A FIGURES ROUGES
(Musée d'Atliènes )
Catal. du Musée d'Atliènes, de 406 3499.
joc MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.
phorcs; et à ces variétés de classes correspondent souvent des différences de sujets. Ainsi un des motifs fréquemment figuré sur les amphores est celui des fiançailles ou du cortège nuptial, auquel assistent la njnnpheutria et des femmes portant les cadeaux, vases ou bijoux renfermés dans des coffrets. Les pélikés, les hydries, offrent souvent des motifs de la vie ordinaire, des tableaux d^intérieur, représentant des femmes assises et travaillant, entourées d'oiseaux apprivoisés, ou bien des scènes de toilette. Les cratères et les canthares sont décorés de sujets dionysiaques : Dionysos, couronné d'ache, portant le thyrse, et entouré de bacchantes et de satyres qui tiennent des canthares ou des prokhoos. Cette classe de sujets est surtout fréquente sur les vases provenant de Béotie : on reconnaît ces vases à Texécution, parfois négligée, et aux palmettes d'un style lourd qui accompagnent les peintures; ils forment une série déjà nombreuse au musée d'Athènes.
5° Vases à ornements do?-és et à reliefs rehaussés d'orK — Pendant la période la plus brillante de la céramographie chez les Grecs, la décoration des vases devient d'une grande richesse, grâce à l'emploi de la polychromie et de la dorure. A partir du iv« siècle, c'est un usage général de dorer certaines parties du costume, comme les bandelettes, les boucles d'oreilles, les perles des colliers et les baies des guirlandes de laurier ou de myrte qui figurent sur les vases à titre d'accessoires ou d'ornements. La dorure s'obtient au moyen
i. Voir J. de Witte : Revue archéologique, t. VIL — Otto lahn : cJeber bemalte Vasen mit Goldschmuck; Rev. Arch., 1875. — M. C. Trois )-ases peints de la Grèce propre à ornements dorés
LES VASES PEINTS. joi
de feuilles d'or battu, appliquées sur de petits reliefs, ou sur des bossettes de pâte argileuse. Sur les petits vases de style attique, comme les aryballes et les œnochoés, la dorure est souvent appliquée avec discrétion, mais sur les grands vases, elle est prodiguée; en même temps, des couleurs très vives rehaussent Téclat de la peinture, et les teintes rouges, vertes, blanches, bleues, violettes, appliquées sur les draperies, marient leur éclat à celui de l'or.
Un des vases les plus beaux, parmi ceux où l'or s'unit aux couleurs vives, est la péliké trouvée à Camiros, aujourd'hui au musée Britannique; la peinture représente l'enlèvement de Thétis par Pelée; le péplos que la déesse laisse tomber est vert de mer, avec une bordure blanche; sa parure et celle des Néréides qui l'accompagnent sont richement dorées. Parmi les vases dorés du musée d'Athènes, nous citerons surtout un joli aryballe, où est figurée Athéna couronnant Pélops après sa victoire, en présence de l'idole d'Athéna Cydonia, à laquelle le héros sacrifia avant sa lutte. Trouvé en Attique, ce vase, d'une rare pureté de style, est le type des céramiques de petite dimension, où l'or est appliqué avec la réserve que commmandent les proportions restreintes des sujets figurés.
On a pu croire quelque temps avec vraisemblance que les vases rehaussés d'or étaient de fabrique exclusivement athénienne; la finesse du style semblait accuser cette origine. A mesure que s'est accru le chiffre des vases communs, on a été amené à reconnaître qu'ils étaient fabriqués dans des ateliers très différents : outre l'Attique, la Béotie, la Mégaride, la Corinthie en ont
fourni de remarquables exemplaires. Ce luxe d'ornementation n'e'tait pas particulier à TAttique; il était usité sans doute dans les principales fabriques du monde grec, et les ateliers de Corinthe pouvaient rivaliser sur ce point avec ceux d'Athènes.
Il y a toute une classe de vases où les pointures sont remplacées par des figures modelées en relief, et appliquées, comme une frise, sur la panse du vase. Si les monuments de cette nature sont rares, ils comptent parmi les merveilles de la céramique grecque, et les plus beaux montrent l'emploi combiné de toutes les ressources de Part décoratif : le relief, la polychromie et la dorure. Il faut placer au premier rang le fameux vase de Cumes, autrefois dans la collection Campana, aujourd'hui au musée de l'Ermitage à Saint-Pétersbourg. Le fond du vase, revêtu d'une brillante couverte noire, est cannelé, et le principal groupe des figures en relief offre la représentation de Triptolème avec les déesses Éleusiniennes; dans la seconde frise sont figurés des lions, des chiens, des panthères, des griffons, également dorés. Le merveilleux travail du modelé, la richesse des dorures, l'éclat des couleurs prodiguées sur les vêtements font de ce vase un des plus précieux monuments de la céramique et de la plastique. Des qualités analogues distinguent un aryballe trouvé à Kertsch, en Crimée : le sujet représente une chasse à laquelle prennent partie jeune Darius et ses compagnons, Abrokomas, Seisamès, Euryalos et Euros. C'est un artiste athénien, Xénophantos, qui a signé ce vase, vers la c* olympiade (38o av. J.-C.)^
I. XErs'O'I'ANTOS EIIOIHSEN A0HN[aio;. Antiquités du Bosphore Cimmérien., pi. XLV-XLVI.
Quelquefois le relief est combiné avec la peinture; c'est le cas pour un autre vase de Kertsch, représentant la dispute d'Athéna et de Poséidon; les deux divinités, seules modelées en relief, occupent la partie centrale de la composition, et dans ce groupe on a pu reconnaître une imitation, des statues qui formaient le sujet central du fronton ouest du Parthénon.
6° Vases à reliefs. — Dans cette classe de vases, les reliefs ont été modelés à part et appliqués après coup-. Mais on comprendra sans peine que le génie inventif des Hellènes a imaginé d^autres systèmes de décoration où entre le bas-relief. Tels sont les vases ornés de basreliefs qui ont été produits à Taide de timbres ou de moules en creux imprimés sur la terre encore fraîche. Ce procédé est très ancien; on le trouve usité sur des vases d'une époque reculée. C'est aussi d'après ce système que sont ornées les coupes de Mégare, vases de forme hémisphérique à vernis noir, où se déroulent des sujets empruntés aux mythes dionysiaques. Nous avons déjà signalé les récipients en forme de statuettes ou de figurines, où le col et le goulot sont tout ce qui rappelle le principe du vase-. Dans cette voie, la fantaisie des artistes ne connaît pas de limites; et il serait difficile de signaler toutes les combinaisons créées par le caprice ou par le goût de la nouveauté.
I. On distingue très bien ce procédé de technique sur un vase en forme de gourde plate du musée d'Athènes; les bas-reliefs, figurant des combats d'Amazones, sont détachés par endroits.
2. Voir G. Treu : Griccliische 7 liongejasse in staluetten — una Bilstenform. 1875.
7» Lékythos blancs d'Athènes'-. — Il y a lieu de consacrer une étude particulière à une classe de vases d'un extrême intérêt, qu'on ne trouve pas en dehors de TAttique. Ces vases offrent un type uniforme, avec des caractères très précis. Ils ont tous la forme du lékythos, de proportions allongées; la panse est revêtue d'un enduit blanc, de couleur très franche, qui se raye facilement à Tonglc, et sur lequel sont tracées des figures ordinairement relevées de couleurs vives; le trait est dessiné au brun rouge. Un vernis noir très brillant recouvre le col et le pied.
Tandis qu'on trouve fréquemment ce genre de lékythos dans les tombeaux de l'Attique, on ne les rencontre sur aucun autre point du monde grec-. Ce fait s'explique par le caractère funéraire du lékythos, qui Joue un rôle important dans les pratiques athéniennes relatives au culte des morts. On sait qu'à côté des croyances générales, communes à toute la Grèce, chaque province avait des coutumes spéciales, des cultes funèbres
t, ÉKYTHOS BLANC
d'athènes.
I. Voir surtout l'étude de M. E. Pottier, les Lécythes blaiicj at tiques à représentations funéraires, i883.
•2. Aussi ces vases, rares dans les musées d'Europe, sont-ils nombreux dans les collections athéniennes.
qui lui étaient propres. Ceux de TAttique sont très particuliers, et Ton comprend sans peine qu'un genre d'industrie qui s'y rattachait étroitement, n'ait jamais franchi les limites de cette province. C'est à Athènes seulement qu'on fabriquait ces vases déjà signalés par Aristophane comme ayant un sens funéraire : le poète comique parle de ceux « qui peignent des lékythos pour les morts ^ », et le témoignage des monuments montre qu'ils figuraient dans la cérémonie de r exposition du mort (îtpôeedtç).
Le texte d'Aristophane prouve en outre que, dès l'année 392, on fabriquait des lékythos blancs. Il est probable que la fabrication a duré pendant tout le iv« siècle, et ne s'est même arrêtée qu'à la fin du III* siècle; il n'y a pas d'exemple de lékythos blancs de style archaïque. Les exemplaires les plus soignés accusent nettement la date de la plus haute perfection du style attique, et on ne trouve pas ce genre de vases dans les tombeaux de l'époque romaine. Ces faits nous fournissent des raisons plausibles pour limiter à deux ou trois siècles la fabrication des lékythos blancs.
Le caractère commun des sujets figurés sur ces vases est de se rattacher aux coutumes funèbres ; avec les stèles de marbre, ils offrent les documents les plus certains pour établir l'histoire du culte des morts en Attique. La forme traditionnelle de ces coutumes, et le respect des Athéniens pour des rites qui touchaient aux préoccupations les plus graves, ne ' permettaient pas aux peintres céramistes d'apporter dans