentent en quelque sorte une grappe de raisin.
Quelques anatomistes, notamment Malpighi, Bertin et Schumlansky, les considèrent comme des organes particuliers, différens des ramifications vasculaires , comme des glandes , de petites bourses, sur les parois desquelles se répandent des vaisseaux. Duj reste les auteurs ne s’accordent point à leur sujet, car Bertin les a décrits et figurés plus gros que ceux dont Malpighi admettait l’existence , tandis que les observations de Schumlansky, dont celles d’Eysenhardt ne diffèrent point quant aux circonstances essentielles, s’accordent avec les assertions de Malpighi. D’autres , parmi lesquels on distingue surtout Ruysch, voient dans ces corpuscules, non des glandes, mais des paquets pénicillés de vaisseaux.
Ce qu’il y a de plus vraisemblable, c’est qu’ils sont formés parles extrémités les plus déliées des artères et par les racines des conduits excréteurs, unis ensemble au moyen d’un tissu
de l’appareil urinaire. 55?
muqueux, et qu’ils ne sont points creux. De cette manière on parvient à concilier les deux opinions.
C’est inconstestabléraent dans les corpuscules que la formation de l’urine a lieu , du moins en grande partie.
Ils paraissent ne point avoir d’enveloppe propre , et ils sont formés, du moins ordinairement, par un seul ramuscule artériel.
On ne les voit pas communiquer distinctement avec les veines, quoique le passage des artères à ces dernières soit très facile à apercevoir.
2354. Indépendamment de ces corpuscules glanduleux, des ramifications vasculaires sur lesquelles je reviendrai plus loin, enfin d’un tissu cellulaire mou et blanchâtre, qui unit toutes ces parties, et sur lequel Ferrein surtout a appelé l’attention des anatomistes , la substance corticale renferme encore une immense quantité de petits canaux blancs et très flexueux, qu’on appelle conduits de Ferrein ( canules corticales ). Ces conduits s’anastomosent fréquemment ensemble, marchent ordinairement isolés, se réunissent quelquefois par paires, et circonscrivent de petits espaces d’une forme diversifiée à l’infini. Us entrent pour une part considérable dans la composition de la substance corticale, et sont très probablement les canaux excréteurs des corpuscules dont j’ai parlé plus haut.
Ces canaux, qui sont flexueux dans la substance corticale, deviennent droits dans la substance médullaire. Lorsqu’on y regarde de près, on reconnaît que, de distance en distance, le changement de direction commence régulièrement à s’opérer assez haut déjà, à quelque distance de la surface du rein, de manière que des prolongemens cylindriques de la substance médullaire et de la substance corticale se pénètrent réciproquement sur un grand nombre de points.
Les conduits de Ferrein sont simples, et conservent toujours le même diamètre dans la substance corticale; mais, parvenus dans la substance médullaire, ils se réunissent peu à peu, sous des angles aigus par le bas, en plusieurs troncs qui, pour la plupart, ne les surpassent pas de beaucoup en volume, et marchent les uns à côté des autres vers le sommet des papilles; mais, suivant quelques anatomistes, spécialement Fer-
rein et Eysenhardt, ils ne s’étendent pas jusqu’aux ouvertures dont ces papilles sont percées, et cessent avant d’être arrivés jusque là. Les mêmes écrivains ajoutent que les ouvertures des papilles conduisent seulement dans de petits culs-de-sac, profonds d’une ligne ou deux à peu près, qui sont, comme elles , beaucoup plus larges que les canaux dont nous parlons, et dont le nombre, qui, suivant Ferrein, s’élève environ à vingt dans chaque papille, est moins considérable que celui de ces derniers.
Cependant je suis parvenu quelquefois à voir très distinctement des canaux qui parcouraient toute la hauteur des papilles rénales, de manière que j’admets une continuité immédiate entre les conduits urinifères et les ouvertures des éminences papillaires. Je suis d’autant plus porté à partager cette opinion, qu’il est très facile depousser de l’air ^lans les conduits par les papilles , que, chez les grands animaux , l’injection passe même de l’artère dans la papille tout entière, et qu’on exprime, de Burine en comprimant la substance corticale.
2355. Chaque lobule des reins est donc composé de plusieurs amas de canaux, d’abord flexueux, puis droits, très serrés les uns contre les autres, qui, ayant leur base tournée en haut et leur sommet en bas , représentent la forme du tout, et sont seulement plus alongés.
La partie droite de ces canaux, celle qui se trouve contenue dans la substance médullaire, est connue depuis longtemps, car Bérenger de Carpi en fait déjà mention; mais c’est à Bellini qu’on en doit la description la plus exacte : de là vient le nom de conduits de Bellini ( ductus , s. tubuli Belliniani, s. renales ) sous lequel on les désigne.
Jusqu’à Ferrein on a pensé que ces canaux, qui s’aperçoivent sans le secours des instrumens d’optique, étaient simples; mais il résulte des recherches de cet anatomiste et des observations de Schumlansky, que chacun d’eux est un faisceau de plusieurs centaines de conduits, auquel on donne le nom de pyramide de Ferrein.
Chaque canal flexueux a environ un soixantième de ligne de diamètre. La longueur de tous ces conduits pris ensemble s’élève à plus de soixante mille pieds, d’après les calculs de
DE L’APPAREIL URINAIRE
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Ferréin. Il y a dans chaque lobule sept cents pyramides au moins, de manière que, comme chaque rein est composé de quinze lobules, le nombre total des pyramides s’élève à environ dix mille.
D’après les observations d’Eysenhardt , chacun des canaux des pyramides de Ferrein est composé lui-même d’à peu près vingt conduits plus petits (1).
Mais on ne peut douter qu’il n’y ait beaucoup d’arbitraire et d’inexactitude dans toutes ces assertions.
g. Vaisseaux.
2356. Les deux séries de ramifications vasculaires san^ guines, après s’être comportées, dans la scissure du rein, de la manière que j’ai indiquée plus haut, s’enfoncent dans la substance de cet organe, à la hauteur de la base des’ papilles rénales, et se dirigent de bas en haut dans les prolongemens que la substance corticale envoie en dedans. Leurs branches décrivent des arcades tournées l’une vers l’autre, qui entourent principalement les bases des pyramides de Ferrein , ou des divers segmens de la substance interne. Ces arcades ne communiquent ensemble ni par de grandes ni par de nombreuses anastomoses. Quoiqu’elles suivent les divisions de la substance médullaire, elles ne se répandent point dans son intérieur, mais se distribuent presque exclusivement dans la substance corticale, d’abord dans les segmens situés entre les papilles , puis dans la couche extérieure du rein. De la convexité des plus grandes partent un nombre considérable de petites branches disposées en rayonnant, qui entourent la base de chaque lobule, et se ramifient de plus en plus pour donner enfin naissance aux corpuscules glanduliformes. Beaucoup de ces branches pénètrent jusqu’à la face extérieure du rein; les autres ne s’étendent pas aussi loin.
Les artères et les veines s’accompagnent fidèlement les unes les autres. Cependant, quoiqu’on ait reconnu la communication immédiate qui existe entre ces deux ordres de vais-
(1) Eysenhardt, p. 12.
seaux , et qu’il est facile d’apercevoir, on n’a pu, du moins jusqu’à présent , en découvrir aucune entre les ramifications veineuses les plus déliées et les corpuscules glanduliformes , tandis que ces derniers adhèrent, d’une manière intime, aux ramifications artérielles, avee lesquelles elles représentent, comme je l’ai déjà dit, une espèce de grappe de raisin.
Il naît des reins une quantité considérable de lymphatiques ; mais ces vaisseaux n’offrent rien de particulier sous le rapport de la direction des valvules.
h. Nerfs.
2357. Les nerfs des reins sont très petits, proportion gardée. Ils proviennent du plexus rénal du grand sympathique, se collent à la surface des artères, et ne s’enfoncent pas à une grande profondeur dans la substance de l’organe.