‹ Manuel d'anatomie générale, descriptive et pathologiqueChapitre 47 sur 289 · XI. NERF OPTIQUE · texte numérisé non relu

XI. NERF OPTIQUE

1877. Le nerf optique ou oculaire , seconde paire (nervus options, s. visorius , s. par secundum) , le plus gros de tous les nerfs encéphaliques, naît, par une portion large et plate, de la partie postérieure delà face externe, et aussi de la face supérieure de la couche optique et des tubercules quadrijumeaux. Sa partie antérieure, qui est la plus large, quitte la face supérieure de la couche optique, de la substance de laquelle on la distingue aisément, A cause de la direction transversale de ses fibres médullaires, pour passer sur son tubercule antérieur et externe. La postérieure passe au-dessous du tubercule postérieur et externe, et tient en cet endroit aux tubercules quadrijumeaux, principalement aux postérieurs, par le moyen de la bandelette médullaire qui se porte de ces derniers en devant, en passant au-dessous du tubercule postérieur et externe de la couche optique. De là le nerf optique marche d’arrière en avant et de dehors en dedans, et descend sur la face inférieure du pédoncule cérébral, auquel il adhère d’une manière si intime, qu’on est obligé d’admettre qu’il tire en partie son origine de ce prolongement, quoiqu’il en soit séparé par la pie-mère dans presque toute son étendue. Il devient peu à peu plus étroit, mais plus épais et plus arrondi, et s’unit à angle obtus avec celui du côté opposé, sur la ligne médiane, à la face inférieure du cerveau , au-dessous du plancher du troisième ventricule. L’union est si intime que les deux nerfs ne font plus qu’une seule masse médullaire. Cette masse, consi-

( 1 ) Bock , toc. ci t. , p. 12.

{2) Morgagni , Ep. anat. , XVI , § 5g. — Mcckel , De quinlo pare , § 48.

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déréc en elle-même, a la forme d’un carré alongé, qui présente, chez les divers sujets, des différences, dont on trouve l’indication dans iMorgagni (i) et Wenzel (2). Elle n’a pas non plus toujours le même volume (5). Supérieurement elle reçoit des fibres médullaires du plancher du troisième ventricule, de sorte qu’on est autorisé à penser que le nerf optique tire aussi son origine en partie de ce point.

A partir de leur jonction, les deux nerfs optiques s’écartent l’un de l’autre, pour se porter en dehors et en devant. Il résulte de lé que, quand on embrasse d’un seul coup d’œil l’endroit oi’i ils sont unis et leurs parties tant antérieures que postérieures , ils représentent la forme d’un X ou d’une croix. Voilé pourquoi on a donné à leur jonction le nom à.' entre-croisement ou de cliiasma. 11 est très rare, peut-être même n’arrive-t-il jamais , que les deux nerls ne s’unissent pas (4) , ou que, par une disposition peut-être inverse de la précédente , une petite protubérance pointue naisse du bord antérieur du chiasma (5).

Les opinions sont très partagées au s'ujet de la manière dont s’effectue la réunion des nerfs optiques. Les uns prétendent qu’ils 11e font que s’appliquer l’un contre l’autre (6) ; d’autres assurent qu’ils s’entre-croisent, et que celui de l’œil droit, par exemple, passe au côté gauche du corps, derrière le chiasma (7). Plusieurs enfin sont d’avis qu’il y a seulement une décussation partielle , un entre-croisement de la plupart des

(1) Ep. anat. , XVI , § i3.

(2) De penit. struct. cerebri , p. 1 10.

(3) Ibid.

(4) Vésale , De corp. hum. fab. , 1. IV , c. iv.

(5) Sœmmerring, dans Noetbig , De dccussatione nervorum opticorum , Mayence, 1780.

(6) Galien , De utit. part. , lib. X, c. xn. — Ensuite un grand nombre de ses successeurs qu’on trouve cités dans Not'tkig. — Zinn , Desc oc. hum., Gœttingue , i~b5, p. 190. — Vicq-d’Azyr, dans Mem. de Paris , 1781 , p. 554- — Meckel, dans Haller, Grundriss , p. 586.

(7) Cette opinion comptait déjii des partisans avant Galien , puisqu’il la réfute {toc. cil.); ceux qui l’ont défendue depuis sont cités par Morgagni {Ep. anat. J, et par Sœmmerring (dans Noethïg, toc. cit. , et Denhschr. c 1er Miinclmcr Ahad. , 1808 , p. 60 ),

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fibres (î), que les fibres externes de choque nerf sont placées sur le même côté du corps , en avant comme en arrière du chiasma, tandis que les internes s’entre-croisent avec les fibres correspondantes du nerf opposé, et passent de l’autre côté du corps (2).

Les partisans de la première hypothèse allèguent :

i° Qu’en examinant le chiasma dans l’état frais, on voit que les fibres du nerf traversent son bord externe sans changer de côté , mais que la partie moyenne est absolument homogène , et n’offre aucune trace de structure fibreuse (3).

20 Qu’on a trouvé les deux nerfs optiques entièrement séparés l’un de l’autre, sans que la faculté visuelle en eût souffert le moins du monde (4).

3° Qu’en cas d’atrophie du nerf optique, survenue après Iàr perle d’un œil, l’altération de texture s’observe seulement dans le nerf du même côté, derrière le chiasma (5), et qu’il est très facile de distinguer, dans ce dernier, les deux nerfs l’un de l’autre, par leur couleur et leurs autres propriétés (6).

On cite en faveur de la seconde opinion :

{1) Mîchaelis, Ueber die Durchhrcuzung der Sehnerven ; dans Grosse , Mapazin zur Naturgcschichte des Menschen, t. II , cab. 1, p. 149.

(2) Ackermann, dans la Med. bibl. de Blumenbach. — Wenzel, Locus unionis nervorum opticorum ; dans De peu. str. ccreb. , cap. xi , p. 109.

(3) Vicq-d’Azyr, loc. cit. — Wenzel, p. 111, 1 1 5. Cet anatomiste dit bien qu’une petite portion de la partie interne se dirigeait vers le côté opposé au-devant la réunion; mais comme ilfait expressément remarquer qu’il lui a été impossible de découvrir aucune fibre dans cette partie interne, la phrase précédente ne prouve pas en faveur de l’entre-croisement, puisque la direction qu’elle a ssigne aux fibres est seulement ceile du nerf entier. — Caldani ( Mem . dette soc. liai. , t. XII, part. 11 , p. 28 ) a trouvé les nerfs optiques réunis, derrière le chiasma , par une bandelette médullaire transversale.

(4) Vésale, toc. cit — Nicolas de Janua, dans Caldani, Opusc. anal., Padoue , i8o3, p. 4o.

(5) Vésale , loc. cit. — Cesalpino , dans Riolan , Anthopogr. ,1. IV. — Cbeselden , dans Pliil. trans. — Santorini, Obs. ar.at., c. m , p. 63, 64. — Meckel, dans Haller, Grundriss , p. 586. — Caldani, Opusc. anat. , p. 35 et 35 : deux cas.— Id., dans Mcrn. dette soc. ilat., t. XII , p. n, p. 27. — Burns , Anatomy ofthe head undneck, Edimbourg, 18 n , p. 359.

(6) Santorini , loc. cit.

i° L’apparence dans l’état normal ( 1); ,

2° Les cas dans lesquels on a trouvé, sans que la fonction visuelle fût troublée, l’origine d’un nerf optique , ou la portion des deux nerfs située derrière le chiasma , d’un volume supérieur ou inférieur à celui qu’on observe or iinaircment, et le nerf du côté opposé offrant le même caractère au-devant du chiasma (2).

3° Les cas dans lesquels les affections dont le nerf était le siège, au-devant du chiasma, ne se propageaient, derrière ce dernier, qu’au cordon nerveux du côté opposé , et s’étendaient même jusqu’aux portions cérébrales correspondantes de ce côté (3).

4° Les cas analogues dans lesquels on a rencontre l’origine d’un des deux nerfs altérée et l’œil opposé troublé dans sa fonction (4). Quelquefois même cette origine seule était malade, et non la portion du nerf située de l’autre côté du chiasma (5).

5° L’analogie avec plusieurs animaux, notamment avec la plupart des poissons , dont les nerfs s’enlre-croisent évidemment et se pénètrent l’un l’aufre.

Quant à la troisième hypothèse , on allègue à son appui : i° L’examen anatomique de la disposition normale des parties (6).

{1) Petit , dans Mèm. de Paris, i^7>6,-p.y. — Sœmmerring, loc.cit.

{2) Sœmmerring, loc. cit. Plusieurs observations.

(3) Michaelis , loc. cit. , p. i45. — Caldani , loc. cit. , p. 35. — Wenzel,

(4) Valsalva, clans Morgagni , Ep.anat., XIII. p. u5, obs. ni.

(5) Wenzel, loc. cit., p. 125.

(fi) Caldani, Opusc. anat., p. 3y , tab. 11, fig. 4- La simple macération dans l’eau ne lui a donné aucun résultat, non plus que l’immersion dans l’acide sulfurique et le vinaigre; mais il n’en a pas été de même de celle dans l’acide nitrique , après l’ablation du névrilemmc. Caldani a observé huit fois , de cette manière, que les fibres nerveuses externes se rendaient directement à l’œil du même côté, et les internes à celui du côté opposé, que par conséquent ces dernières s’entre-croisaient, et que même les faisceaux se partageaient visiblement en plusieurs branches. Wenzel a trouvé une fois, chez un sujet dont la fonction visuelle n’avait pas souffert, de la substance grise dans le milieu du chiasma ; les fibres internes des deux nerfs traversaient évidemment cette substance pour s’entre-croiser (loc. cit. , p. 1 18 ).

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2° Les cas pathologiques dans lesquels on a ru qu’un œil étant détruit et son nerf altéré , les fibres externes du nerf malade et du nerf sain restaient chacune de leur côté, devant et derrière le chiasma , tandis que les internes de l’œil sain le transversaient pour se rendre au côté opposé , où elles produisaient les fibres internes du nerf de ce côté , et que les internes du nerf malade passaient également au côté sain , quoique d’une manière plus insensible, du moins quelquefois (1).

5° Les cas dans lesquels on a observé , à la suite d’une maladie d’un œil et de son nerf optique, que l’endroit où s’opère la réunion était atrophiée, et que, derrière lui, le ndrf du côté opposé présentait le môme genre d’altération (2).

4° Les cas de perte d’un œil avec altération d’tih seul nerf optique au-devant du chiasma, et du nerf opposé, ou des deux nerfs, mais à un moindre degré , derrière ce point (5). Ce fait semble réellement favorable à l’bypothèse d’une décussation partielle , puisqu’on ne peut pas l’expliquer autrement , suivant l’opinion de divers physiologistes, d’autant plus que , dans beaucoup de cas, où les deux nerfs étaient atrophiés derrière le chiasma, celui de l’œil sain a été trouvé plus gros qu’à l'ordinaire (4).

Lorsqu’on pèse bien tous les faits pathologiques, on est forcé de convenir qu’ils paraissent ne fournir de preuves péremptoires en faveur d’aucune des trois opinions, tant que l’anatomie des parties sainés n’a pas démontré la réalité de l’entrecroisement. En elfet on peut les expliquer d’une manière satisfaisante en disant que la substance des deux nerfs est tellement entrelacée dans le chiasma , que ces nerfs, sans se croiser en tout oü en partie, et moins encore sans s’appliquer simplement l’un contre l’autre , naissent, à proprément parler , de celte substance commune produite par la réunion des deux

(1) Wenzet, it5, 217.

(2) Walter, Ueber die Eiruütigung and die Durchkreuzung der Selinerven, Berlin, 1794 , p. 97.

(ô) Ackermann, loc. cit. — C’est ce qui a été vu dans la plupart des cas. ,ii|

(4) Morgagni , Epist. anal., XVlII,4o. — Micbaelis, Idc. cit., p. 145, — Wenzel, p. 125.

bandelettes optiques (tractus optici), opinion qui diffère beaucoup de celle des partisans de la déeussation partielle. Les différences qu’on a observées dans les phénomènes pathologiques autorisent même à adopter cette hypothèse , puisqu’elle seule peut les expliquer, et qu’elle en rend très bien raison. Alors on peut regarder comme une chose accidentelle que , dans les cas où le nerf optique est malade jusqu’au chiasma , l’altération s’observe, de l’autre côté de cette jonction, sur le cordon du même côté , sur celui du côté opposé, ou sur tous les deux à la fois. Ce qui rend très vraisemblable cette union intime des deux portions des nerfs optiques comprises entré les origines et le chiasma, c’est que j’ai souvent remarqué, et la même observation avait déjà été faite avant moi par Morgagni (i), Michaelis (2), Bichat (3) etWenzel (4), que quand le nerf optique était déjà flétri et devenu gris depuis longtemps, soit devant, soit derrière la décussation, souvent ni le chiasma lui-même , ni la portion du nerf située devant ou derrière lui, 11’offrait la moindre anomalie, et que, quand le contraire avait lieu laporlion séparée par le chiasma de celle sur laquelle la maladie avait agi d’abord , était toujours beaucoup moins altérée que cette dernière. Un semblable phénomène annonce certainement une grande différence et une délimitation bien tranchée entre la partie postérieure du nerf , y compris le chiasma , et la portion antérieure , d’aütant plus que, quand la portion, située, soit devant, soit derrière le chiasma, est malade, elle offre ordinairement le même ^enre d’altération dans toute son étendue.

Les différences entre les phénomènes pathologiques, que j’ai signalées plus haut, dépendent peut-être de différences originelles dans la structure. Cette conjecture me paraît d’autant plus vraisemblable, que là structure du système nerveux, malgré sa grande régularité, offre néanmoins assez souvent, lorsqu’on y fait attention , des anomalies très considérables.

(j) Episl. anal. ,, XVIII, 4o.

(2) Loc. cil. , p. i/(.6,

(S) Anal, dcscript. , t. III, p. i5ô,

(4) Loc. cil. , p. us, ^ t

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Il ne serait donc pas impossible que, comme on l’observe dans d’autres organes situés sur la ligne médiane , la réunion fût tantôt plus , tantôt moins intime, tantôt enfin réduite à un simple accollement , et qu’il y t ût, sous ce rapport , une série d’états successifs, dont le premier chaînon serait le cas décrit par Sœmmerring , dans Noetbig , et le dernier celui dont nous devons la connaissance à Yésale, quoique Haller repousse une semblable hypothèse (i).

Au reste, la texture du nerf optique, soit derrière, soit devant le chiasma , suivant que l’affection primitive avait son siège dans l’origine du nerf ou dans l’œil, ne prouve rien en faveur d’aucune des trois opinions. C’est ce que démontre l’observation de laquelle il résulte que, dans certains cas, où la faculté de voir avait été abolie sur les deux yeux en même temps, l’un des nerfs était cependant beaucoup plus mince que l’autre derrière le chiasma’(2).

Au reste, les observations que j’ai recueillies me portent aussi à considérer l’entre-croisement partiel comme un fait probable. Il serait facile alors d’expliquer au moins quelques unes des différences qu’on a remarquées à l’égard des phénomènes pathologiques , puisque , quand la partie interne du nerf optique est malade , celui du côté opposé devrait présenter des traces de lésion , tandis que, dans le cas d’affection de la partie interne, la lésion s’observerait sur le nerf du même côté, au-delà du chiasma.

1878. A partir du chiasma, les deux nerfs optiques s’écartent l’un de l’autre, et pénètrent dans l’orbite par le trou optique. Parvenus dans cette cavité, ils s’y placent entre les muscles droits de l’œil, et décrivent une légère courbure, dont la convexité regarde en dehors. Lorsqu’ils sont arrivés près de l’œil, ils se rétrécissent beaucoup, percent la sclérotique, ainsi que la choroïde, et s’épanouissent dans l’organe, où ils donnent naissance à la rétine.

Ce n’est qu’au-devant du chiasma qu’on les trouve revêtus de névrilemme. Cette membrane y a plus de solidité que dans

(1) El. pltys. , lib. xvi , t. V , p. ÿ5i.

(2) Wcnzel , p. n5,obs. h.

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les autres nerfs; elle pénètre clans leur intérieur, où elle forme des tuyaux distincts. Les nerfs optiques diffèrent de tous les autres, non seulement parce qu’ils se réunissent ensemble, mais encore parce qu’ils sont étroitement entourés, dans tout leur trajet, par une gaîne fibreuse qui se continue en arrière avec le périoste de l’orbite et la dure-mère , en devant avec la sclérotique.

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