‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 14 sur 110 · APPAREIL POLYGONAL PLUS REGULIER · texte numérisé non relu

APPAREIL POLYGONAL PLUS REGULIER

alternativement une rangée horizontale de rectangles et une rangée horizontale de carrés (fig. 14).

Les Étrusques notaient pas seulement des constructeurs de murailles. Ils savaient aussi faire œuvre d^ingénieurs. Le pays qu^ils occupaient n^est habitable qu^à la condition d'être sans cesse assaini. Les cours d'eau, qui dans une région aussi montagneuse sont nombreux et souvent gros, ne trouvent pas dans les plaines une pente suffisante, s'y répandent, s'y perdent et finissent par former des marécages pestilentiels. Il importait donc avant tout de régler le régime des eaux. Les Etrusques le comprirent, et, de bonne heure, ils pratiquèrent en maîtres Part d'endiguer les rivières et les ruisseaux, de creuser des canaux de dérivation , des fossés de drainage, des émissaires, perçant, s'il le fallait, des montagnes pour ouvrir aux eaux l'issue qui leur manquait. Sous les ruines de leurs villes, on voit encore tout un réseau d'égouts qui montrent jusqu'où ils poussaient le souci de la salubrité publique. Ces travaux étaient considérables, et l'on peut en juger par ceux qu'il a fallu exécuter et que l'on poursuit encore pour rendre et conserver à la culture l'une des régions jadis les plus florissantes de l'Étrurie, la vallée de la Chiana , entre Chiusi et Arezzo.

La voûte. — En général, la constitution géologique du sol se prêtait à ces travaux, surtout aux travaux souterrains. Presque partout en Etrurie, la roche est un tuf calcaire très tendre, que l'ongle entame aisément et qui cependant est d'un grain assez serré pour ne pas tomber en poussière. Il était facile d'y percer des galeries. Mais lorsqu'on rencontrait une roche inégale, sans

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consistance, sujette aux éboulements, sous peine de voir les galeries s'écrouler aussitôt faites, il fallait les soutenir en opposant à la pression des terres la résistance d'une paroi artificielle. Le plus simple eût été de placer sur deux montants verticaux une grosse poutre de pierre analogue à celles dont se servaient les Egyptiens et les Grecs. Mais les Etrusques n'avaient ni le granit de l'Egypte, ni le marbre de la Grèce, ni aucune de ces roches compactes qui peuvent fournir, comme on le voit à Karnak et à Mycènes, des linteaux de six et même huit mètres. Ne pouvant faire d'un seul bloc le plafond de leurs souterrains, ils y employèrent plusieurs pierres, taillées de telle sorte que, placées les unes à côté des autres, elles devaient se servir mutuellement de point d'appui et demeurer suspendues en arc de cercle audessus du vide par le seul effet de la pesanteur. En d'autres termes, ils construisirent ce qu'on appelle des ' voûtes appareillées, appliquant pour la première fois en Europe un procédé qui depuis est entré dans la pratique courante de l'architecture, mais qu'ils n'avaient pas inventé et dont la conception première appartient à l'Orient : on a la preuve qu'à une très haute antiquité les architectes de l'Egypte et de la Chaldée en connaissaient l'usage.

Parmi les souterrains voûtés dus à l'art des ingénieurs étrusques, le plus intéressant est le grand égout de Rome (Cloaca maxima]^ magnifique ouvrage entrepris par les Tarquins, qui faisait l'admiration des Romains eux-mêmes et qui, bien que réparé plusieurs fois dans l'antiquité, a conservé jusqu'à nos jours son aspect primitif (fig. 1 5). La voûte en est formée de pierres jointes

à sec, comme le sont les éléments de tous les murs étrusques, c'est-à-dire sans le secours d'aucun ciment. Elle se compose de trois assises superposées qui se renforcent l'une l'autre, et telle est son ouverture que, selon l'assertion de Pline, on pouvait faire passer dessous un chariot chargé de foin.

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Les ingénieurs étrusques n'employaient pas seulement la voûte à doubler les parois de leurs souterrains. Ils s'en servaient aussi pour jeter des ponts au-dessus des rivières et surtout pour ouvrir aux flancs des remparts des portes monumentales. Plusieurs de ces portes subsistent encore aujourd'hui, notamment à Volterra, à Paieries, à Sutri et à Tarquinies. L'arcade qui les couronne se détache en relief sur le front du mur et présente ordinairement une ornementation curieuse de têtes

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humaines ou de masques de Gorgone qui semble rappeler l'usage barbare de couper les têtes des vaincus et de les exposer comme trophées (fig. i6). Toutes les fois que sur les bas-reliefs funéraires on représente une

FIG. l6. PORTE DE FALÉRIES.

porte de ville fortifiée, elle est ^toujours conforme à ce modèle.

Il ne faut pas confondre avec les voûtes appareillées dont nous venons de parler certaines couvertures en forme de dôme qu^on observe à Cervétri, à Orviéto, à Gortone et à Frascati. Gelles-ci ne sont que de fausses voûtes. Toutes les pierres qui les composent sont posées à plat, mais de telle sorte que les différentes assises

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fassent successivement saillie les unes sur les autres et qu'ainsi les parois opposées se rapprochent jusqu'à se toucher. Le dôme est alors fermé et Ton n'a plus pour en achever le contour qu'à écorner, suivant une courbe circulaire ou ogivale, tous les angles saillants (fig. 17). Le type de ces pseudo-voûtes dites à encorbellement Qst

celui des Trésors grécopélasgiques de Mycènes.

Les tombeaux^. — Ce que nous connaissons le mieux de l'architecture des Etrusques, c^est l'architecture funéraire.

L'extérieur des tombeaux FIG. 17. n'est pas uniforme. Dans

VOUTE A ENCORBELLEMENT. ICS pklueS CC SOUt deS

monticules (tumuli)^ d'une hauteur plus ou moins considérable, tels qu'on en élevait en Grèce et surtout en Asie Mineure, monticules qui pour la plupart reposent sur un énorme socle cylindrique en maçonnerie. Quelques-uns de ces tumuli, celui de la Cucumella, par exemple, à Vulci, ressemblent à de véritables forteresses. Sur les hauteurs, au lieu de faire des tertres, les Etrusques, suivant une coutume qu'on retrouve en Egypte et en Asie Mineure, tiraient parti des reliefs du sol et façonnaient les masses de rochers qui se dressaient aux flancs des collines. Ici une saillie de pierre était taillée en forme de cône ou de tour. Là, une falaise à pic était aplanie et le ciseau y

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