FXG. 21. PILIERS DE LA MEME CHAMBRE
Les temples. — Aucun temple étrusque n^a été conservé. Les rares débris qui en subsistent sont pour la plupart insignifiants. Nous n'aurions aucune idée de cette architecture religieuse si Vitruve, un architecte romain contemporain d^Auguste, ne nous en avait donné la description.
Un temple étrusque n'était pas autre chose qu'un temple grec plus ou moins défiguré. Comme lui , il comportait une enceinte sacrée et close (vaoç ou cella), un portique en colonnade et une façade surmontée d'un
LES ARTS EN ÉTRURIE
fronton avec des statues, le tout couvert d'une décoration polychrome. Mais si de part et d'autre les éléments étaient les mêmes, la disposition était différente. Le plan du temple grec était un rectangle plus ou moins allongé avec un naos au centre, et une ou deux rangées de colonnes soit devant Pentrée seulement, soit sur tout le pourtour. Le temple étrusque , au contraire, était bâti sur un plan presque carré et n'avait de colonnes que sur le devant. Sa forme et ses diverses parties étaient déterminées, indépendamment de toute considération artistique, par certaines règles religieuses d'une rigueur inflexible et d'après des observations astronomiques.
C'est ainsi qu'il devait toujours se composer de deux moitiés distinctes. L'une, qui était située tout à fait en arrière et formait comme le fond du temple (postica)^ comprenait la cella presque toujours triple, fermée de trois côtés par un mur plein et abritant les statues des divinités. L'autre^ située en avant {antica)^ était un portique à plusieurs rangées de colonnes sur lequel s'ouvraient les trois chambres de la cella (fig. 22).
PLAN DE TEMPLE ÉtRUSQ UE.
Du haut en bas le temple grec était en pierre. Le temple étrusque, au contraire, était presque tout entier en bois : seules les colonnes étaient quelquefois en pierre. De là plusieurs conséquences : d'abord les colonnes étaient plus espacées, la portée d\me poutre de bois étant toujours supérieure à celle d'une architrave de marbre. Puis les têtes des poutres faisant saillie vers Pextérieur, les bords du toit, les corniches, le fronton, tout le couronnement de Fédifice se trouvaient portés beaucoup plus en avant du mur et de la ligne des colonnes qu'ils ne l'étaient dans les temples grecs. Enfin, la charpente n'étant pas de force à porter le poids énorme des statues de marbre massif qui décoraient les frontons grecs, ces statues étaient remplacées par des figures creuses en terre cuite. Ces différents détails^ qui nous sont donnés par Vitruve, sont confirmés par la vue des rochers sculptés de Norchia qui représentent des façades gréco-toscanes, et aussi par plusieurs urnes funéraires en forme de temples.
En observant ces mêmes urnes funéraires, on voit que pour leurs colonnes les architectes étrusques empruntaient leurs modèles à la Grèce, aux ordres dorique, ionique et corinthien : il y a des colonnes sans volutes, d'autres avec volutes, d'autres avec un feuillage qui rappelle l'acanthe. On a longtemps parlé et l'on parle encore quelquefois d'un ordre toscan, distinct des trois ordres grecs et tout à fait original, qui se serait constitué spontanément en Italie par le développement naturel de certains principes de construction communs à la race grecque et à la race italique. Mais en réalité il n'y a pas d'ordre toscan. La colonne dite toscane n^est
LES ARTS EN ETRURIE
pas autre chose qu'une imitation maladroite de la colonne dorique (fig. 2 3).
En somme, pour construire leurs temples, les architectes étrusques ont pris les éléments de Tarchitecture grecque. Ils les ont mis en œuvre, mais à leur façon, en les défigurant, en les disposant suivant certaines vues religieuses, en les combinant avec les principes de la charpente locale, si bien qu'entre leurs mains les ordres grecs ont perdu leurs formes particulières et caractéristiques, leurs proportions, leur harmonie, c'està-dire précisément tout ce qui faisait leur beauté.
La maison. — C'est encore avec les renseignements de Vitruve, mais surtout avec les données fournies
par les tombeaux, que l'on peut reconstituer l'habitation privée des Étrusques.
Cette habitation ne ressemble pas à la cabane ronde et couverte de chaume des populations primitives de l'Italie. C'est une maison rectangulaire.
Le toit, qui est en bois, se compose de quatre auvents inclinés vers l'extérieur, et qui laissent entre eux, au sommet, une ouverture