CHAPITRE XVI
Les Grecs sont les ancêtres incontestés de nos chirurgiens, et un grand nombre d'instruments aujourd'luii en usage sont leur invention propre. A cette science non plus il n'est guère probable que les Romains aient apporté beaucoup de perfectionnements ; du reste les praticiens de race hellénique abondaient dans les pays de langue latine. Mais les objets retrouvés qui concernent cette profession ne remontent pas, pour la plupart, plus haut que l'Empire ; aussi leur description peut trouver place ici ^ La perfection de cet outillage est surprenante et fait contraste avec la médiocrité avérée des connaissances anatomiques, due à la liberté probable, sans garanties, de la carrière médicale, ainsi qu'à un préjugé général contre les travaux de dissection.
On a fouillé à Pompéi la maison d'un médecin encore munie de la plupart de ses instruments ; ces objets sont au musée de Naples^ avec d'autres provenant d'IIerculanum. En outre, plusieurs tombes ont fourni des spécimens : une à Paris ; une seconde à Namur, dont le musée local a recueilli le contenu. Au musée de Saint- Germain-en-Lave sont les restes de la trousse d'un oculiste qui vivait à Reims au ni® siècle, et à celui du Puy les outils maniés à la même époque par un de ses confrères de l'Allier. Il y a peu d'années, à Rade, on a exploré les ruines d'un hôpital militaire romain du ii* siècle, qui a livré de nombreux échantillons ; on en a également déterré à Cologne et dans un camp romain de Hongrie. Tout cela permet de constater que les reproductions en relief d'instruments, sur des tombeaux de médecins, sont, quoique
1. \'ulpes, Illu$trazione di Inltigli inslrumenti chirurgici scnvati in ErcO' l.ino e in Pompeii, Naples. isiT, -i° ; V. Deneffc, Étude sur /.» trousse J'j/n chirurgien gallo-romain du III' siècle, Anvers, 1893, 8°; Saf,nio, Dict. des \nt.. aux mois Chirurgin {U. Hriau) et Medicus (S. Heinuch) ; P. Ilamonic, La hirurgie et la médecine d'autrefois, Paris, 1900, S» ; surtout J. Stewart Milne^ ^urgical Instruments in Greeli and lioman Times, Oxford, 1907, 8°, œuvre '1 un érudil praticien.
Mani;fi, ii'Anr.HBOi.or.iK uomaine. — II. 33
schématiques, assez fidèles K Nous avons enfin quelques représentations, peintes ou sculptées, d'opérateurs à Tœuvre. Les miniatures qui accompag-nent un manuscrit d'Apollodore de Gitium ^ sont des copies tardives et déformées de dessins plus anciens ; celles d'un ouvrage du médecin arabe Albucasis (xi^ siècle) sont •couramment utilisées, peut-être imprudemment, par les commentateurs modernes de la médecine gréco-romaine.
Presque tous les instruments de cet ordre arrivés jusqu'à nous •sont de bronze, ce métal ayant un pouvoir de conservation supérieur aux autres ; mais les anciens en fabriquèrent aussi en fer et •en acier — le procédé de la trempe leur fut familier de bonne iheure — ; les textes mentionnent en outre l'emploi de l'ivoire, de la corne et du bois; l'or et l'argent dont sont faits de menus ciseaux les désignent plutôt pour des objets de toilette. Les outils sont peu ornés, surtout à Pompéi ; ceux des bas temps témoig-nent d'un peu plus de recherche.
Nous suivrons dans cet exposé sommaire l'ordre et le groupement très pratiques établis par M. Milne. Les chiffres entre parenthèses renvoient aux numéros de nos fîg. 702 et 703.
Instruments tranchants. — C'est la série capitale des scalpels et (bistouris [scatpellus^ scalpellum). Un ex-voto en relief de l'Asklépieion d'Athènes ^ en montre, dans une boîte ouverte, tout un assortiment. La lame, d'habitude, affecte la forme régulière d'une feuille allongée, avec nervure médiane qui détermine une double Ipente ; les deux moitiés sont symétriques ; le manche a à peu près la même longueur; dans un exemplaire du Puy (1) '*, qui reproduit absolument la forme actuelle de la lancette, il est tourné en balustre et décoré d'une spirale d'argent; son extrémité est pareille à celle de nos sondes cannelées. On remarque naturellement des variantes : la pointe est effilée, aiguë, ou au contraire mousse ; l'arête tranchante des deux côtés ou d'un seul, à la façon du (rasoir, qui était du reste l'instrument spécifique pour certaines 4ifîections, qu'on traitait en tondant les cheveux. Le scalpel sert à •disséquer, à ouvrir les abcès ; dans ces divers cas sa lame est droite ; il la faut courbe pour entailler les polypes ou guérir la maladie de la pierre, et pour les opérations de l'oculistique. Elle