‹ Manuel d'archéologie romaine (volume 2)Chapitre 146 sur 425 · C. /. L., VIII · texte numérisé non relu

C. /. L., VIII

5. Mosaïques de Tunisie, 424 ; Musée Alaoui, pi. viii, n. 139; Cagnat-Ballu, Timgad, p. 31 ; A. Merlin, AClhiburos, p. 45.

cri.TE l'Rivi:

Fig. 455. — Abraxas.

masques liideux uu grotesques, notamuieut des lii,^ures de (lOr^'-oue, n'avilit, bien souvent, pas d'autre raison d'être.

.Nous devons, en terminant, une mention particulière à une caté- ^'orie spéciale d'amulettes dites abraxas, pierres gnostiques ou pierres basilidiennes '. On sait que le nom de * ^Miostiques » est donné a des sectes relij^ieuses orientales qui se formèrent et se développèrent aux premiers siècles de notre ère. Leur théorie principale admettait que la création du monde n'était pas l'iouvre de Dieu, mais d'une émanation divine, le Démiur^^e. Ce sont eux qui nous ont laissé les talismans nommés « abraxas » à cause d'un mot mystique, écrit ABPAZAG ou ABPAGAZ, qui se lit sur un grand nombre d'entre eux et qui désig^ne, en réalité, non pas le talisman lui-même, mais, selon les Pères de l'Eglise, le Dieu suprême des ;;nostiques. La raison de ce nom, auquel on a vainement cherché une étymolog-ie, réside dans les influences des nombres. Les lettres du mot, additionnées suivant leur valeur numérique en grec, donnent, en effet, pour total, 3G5, total des jours de Tannée solaire, et des 365 l^^ons créateurs, et dont la plénitude forme le Dieu suprême.

Notre rif,^ure 155 reproduit un de ces abraxas -. On y voit, d'une part, à côté du mot ahrasax un génie à tête de coq, à jambes de serpent, muni du fouet divin et d'un bouclier oià est inscrit le nom L\LJ ; de l'autre des lettres inexplicables. Il en est ainsi surpresque tous les monuments de cette sorte : ils offrent, à côté de caractères, généralement grecs, incompréhensibles, des assemblages bizarres de formes empruntées à la ligure de l'homme ou à celle des animaux, des signes astronomiques, des attributs de toute espèce, qu'il faut se borner à constater sans pouvoir les interpréter.

De ces monuments destinés à protéger les humains contre les influences occultes, il faut rapprocher, par opposition, ceux cpii avaient pour lin de leur faire du tort en les livrant à de mauvais

1. Cr. surtout Montfaucou, Anl. expliquée, II, 2' partie, p. 353 et siiiv. : J. Mnttcr, Ilisl. <Iii Gnnslicismc, l*aris, Isll, S", 2" éd. ; Doni Lcclcrcq, Dicl. tl'arch. rfirétimne, an mol .{hnis.ix.

'2. (^Iiabouillel, <j,it. ijénpral des cninces et pierres (jravées de lu liihl . im/xh'., Paris, s. d., 12*, p. 2S3 ; Matter, op. cit., pi. vu, fig. 3.

^^énies. Tel était le propre des tabellae defixionum. On donne ce nom à des feuilles de métal, g-énéralement de plomb — car le plomb est une,matière sombre, d'une pâleur funèbre, et surtout une matière tendre et facile à travailler — sur lesquelles on écrivait les noms d'une ou de plusieurs personnes auxquelles on voulait nuire, en les enveloppant de formules magiques'. Par là on olfrait ceux qui y fig'uraient aux divinités infernales ou à quelque démon malfaisant. Afin de faire parvenir jusqu'à lui ces incantations, on roulait les plaques, qu'on perçait parfois d'un clou et on les glissait dans des tombeaux. C'est là qu'on les retrouve de nos jours. Des documents de cette série relèvent plus de l'épigraphie ^ que de l'archéolog-ie. Il convient pourtant de les mentionner ici brièvement ; car, pour bien préciser quelle était la personne que l'on vouait ainsi aux dieux souterrains, on traçait parfois son image sur la feuille de plomb, à côté de la formule magique. Une tablette de cette sorte, recueillie à Rome '\ vise le boulanger Praesenticius, sa mère et son fils : on y voit, grossièrement dessinés, les portraits des trois victimes ; au-dessus de chaque portrait, pour éviter toute erreur, on a eu soin d'indiquer le nom qui s'y rapporte. Même observation, à Garthage, pour des cochers dont on souhaitait la chute dans l'arène et la mort ^. D'autres fois, on dessinait la silhouette du démon invoqué ^.

Il arrivait aussi, ce qui revenait au même, que

l'on remplaçât la tablette de plomb par une statuette,

Fi"- 456 ^^ plomb également ou de terre cuite : sur la sta-

Fiçurine ma- tuette on inscrivait souvent alors le nom de celui iricfuc

ou de celle qu'elle était censée représenter. Dans le

Tell de Sandahanna (Palestine méridionale), leD^Bliss a trouvé un groupe de seize figures d'hommes et de femmes en plomb, de six ou huit centimètres de hauteur et d'une exécution grossière. « Les personnages sont représentés dans des poses étranges et contournées, comme s'ils se tordaient dans des soulTrances : ils ont les mains et les pieds surchargés de liens savamment compliqués; ces liens

1. Cf. surtout A. Audollent, Defixionum tabellae, Paris, 190 i, 8°.

2. R. Gagnai, Cours iVèpiijr. latine, 4* éd., p. 374 et suiv.

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