FIG. 15. PALMETTES, RANGS DE PERLES
OVES ET RAIS DE CŒUR SUR UN CHAPITEAU d'ANTE I O N I Q^U E.
le principe du chapiteau circulaire était déjà appliqué avec éclat à Tordre dorique; ils adoptent donc le chapiteau quadrangulaire à volutes, et la colonne à base. Mais en empruntant ces formes aux civilisations de TOrient, ils leur impriment un caractère très personnel de grâce et d'élégance ornées, qui s'oppose nettement à la nudité sévère du dorique. Pour continuer la comparaison indiquée plus haut, l'ionique est Tordre féminin; ses formes élancées et délicates se prêtent à une riche parure, qui jurerait avec Taustérité du dorique. Aussi le marbre
est-il finement ciselé, partout où le permet la sobriété du génie grec, ennemi de la surcharge et de Texcès. Des palmettes d'une exquise élégance, des tresses, des fleurs d'eau, des lis marins, des rais de cœur se marient à merveille avec les courbes de la volute et les formes arrondies de la base. Un autre caractère essentiel de rionique, c'est qu'au lieu d'être immuable, comme l'ordre rival, il comporte une infinie variété. La base admet des ornementations très diverses. En Asie Mineure, au temple d'Apollon Didyméen, il n'y a pas deux bases exactement semblables : sur l'une d'elles, le tore supérieur est remplacé par un bandeau cylindrique décoré de palmettes; sur l'autre, les scoties font place à un tronc dodécagone, dont chaque face est décorée d'un motif différent. Quelquefois, comme à Éphèse, le fût est orné de sculptures. Enfin, le, chapiteau oflVe des combinaisons de lignes très variées qui peuvent se ramener à trois types : i" Les volutes sont reliées entre elles par une courbe fléchissante; c'est le style classique, adopté pour le temple de la Victoire Aptère à Athènes. 2" La courbe est surélevée, comme ù Phigalie. 3° La courbe est droite; c'est la forme usitée généralement en Asie Mineure.
Cette souplesse, si conforme aux instincts de la liberté du génie hellénique, a fait dire justement que l'ionique est le plus grec des ordres grecs. Il est, en effet, le principal élément des innovations que les architectes introduisent dans leur art au siècle de Périclès. Si l'on passe en revue les édifices ioniques les plus importants, on trouve cet ordre appliqué pour la première fois à l'Artémision d'Éphèse. Ce temple périt dans l'incendie
allumé par Erostrate, et les fragments en ont été retrouves par M. Wood dans les substructions du nouvel Artémision, rebâti sur remplacement de Tancien. L'Héraion de Samos, commencé vers la xxxv* olympiade, par Rhœcos et son fils Théodoros, suivant l'ordonnance dorique, fut terminé plus tard d'après les principes de Pionique. Peut-être cet ordre avait-il été appliqué d^une façon partielle au premier Héraion, car une colonne ionique du type le plus ancien a été retrouvée à Samos. Au V siècle, Tionique est surtout employé à Athènes. Déjà Ictinos en avait montré les ressources au temple d^Apollon Epicourios, à Bassœ, près de Phigalie. A Athènes, cet ordre brille de Téclat le plus vif aux Propylées, où il s'unit au dorique; au charmant temple de la Victoire Aptère, véritable bijou architectural de proportions très restreintes; enfin, à PÉrechthéion, où il déploie toutes ses élégances et toutes ses richesses.
Le IV* siècle est par excellence le siècle de l'ionique, et cette suprématie se trahit clairement par la place qu'on lui attribue dans l'ordonnance extérieure des temples. C'est en Asie Mineure qu'il s'épanouit surtout; il y atteint son point de perfection avec Pythios, qui travaille au Mausolée et au temple d'Athéna Polias à Priène. Les maîtres de son école, Pasonios d'Ephèse et Daphnis de Milet construisent le temple d'Apollon à Didymes, où ils appliquent l'ionique avec une merveilleuse richesse d'invention. Mais la flexibilité des principes de l'ordre ne le met pas à l'abri de modifications profondes, introduites par deux architectes asiatiques, Hermogènes d'Éphèse et Thargélios de Tralles. Le premier, dans les temples de Téos et de Magnésie, sup-
(5o MANUEL D'ARCHEOLOGIE GRECQUE.
prime Pune des colonnades et altère le profil des bases; le second, dans le temple d'Asclépios à Tralles, substitue au chapiteau ionique le chapiteau corinthien. Alors commence pour Tionique une ère de décadence, continuée par les architectes romains : Vitruve a formulé les principes de cet ordre, singulièrement abâtardi par la tradition romaine.
§ IV. — l'ordre CORINTHIEN
Le dernier en date des trois ordres grecs est le corinthien. Ses formes canoniques se composent d'un calathos, sorte de corbeille autour de laquelle s'appliquent de hautes feuilles d'acanthe ; des hélices ou volutes soutiennent un tailloir plus mince que dans le dorique, et échancré sur ses quatre faces, de telle sorte que les angles font une forte saillie et exigent un soutien, figuré par les volutes. L'entablement est, à peu de diose près, celui de l'ordre ionique.
Il est à peine besoin de rappeler la légende par laquelle les Grecs expliquaient l'origine de cet ordre. Une jeune fille de Corinthe étant morte, sa nourrice avait posé sur la tombe une corbeille recouverte d'une tuile, et contenant les objets favoris de la morte ; au printemps suivant, la corbeille, entourée des feuilles d'une acanthe qui avait poussé parla, inspira au sculpteur Callimaque l'idée du chapiteau corinthien.
De cette historiette il faut surtout retenir le nom Partiste. Callii-paque vivait vers la lxxxv olympiade (440-
437). Avant cette épvoque, on connaissait clc'jà le principe campaniforme de cette sorte de couronnement; Texpédition française de M orée en a retrouvé à Coron un type fort ancien, qui comporte le tailloir dorien posé sur le calathos , décore à sa base de feuilles d'acanthe minces et pointues. La réforme de Callimaque, assez importante pour avoir mérité le nom d'invention, a dû consister à fixer les formes canoniques du chapiteau. Cet artiste était surtout un toreuticien ; il travaillait le métal ; c'était lui qui avait fait la lampe d'or du temple d'Athéna Polias. Aussi est-on fondé à croire que le chapiteau corinthien imaginé par lui était métallique. C'est ce que semblent indiquer l'évidement des feuilles d'acanthe, les fleurons qui les fixent au calathos, et dissimulent les tdtes des clous, enfin tout le travail de refouillement du chapiteau. En outre, le chapiteau de Callimaque ne décorait que des colonnes isolées : les Grecs, frappés de sa beauté, en firent un ordre.
Dès la xcvi° olympiade^ au temple d'Athéna Aléa, à Tégée, Scopas applique l'ordre corinthien à une partie des colonnes intérieures; déjà vers 43 r, Ictinos s'était