‹ Manuel d'archeologie etrusque et romaineChapitre 50 sur 110 · II. — • COMBINAISON DES FORMES ROMAINES ET DES FORMES GRECQUES · texte numérisé non relu

II. — • COMBINAISON DES FORMES ROMAINES ET DES FORMES GRECQUES

Si les Romains ont ainsi méconnu les principes essentiels et les fonctions des ordres, s'ils en ont détruit les proportions, faussé ou travesti les formes, s'ils ont enfin achevé de briser l'organisme si parfait de l'architecture grecque, faut-il s'étonner que l'idée leur soit venue d'en détacher les membres inertes pour les accoler^ en guise d'ornements, aux constructions massives et nues de leur architecture nationale? C'est ainsi que la rotonde du Panthéon à Rome s'ouvre sur un portique de

seize colonnes en granit oriental avec chapiteaux corinthiens en marbre blanc, couronné d'un entablement et d'un fronton. Il était impossible de rien imaginer qui jurât davantage avec la masse de la rotonde que cette décoration rectiligne, d'autant plus déplaisante qu'elle est plus développée? Mais il fallait une façade monumentale : on en fit une sur le modèle des temples grecs et on l'appliqua contre le sanctuaire romain.

Des disparates analogues se voient au théâtre de Marcellus et au Golisée. Là encore, Passociation des deux architectures grecque et romaine est franche. La plate-bande se marie à l'arc et la colonne au pilier massif. Le mur d'enceinte du Golisée se compose ainsi de trois étages dont chacun est supporté par des arcades entre lesquelles des colonnes se trouvent engagées.

En réalité, c'est sur les arcades, que repose tout le poids de la construction et les colonnes ne sont que des accessoires. Pour s'en convaincre, il suffit de considérer qu'au Golisée, par exemple, de toutes les arcades qui forment la structure du bâtiment, le rang extérieur est le seul qui soit garni de colonnes. L'intention est évidente : on a voulu donner par là à la façade un aspect plus décoratif. La décoration, voilà à quoi l'architecte romain réduit cette ordonnance grecque dont la tradition et la mode ont consacré la beauté et sans laquelle il croit que les yeux ne seraient pas satisfaits. Quand sur des monceaux de matériaux informes il a élevé un palais, une basilique ou des thermes, et que par des arcs et des piliers il a donné à son œuvre une assiette ferme et inébranlable, il songe qu'il faut un cadre à cette masse de pierres plutôt imposante que

belle et devant son mur il dresse des colonnes. Mais ne faut-il pas corriger un peu l'inutilité flagrante de tous ces supports sans fardeau? Ne faut-il pas faire oublier que tout cela n'est qu'un décor appliqué? C'est alors qu'il imagine de faire courir des plates-bandes au-dessus des arcs et de donner à ces plates-bandes assez de relief pour que les colonnes aient l'air de porter quelque chose.

Grâce à cet artifice, la colonne a désormais une raison d'être apparente. L'architecte romain va plus loin et s'ingénie à la rendre nécessaire. Il veut non seulement qu'elle ait l'air de porter, mais que réellement elle porte quelque chose sur son chapiteau. C'est là l'origine des ressauts. On appelle ainsi les pierres en saillie qui se détachent sur la surface unie d'une architrave comme une série de petits bastions sur une courtine. Ces ressauts, dont les dimensions sont souventconsidérables, ne tiennent pas tout seuls au mur; il faut qu'on les soutienne : voilà le secours de la colonne justifié. Mais si habilement historié qu'il soit, le ressaut peut paraître lui-même inutile : on l'utilise en le surmontant parfois d'un piédestal et d'une statue.

Les architectes romains avaient pour les formes de l'architecture grecque un goût si vif qu'ils les employaient non seulement à garnir les façades extérieures de leurs monuments, mais encore à décorer l'intérieur des appartements. Quand, pour dissimuler l'appareil plus ou moins grossier de leurs maçonneries de briques, ils appliquaient contre les murs des revêtements de marbre ou de stuc, ils cherchaient à varier l'aspect de ces revêtements d'abord par des combinaisons poly-

chromes, et ensuite par des dessins en relief. Or ces

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